L'âme de Multimania et de Caramail ne sera plus française. « Cela faisait notre fierté, car Lycos avait bâti son offre européenne d'hébergement et de messagerie sur eux », déplore Jérôme Gournay, membre du comité d'entreprise de Lycos France.
Telle est la conséquence de la décision de Lycos Europe de délocaliser tous ses services techniques, à Erevan, capitale de l'Arménie, petit pays situé à l'est de la Turquie. La société a par ailleurs décidé de regrouper tous ses chefs de produit à son siège social, à Gutersloh, en Allemagne.
En France, cela se traduit par la suppression de 75 postes sur les 109 existants. « Comme solution de reclassement, la direction nous a présenté un tableau de 48 postes disponibles actuellement, la majorité située en Arménie », annonce Jean-Michel Chéreau, secrétaire du comité d'entreprise.
Evidemment, les salaires arméniens n'ont rien à voir avec les salaires français. Les personnes délocalisées toucheraient entre 3 000 et 8 000 euros par an. « Même si la direction propose de compenser le salaire pendant six mois, cela nous paraît impossible que quelqu'un puisse suivre », continue Jean-Michel Chéreau.
Un sentiment de trahison
La suppression de postes en France fait partie d'une vaste restructuration annoncée en décembre 2004. Les filiales italiennes, espagnoles et suédoises ont déjà été touchées. En effet, malgré de précédents plans sociaux, Lycos Europe n'a toujours pas réussi à atteindre l'équilibre financier. Ainsi, pour l'année fiscale 2004, les pertes s'élèvent encore à 45,5 millions d'euros, contre 56,1 millions en 2003.
Pour redevenir rentable, le groupe veut économiser 30 millions d'euros. Cela passe par la fusion des départements ventes et support, ainsi que par la « montée en puissance » de son centre situé à Erevan. Pour le constituer, Lycos avait acquis en 2002 une start-up locale spécialisée dans le développement logiciel, alors filiale d'un groupe américain, Brience. Frank Weller, CTO de Lycos à l'époque, déclarait préférer l'Arménie à une délocalisation en Inde car « il n'y a pas la même barrière culturelle ».
En France, plus que la surprise, c'est le sentiment d'être trahi qui prévaut. « La direction nous avait demandé de renégocier l'accord 35 heures sous peine de suppressions de postes, explique Jean-Michel Chéreau, ce que nous avions accepté. » Les salariés avaient ainsi perdu 11 jours de congés. Mais, cinq mois après la mise en oeuvre du nouvel accord, ce sont 75 postes qui sont supprimés.
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