Les entreprises se sont équipées en logiciels libres pour réduire leurs dépenses d'acquisition. Elles s'attaquent maintenant aux coûts de la maintenance évolutive - 80 % du budget total d'un logiciel. Elles se tournent donc vers les communautés open source pour la mutualiser. Cependant, pour que cette démarche soit profitable, les entreprises doivent s'assurer que leurs évolutions logicielles seront bien prises en compte par la communauté.
Elles sont donc de plus en plus nombreuses à financer des développements open source. A la condition explicite, toutefois, qu'ils soient reversés à la communauté. « Il y a deux ans, nous devions convaincre nos clients. Aujourd'hui, ce sont eux qui nous demandent une garantie de reversement ! » , constate David Barth, directeur technique de la SSLL IdealX.
Le mythe de la gratuité
Les entreprises se préoccupent de l'évolution des logiciels open source qu'elles ont déployés. Ce qui les amène à financer les développements en privilégiant une approche mutualiste, plus économique. « Cette évolution est bénéfique, car, derrière les logiciels, il y a des hommes, estime François Elie, fondateur de l'Adullact, association regroupant des collectivités territoriales. Il faut en finir avec le mythe du logiciel libre gratuit. L'open source est une manière de payer autrement (à plusieurs, en allouant du temps, etc.), et non de ne pas payer. »
Mais il ne suffit pas de mettre la main à la poche pour peser sur l'orientation des développements. « Pour être écouté, il faut contribuer activement au succès de la communauté » , constate Corinne Brunel, directrice d'Uperto, la filiale open source de Devoteam. Or, les entreprises manquent souvent d'implication et disposent rarement des compétences nécessaires. D'où le recours à des SSLL. Moyennant rétribution, elles assurent la liaison entre les entreprises et les communautés. La qualité de leur contribution - niveau d'intervention et poids dans les projets - devient même un critère de choix déterminant pour les entreprises. Elle fonde en effet leur légitimité à dialoguer avec les communautés.
Les SSLL emploient donc des « commiters » . Ces développeurs impliqués dans des projets open source sont autorisés par la communauté à intégrer une évolution avec le code principal du logiciel. « Ils apportent une visibilité sur le projet et garantissent en partie la réintégration des évolutions. C'est un gage de compétence pour le client et une bonne façon de financer la communauté pour améliorer sa pérennité » , estime Sylvain Wallez, cofondateur de la SSII Anyware Technologies et commiter sur le projet Cocoon de la fondation Apache.
L' open source obéit à une logique d'intégration continue. « Le dialogue permanent avec la communauté est primordial » , estime le directeur technique d'IdealX. Il faut éviter de reverser du code au dernier moment. C'est dans cette logique que cette SSLL a créé, il y a deux ans, un club des clients contributeurs. Il fédère les besoins des 40 membres (grandes entreprises et administrations) et les présente très tôt à la communauté. « Les leaders des communautés Samba et Nagios discutent avec nos clients de nos besoins. Ils en tiennent compte ensuite dans les plans d'évolution de leurs logiciels. »
De nouvelles pistes de financement
Audaxis, l'intégrateur du PGI open source Compiere, suit la même démarche. « Nous travaillons en amont des demandes, et réfléchissons ainsi à une version pour l'industrie automobile. Cette planification facilite la répartition des tâches entre les intégrateurs et la communauté » , explique Coralie Girardet, responsable commercial de la SSLL.
La communauté organise parfois elle-même son financement. Par exemple, les SSLL impliquées dans le développement de la base de données PostgreSQL pensent proposer à leurs clients de faire un don à la communauté et d'inscrire cette option dans le contrat. Dans un autre registre, l'éditeur de Compiere souhaite réaliser le portage d'Oracle vers PostgreSQL moyennant rétribution. Il pourra financer les développeurs nécessaires, tout en garantissant que cette évolution sera bien intégrée aux prochaines versions du PGI.
Des systèmes informels de « bourses d'échange » apparaissent en parallèle afin d'optimiser l'adéquation entre besoins et ressources. L'entreprise danoise Pharma Nord s'est ainsi alliée à une autre société utilisatrice de Compiere pour financer un module de paiement par carte bancaire. Les deux sociétés ont embauché un développeur en Pologne. Elles ont piloté le projet en accord avec les fondateurs de Compiere, puis ont reversé le code - d'une valeur de 15 000 dollars - à la communauté. Même démarche dans la communauté Typo3 (gestion de contenu), où il arrive que plusieurs utilisateurs se regroupent dans l'intention de cofinancer un développement. En France, la place de marché Opentotrade.com cherche à industrialiser ce mécanisme, moyennant 49 euros : 80 % sont reversés au projet, les 20 % restants financent les coûts de structure.
Face à ces initiatives, les acteurs historiques du libre entendent limiter les dérives. Quel que soit le mode de financement retenu, la présence d'intermédiaires induit des risques de dérapage : abus tarifaire lorsque la SSLL ou le commiter est le principal point d'entrée sur un projet ; financement des coûts structurels de l'intermédiaire plutôt que de la communauté, etc.
Les communautés s'organisent
Plusieurs SSLL se sont regroupées au sein de l'Association des sociétés de services en logiciels libres (ASS2L). « On commence à voir apparaître des dérives. Avec le risque de décrédibiliser tout le secteur. Nous ne voulons pas de ça, explique Alexandre Zapolsky, président de l'ASS2L et de la SSLL Linagora. L'adhésion à notre association garantit, par une charte de bonne conduite, que la SSLL respecte les valeurs et le fonctionnement du libre. »
Les grandes communautés open source réagissent aussi en associant les entreprises et en mettant en place des mécanismes de gouvernance. C'est le cas d'Objectweb, qui héberge une centaine de projets. Fondé par Bull, France Télécom et l'Inria, ce consortium regroupe aujourd'hui une cinquantaine d'entreprises et d'institutions (Thales, Dassault Aviation, la Cnaf, etc.), des éditeurs (Red Hat, MySQL AB, Mandrakesoft) et des prestataires (Linagora). « Nous offrons un cadre industriel pour aider les entreprises et leurs partenaires à mutualiser leurs développements dans une parfaite transparence » , explique Jean-Pierre Laisné, président d'Objectweb. La mise en place d'un contrôle strict et un meilleur financement pour garantir l'indépendance complète du consortium sont ses deux chevaux de bataille pour 2005.
Dans le même esprit, la fondation Apache apporte un cadre légal aux projets qu'elle héberge. Personne morale, elle protège les contributeurs et les utilisateurs d'éventuelles poursuites liées à la propriété intellectuelle. De plus, l'équipe de bénévoles à l'origine du projet surveille les dérapages. « Même très impliqué, un développeur ne peut faire n'importe quoi, car tous les votes sont publics, explique Sylvain Wallez. Il est donc fort difficile d'abuser du système pour imposer une modification à des fins purement commerciales. »
À la communauté
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L'entreprise finance le développement d'une fonctionnalité du logiciel. Au besoin, la communauté rémunère un développeur.
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L'équipe à l'origine de Compiere propose de porter ce PGI libre sous PostgreSQL, moyennant finances.
À un prestataire
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Pour développer une fonction, l'entreprise passe par une SSLL, qui reverse le code à la communauté.
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Gaz de France s'est appuyé sur IdealX pour financer le support de Windows Terminal Server dans Samba 3.
À un développeur
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L'entreprise finance elle-même le développement d'une fonction en sponsorisant un développeur.
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Dans la communauté Typo3 (gestion de contenu), les utilisateurs s'unissent pour solliciter directement les développeurs.
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