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Carnet de voyage |
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Infosys, Wipro, Tata, Satyam,... Les grandes SSII indiennes bouleversent aujourd'hui la high-tech mondiale. Pendant une semaine, 01net vous fait découvrir de l'intérieur pratiques, particularités et autres originalités des nouveaux conquérants de l'informatique. Sandrine Chicaud, envoyée spéciale à Hyderabad |
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| Lundi 21 avril 2008 | |
Invitée en Inde par Satyam, quatrième SSII du pays |
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Je n’ai jamais mis les pieds en Inde. Pour moi, c’est Bénarès, le Gange, le Taj Mahal mais aussi une misère qui s’affiche ouvertement. Je m’apprête à découvrir une facette de ce pays, dans des conditions privilégiées. Mon hôte est Satyam, la quatrième SSII indienne, qui souffre clairement d’un déficit de notoriété comparée aux Tata ou Infosys.Mais voilà, aujourd’hui, pour partir à l’assaut de l’Europe, Satyam a besoin de se faire remarquer. Elle a donc organisé une « grande opération séduction » auprès d’une poignée de journalistes français, espagnols, belges, hollandais, allemands et anglais. En très peu de temps, je vais découvrir à quoi ressemble une SSII indienne et faire mon baptême indien à Hyderabad. |
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Mes premiers pas à Hyderabad |
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Avec ses six millions d’habitants, la capitale de l’Andhra Pradesh, au sud de l’Inde, occupe une surface équivalente à six fois celle de Paris ! Avant de commencer les choses sérieuses, je tiens absolument à m’imprégner de l’ambiance, des gens…
Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Hyderabad est déroutante. J’étais prévenue ! En février 2008, dans un article publié dans le magazine de voyage Ulysse, intitulé « Dans l’enfer des rickshaws », le journaliste évoquait la « ville polluée et bruyante », la « filouterie de certains chauffeurs de tricycles ». Mon sentiment est tout autre. On aime ou on n’aime pas, mais Hyderabad est bouillonnante, agitée, fatigante... mais tellement envoûtante.Autour du Charminar, le monument emblématique de la ville, qui abrite la plus ancienne mosquée, tout le monde se croise : les rickshaws jaunes et noirs - abritant jusqu’à une petite dizaine de personnes - les bus, les motos, les scooters transportant toute la famille, les charrettes, les vieillards, les femmes et les enfants à pied ! Au premier abord, la circulation anarchique effraie, mais très vite, on se rend compte qu’il s’agit d’un désordre organisé ! On s’y fait, et comme tout le monde, on se fraye un chemin. Sous la chaleur écrasante des 40 degrés, je goûte en passant un sirop de sucre de canne, puis un jus de mangue. Ça grouille de monde, des femmes en sari côtoient des femmes musulmanes, toutes de noir vêtues et voilées de la tête aux pieds. Mon regard est attiré vers toutes les échoppes : c’est le « bonheur des dames », version indienne. Des tissus multicolores partout, des bijoux et des bracelets (Hyderabad est aussi surnommée la « capitale de la perle »), mais aussi des marchands à la sauvette. L’eau, la viande, les noix de coco, les pastèques, le poisson, les poubelles vides, les épices… tout se vend. Les coups de klaxon tranchent avec la quiétude des Indiens et participent au dépaysement. Derrière ce chaos indescriptible, j’ai du mal à imaginer l’autre Hyderabad, la rivale de Bangalore, la Silicon Valley indienne. |
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| Mardi 22 avril 2008 | |
En route pour Cyberabad |
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Il est 9 heures, le trafic bat son plein. Dans cette zone gardée par la police, du nom de Cyberabad, les buildings modernes imposants remplacent les bâtiments délabrés et à l’abandon. Un immeuble sur deux est en chantier. Satyam côtoie Oracle, Deloitte, Dell, Google, Accenture, IBM ou Tata. Dans les couloirs du siège social, le calme règne. Les collaborateurs sont jeunes (la moyenne d’âge est de 28 ans chez Satyam). On croise presque autant de femmes que d’hommes ! Inimaginable quelques années auparavant. Le secteur informatique emploierait près de 30 % de femmes. Dans les grandes villes, les familles sont beaucoup moins réticentes à pousser leurs filles vers des études scientifiques et techniques. Face aux difficultés de recrutement, l’Inde a en effet tout intérêt à ne pas négliger le vivier de candidats que représente la gent féminine… Midi, les dirigeants de Satyam communiquent leurs résultats annuels. Le chiffre d’affaires s’élève à 2,1 milliards de dollars (contre 1,5 milliards de dollars en 2007). Un bond de 46 %. « Une croissance phénoménale », constate B. Ramalinga Raju, le PDG, tout en retenue. Les prévisions d’activité sont, en revanche, un peu moins bonnes, compte tenu du ralentissement de l’activité économique américaine. Satyam table sur une croissance de son CA de 24 à 26 %. |
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Cap sur l’Europe |
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Il y a quatre ans, elle y réalisait 11 % de son CA, aujourd’hui, près du double. En France, Satyam compte une demi-douzaine de clients, dont quelques grands noms de l’industrie (EADS, Renault, Saint-Gobain, etc.). Elle emploie dans l’Hexagone 200 personnes, réparties entre Paris, Toulouse, Nantes…. L’offensive de Satyam passe par la création de centres de services dans les zones nearshore : Roumanie pour traiter avec la France et Hongrie pour l’Allemagne, par exemple. Autre axe de développement : Satyam veut changer de statut et se positionner comme un partenaire métier au service des directions opérationnelles et non plus se cantonner au rôle de prestataire technique. Satyam mise également sur le BPO, l’externalisation des processus métier. Pour prendre ce virage, Satyam a besoin de faire parler d’elle. Elle a passé un accord avec la FIFA (fédération internationale de football), pour devenir son « fournisseur informatique officiel » pour la Coupe du monde 2010, organisée en Afrique du Sud. |
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Ressources humaines |
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Satyam, dans le monde, c’est 52 000 personnes de 61 nationalités. Mais 80 % d’entre elles sont basées en Inde. La SSII emploie 86 % d’ingénieurs qu’elle tente d’attirer... bien avant qu’ils débarquent sur le marché du travail. Concurrence oblige, elle s’efforce de soigner son image au sein des universités informatiques du pays. Mais pas seulement. Outre un « package salarial intéressant », elle offre aux Indiens un environnement de travail digne de la Silicon Valley en Californie.
Elle offre aussi et surtout des opportunités d’évolution dans le groupe, par le biais de la formation. Satyam a créé deux institutions spécialisées, dans le cadre du programme « Satyam learning world ». Ainsi, elle ne compte pas moins de 250 formateurs. La première école, créée en 2005, baptisée « School of leadership » forme 2000 cadres dirigeants par an, en majorité des Indiens. Sont abordés des thèmes comme la gestion de conflits et le management interculturel. De son côté, le second établissement, « Satyam learning center », forme 50 000 salariés. Les stages peuvent s’étaler sur une journée, mais aussi sur une année complète. Sur ces programmes longs, seuls cinq jours sont dispensés en présence, le reste est effectué à distance. De manière générale, Satyam délivre 80 % de ses cours en e-learning. Les employés semblent y trouver leur compte. Le turnover, en baisse,serait aujourd’hui de 13 %, contre 16 % pour la moyenne du marché. Satyam semble s’être donné les moyens d’attirer des candidats et de fidéliser ses employés. 250 personnes travaillent à la direction des ressources humaines, dont une centaine de recruteurs. Demain, je partirai à la découverte des fondations de Satyam. |
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| Mercredi 23 avril 2008 | |
Oxford et Silicon Valley |
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A peine remise de ma virée nocturne en rickshaw, me voilà dans un nouveau décor, loin de la cohue de la ville et du chant incessant des klaxons. Au programme, ce matin, la visite du centre technologique de Satyam, situé à moins de trente kilomètres du coeur d’Hyderabad.
L’endroit verdoyant et fleuri n’a plus grand-chose à voir avec l’Inde aperçue peu avant : pelouses impeccables, fontaines, arbres et plantes exotiques. Dans les allées du campus, on se croirait à Oxford ! Près de 7 000 ingénieurs, salariés de Satyam, y travaillent et tout semble fait pour qu’ils se sentent à l’aise : piscine, zoo, salles de billard, fitness center, etc.L’environnement me rappelle instantanément le siège social de Google, à Mountain View en Californie (les restaurants et les vélos en moins !). Luxe suprême : les collaborateurs peuvent vivre sur place et, suite logique, accueillir leur famille pendant les week-ends et les congés. |
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Contribuer au développement de l’Inde |
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Comme bon nombre de SSII, Satyam affiche haut et fort sa « responsabilité sociale » et, dans le courant de la journée, elle revient sur quelques-uns de ses projets sur le terrain. Une façon, à coup sûr, de soigner son image, mais pas seulement. La Nasscom (National Association of Software and Services Companies), l’équivalent du Syntec en France, a récemment publié une étude dans laquelle elle souligne l’importance des fondations qui contribuent significativement au développement du pays par des programmes d’envergure dans des domaines variés comme l’éducation, la formation et la santé.Pour nous mettre dans l’ambiance, le patron de l’institut de recherche et de management des urgences Emri (Emergency Management and Research Institute, fondé par le PDG de Satyam) entame sa présentation… avec un tube de Michael Jackson, It is a better world. Un peu kitch mais passons, le projet est intéressant. Cette organisation, financée par un partenariat public privé (PPP), fournit des services d’appels d'urgence pour la police, les pompiers et les services médicaux l’équivalent du 112 en Europe. Aujourd’hui, à travers un seul call center pour quatre Etats indiens, l’institut gère 4 252 urgences par jour : du traitement des appels à l’envoi, par exemple, d’une ambulance, jusqu’à l’acheminement des patients dans les hôpitaux. Plus de 100 vies seraient sauvées chaque jour... Demain, dernière étape, direction Madras, encore plus au sud… |
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| Jeudi 24 avril 2008 | |
Madras |
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Madras (Chennai, en Inde). 6,4 millions d’habitants. La capitale du Tamil Nadu est encore plus imposante qu’Hyderabad, avec ses grands buildings et ses larges avenues. Le temple de Kapaleeswarar, avec ses tours chargées de centaines de dieux, représentés par des grandes figurines multicolores, est une vraie curiosité. Aux alentours, le quartier des bazars est pittoresque, avec des Indiens, accroupis par terre, qui nettoient des bijoux en argent dans des bassines.Mais c’est un tout autre décor qui m’attend aujourd’hui. Je me rends dans le « Software Technology Park ». En chemin, le nombre d’écoles d’informatique, aux façades modernes, me frappe. On passe notamment devant l’un des meilleurs établissements indiens dans ce domaine, l’Indian Institute of Technology. Après une visite express du Satyam Automotive & Aerospace Center of Excellence (AACE), un centre de R&D pour l’industrie automobile et aéronautique, j’interroge une collaboratrice de Satyam sur Madras. J’apprends ainsi que le gouvernement a dans un premier temps offert des avantages (routes, navettes, etc.) aux entreprises pour les inciter à venir s’installer dans cette partie bien délimitée de la ville. On y trouve des géants de l’informatique comme Wipro, Tata et Infosys. Aujourd’hui, le lieu arrivant à saturation, l’État indien veut attirer les entreprises à quatre ou cinq heures de là, dans une nouvelle zone d’activités. On est encore loin de Bangalore, la « Silicon Valley indienne » mais, de plus en plus, Madras s’ouvre au secteur informatique. Le voyage s’achève. Difficile, en quatre jours, de prendre du recul sur les discours bien rodés de Satyam. Difficile aussi de faire la part des choses dans cette Inde à deux vitesses. Mais une chose est sûre, outre les rickshaws, les saris et la douceur des Indiens, cette immersion dans un pays où tout reste à faire est fascinante. |
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Dossier spécial
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