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Les livres pour la jeunesse
Mireille Pinsseau
UN SECTEUR EN FORME
Les livres pour la jeunesse
Mireille Pinsseau,
Caractère,
le 20/12/2008 à 00h00
L'édition pour la jeunesse est l'un des secteurs parmi les plus créatifs. Les éditeurs se bousculent et les titres sont toujours plus nombreux, au risque de s'y perdre.
Le secteur jeunesse a représenté près de 20 % des ventes de livres en 2007 en France. Selon le SNE (Syndicat national de l'édition), en 2007, plus de 93 millions d'exemplaires se sont envolés, répartis entre 39 millions pour les
livres d'éveil pour les tout-petits, 42 millions de romans et près de 12 millions d'exemplaires de livres documentaires. Le chiffre d'affaires global du secteur a atteint plus de 367 millions d'euros sur les 2,9 milliards que représente le marché du
livre en France. L'année 2007 a donc été
« un bon millésime »
, analyse Serge Eyrolles, président du SNE, particulièrement pour la jeunesse.
Le succès du genre « fantasy »
Toutefois, ces apparences sont un peu trompeuses, car, en 2007,
« l'édition jeunesse a été dopée par la dernière potion du jeune sorcier, grâce auquel la jeunesse affiche la plus forte croissance des principaux
secteurs éditoriaux »
, souligne Arnaud Valette du service économique du SNE. En effet, le volume 8 de la saga
Harry Potter
(Gallimard) est resté tout au long de l'année le numéro un du Top 10 des
meilleures ventes de livres, tous secteurs confondus, tandis que le volume 7, dans sa version anglaise (Bloomsbury), prenait la sixième position.
Selon certains, les enfants lisent moins. Pourtant, sans atteindre les 24 millions d'exemplaires vendus en France et au Canada de
Harry Potter
, le segment jeunesse n'a jamais eu autant de livres qui se vendent à
plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.
Quelle est donc la recette de ces succès enviés par l'édition pour adultes ? D'abord, les thèmes abordés dans le roman jeunesse, avec un goût prononcé pour les mondes imaginaires et l'
heroic fantasy
, comme
l'explique Xavier Décousus, responsable du service commercial et de la communication de Rageot :
« La fascination pour la fantasy détrône le thème de l'aventure. Le monde est devenu trop petit pour les jeunes. Abreuvés de
télévision, ils choisissent de partir dans les mondes parallèles dans lesquels la création est infinie. On y retrouve la même dynamique que sur terre, les mêmes situations, les mêmes sentiments. »
Autre raison du succès : les séries. Les jeunes retrouvent d'un livre à l'autre leurs héros favoris. Cet automne, des séries sortent leur énième volume : le tome 4
Fascination
de la tétralogie de
Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse), le tome 6 des
Chevaliers d'Émeraude
(Michel Lafon),
Ellana
, dernier sorti de la série Ewilan (Rageot),
Tara Duncan
, qui passe chez XO Éditions, après
des débuts au Seuil, puis chez Flammarion, ou
Le Clan des Otori
(Gallimard). Pour les plus jeunes, le tome 10 du
Monde de Droon
(Pocket Hachette), les aventures de Dora (Albin Michel Jeunesse), celles de
T'choupi (Nathan), ou les séries de Flammarion Jeunesse-Père Castor, tous dégagent le même attrait.
Un troisième ingrédient entre dans cette recette du succès : le grand format. Depuis dix ans, le roman jeunesse grand format est le chouchou des lecteurs. Bien épais, avec des couvertures fascinantes, ces gros livres sont devenus
des atouts pour les éditeurs.
« Peut-être parce qu'avec ces grosses machines imaginaires ces livres se rapprochent du monde des adultes
, analyse Xavier Décousus.
C'est aussi le constat d'une évolution
sociologique qui rapproche les goûts des enfants et des parents. On voit ce phénomène, par exemple, dans l'habillement où petits et grands s'habillent dans les mêmes marques. »
Le grand format concurrence le poche
De la même façon, le lectorat évolue, puisque les romans créés pour les ados sont lus aussi par les plus jeunes et par les adultes. Le format de poche pâtit de cette concurrence. Toutefois, grâce à son prix, il reste intouchable.
Auprès de Folio Junior (Gallimard), qui a été la première édition de poche pour les jeunes, Pocket Jeunesse (Editis), Albin Poche ou J'ai lu (Hachette), les éditeurs continuent de créer des collections de poche. Lancé en mars 2008, Hatier Poche
devrait atteindre les 40 titres avant la fin de l'année. Ces collections présentent les classiques et sont le fer de lance des nouveautés. Cependant,
« le marché est saturé
, regrette Emmanuelle Braine-Bonnaire,
responsable éditoriale de Hatier Jeunesse et du département parascolaire primaire.
Plus ça va, plus on produit, alors que les enfants ont tendance à lire un peu moins. C'est pourquoi nous avons mis l'accent sur la période d'apprentissage
de la lecture, qui est un moment crucial pour donner le goût des livres aux enfants. Nous avons fait le pari de créer des séries avec des héros ou des thèmes récurrents, tels les animaux, la magie ou le Moyen Âge »
.
Le marché de l'édition jeunesse a enregistré en 2007 la plus forte croissance de toute l'édition sur le circuit d'achats de livres sur Internet (+54 % par rapport à 2006, selon le SNE, dont 17 % pour le seul
Harry
Potter
). Ce nouveau système de distribution marque les nouvelles habitudes d'achats, et transforme Internet en un acteur incontournable sur ce marché. Par ailleurs, les jeunes, qui sont nés avec l'outil, discutent avec leurs héros
préférés. Tous les éditeurs sont présents sur Internet. Les petits éditeurs ont créé d'autant plus facilement leur site qu'ils ont un catalogue moins lourd et que l'investissement est moins important.
Internet, mais aussi les foires de Bologne ou de Francfort, ainsi que les manifestations et salons, valorisent le goût de la lecture chez les jeunes. Ainsi, Lire en fête, cet automne, a célébré son vingtième anniversaire autour du
livre pour la jeunesse, et le Salon du livre et de la presse jeunesse 2008 de Montreuil sera placé fin novembre sous le signe de
« La peur et des frissons »
. Nul doute qu'il aura du succès.
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L'essentiel
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L'activité |
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Le secteur jeunesse est l'un des plus actifs de l'édition. Il a connu en 2007 une croissance de près de 20 % par rapport à l'année précédente.
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Les perspectives |
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Elles restent bonnes, particulièrement pour le grand format, les jeunes gardant le goût du livre.
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Les donneurs d'ordre |
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Ils sont innombrables, groupes d'éditeurs et multiples petites maisons spécialisées et créatrices.
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Les prestataires de services |
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Les imprimeurs habituels de la littérature équipés de rotatives et de machines feuille. Des as de l'impression de couvertures à forte valeur ajoutée.
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Le best-seller :
« Ellana, la prophétie »
, de Pierre Bottero
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Avec ce troisième et dernier tome de la trilogie
Le Pacte des MarchOmbres
, les éditions Rageot atteindront le million d'exemplaires vendus pour le cycle d'Ewilan. C'est en 2002, et par la poste, que Pierre
Bottero envoie le manuscrit de son premier ouvrage. Six ans plus tard,
La Quête d'Ewilan, Les Mondes d'Ewilan et Le pacte des MarchOmbres
, les trois trilogies de l'auteur tiennent toujours leurs lecteurs en haleine. Ce dernier
tome de la trilogie de l'héroïne Ellana marque le retour des héros d'Ewilan. L'ensemble de l'oeuvre de Pierre Bottero est classé dans le genre
fantasy
. L'un des principaux ressorts de ce genre est l'utilisation d'un monde
parallèle dans lequel les héros vont avoir à mener leur quête et conduire leur initiation. Longtemps vécu comme un artifice, ce monde est perçu aujourd'hui différemment par les jeunes. La rapidité des transports, Internet et plus généralement la
multiplication de l'information sous toutes ses formes ont peu à peu réduit le champ du rêve. La
fantasy
devient une nouvelle forme du roman d'aventure. Elle est traitée par Pierre Bottero
« à la
française »
, c'est-à-dire avec humour et amour. L'illustration de la couverture d'
Ellana, la prophétie
est de Jean-Louis Thouard. Le livre est imprimé sur papier Munken d'Arctic Paper. Les blocs sont
réalisés chez Brodard & Taupin (groupe CPI) à La Flèche (72). La couverture à rabat est fabriquée par Boutaux (61). Et la reliure chez Brodard & Taupin.
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L'agent littéraire a-t-il encore une raison d'être ?
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Christine Baker, directrice éditoriale de Gallimard Jeunesse, s'explique :
« Le métier d'éditeur jeunesse est plus complexe qu'il y paraît. Il faut lire les manuscrits mais aussi susciter des projets
de fiction, de documentation. Puis, il faut accompagner l'auteur, mettre en forme le texte, trouver la couverture, ce qui est un point très important. Ensuite, la moitié du chemin reste à faire. »
Quelles sont les difficultés
du secteur jeunesse ?
« C'est de plus en plus difficile, à cause de la sur production. Il manque de la place dans les librairies. Il manque des repères pour les clients. Dans les grandes surfaces, la sélection est réduite
et chacun se bat pour sa place. L'édition jeunesse est très jeune, une trentaine d'années seulement. Alors, les phénomènes sont exacerbés, à cause de la brièveté de son histoire. À chaque fois, on réinvente, mais le livre doit être bien meilleur
marché qu'un livre classique de littérature. Nous sortons près de 350 titres nouveaux par an, un par jour ! Chacun est une aventure et doit trouver son public. C'est un travail effréné, très intense »
, poursuit la
directrice éditoriale. L'agent littéraire a-t-il encore une raison d'être dans le monde d'aujourd'hui ?
« Tout le monde veut écrire et c'est possible grâce à Internet. Mais, sur le Web, il n'y a aucune garantie de qualité.
C'est le rôle de l'éditeur de donner cette garantie. Notre souci constant est de ne pas décevoir. Notre critère est de ne pas faire de mal à un enfant, de ne pas créer de trouble en lui »
, conclut Christine Baker.
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