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Les 10 clés du succès numérique français
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Spécial technologia : « L’excellence scientifique omniprésente »
[ SPÉCIAL TECHNOLOGIA ]
Les 10 clés du succès numérique français
Un vent de mobilisation collective souffle pour faire entrer la France de plain-pied dans l'économie numérique. Les institutions telles que le Medef, Cigref ou Syntec informatique, font part de leurs réflexions. Certaines sont
reprises dans le rapport Attali. Tour d'horizon des dix voies à explorer sans tarder.
01informatique
, 01 Informatique (n° 1937),
le 27/02/2008 à 07h00
1 Sortir d'une position « moyenne »
L'Hexagone ne part pas de rien. Avec 3 % (soit 112,3 Md€) du marché mondial des TIC (qui s'élève à 2 600 Md€, d'après Idate/PAC-Rexecode, 2007) et un bataillon de 805 000 salariés dans
l'informatique, forte de prestigieuses sociétés (Capgemini, Atos Origin, France Télécom, Alcatel-Lucent, ST Microelectronics...), la France a engendré de belles success stories logicielles : Ilog, Business Objects, Dassault Systèmes,
Cegid, etc. Et accouche de prometteuses start up : Netvibes, Dailymotion, Anywhere, Linagora... En un mot, la France n'est pas ringarde par rapport à l'économie numérique. Mais elle est moyenne. Incapable d'engendrer des
Microsoft, SAP ou Google tricolores. Il faut dire que nos entreprises utilisatrices traînent la patte pour s'approprier les usages innovants des technologies de l'information et de la communication afin d'accroître leur
efficacité. Résultat, la productivité fournie par les TIC n'a contribué que pour 0,7 % à une croissance annuelle de 2,7 % sur la période 1995-2000 (d'après DGTPE, Insee, Mission pour l'économie numérique, 2005). Aux Etats-Unis,
cette contribution fut doublée (1,3 % à 1,5 %). Et la croissance aussi (4,7 %) ! Depuis, cela ne s'est pas amélioré. Il faudrait donc que la France multiplie par deux ses efforts en faveur des TIC.
2 Repenser des modèles traditionnels
Valérie Pécresse le rappelle (lire p. 28) : en Europe, l'innovation, et notamment en TIC, est la base de la croissance économique. Nouveaux produits, nouveaux services, nouveaux canaux de distribution... les créneaux sont
légion. A cet égard, la seule R&D n'est pas à l'origine de toutes les innovations. Les TIC en ont aussi leur part : modélisation des processus métier et de fabrication, distributions multicanales avec l'internet fixe ou
mobile, packages de produits-services, traçabilité avec la RFID (étiquettes électroniques), etc. Sous l'influence de ces technologies, les entreprises traditionnelles réinventent leur métier, leur modèle économique, leurs produits et
services. Ainsi plus de 80 % des innovations automobiles proviennent-elles de la part croissante de logiciels dans les systèmes électroniques embarqués. Citons les aides à la conduite, l'autodiagnostic à distance, l'alerte
automatique des services de secours en cas d'accident, la conduite participative sur la « route intelligente »... Pour accélérer la dissémination des TIC et l'acquisition de leur usage par le plus grand nombre, le
rapport Attali conseille d'entreprendre dès maintenant la mise en place du très haut débit pour tous, à domicile, dans l'espace numérique de travail et dans l'administration. Pour 2011, il s'agirait d'offrir à
chacun une couverture de Télévision numérique terrestre et un accès haut débit à 10 Mbit/s. Puis, en 2016, un accès pour tous au très haut débit...
3 Revoir à la hausse les budgets R&D
Les politiques de recherche et de développement sont incohérentes en Europe. Certes, la stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000 par tous les pays membres de l'Union européenne, voulait faire de l'Europe
« l'économie la plus compétitive du monde d'ici 2010 ». A condition de consacrer 3 % des PIB nationaux à la R&D. On en est loin ! La France y consacre au mieux 2,2 %, contre 2,4 % en Allemagne, 2,7 % aux Etats-Unis
et 3,1 % au Japon et dans les pays scandinaves. L'investissement privé français dans ce domaine est également faible : 1,2 % du PIB, alors qu'il est de 1,7 % en Allemagne, de 2 % aux Etats-Unis et de 2,3 % au Japon. Et les
comparaisons défavorables ne s'arrêtent pas là : les contrats des organismes de recherche avec les entreprises ne représentent en France que 3 % de leur budget contre 6 % au Royaume-Uni et 16 % en Allemagne. Et que dire de la proportion de
chercheurs dans la population active ? Elle stagne, chez nous, de 7 chercheurs pour 1 000 actifs contre 10 dans les pays nordiques, le Japon et les Etats-Unis. Enfin, seulement 53 % des chercheurs sont employés dans le secteur privé, alors
qu'ils sont 60 % dans les pays nordiques et 80 % aux Etats-Unis.
4 Favoriser l'accès des PME aux marchés publics
En France, la commande publique pèse environ 130 milliards d'euros par an, soit 10 % du PIB. Un marché énorme pour les entreprises privées... dont les PME du secteur des services ne touchent que 11 % ! Alors qu'aux
Etats-Unis, le Small Business Act réserve depuis 1953 entre 23 % et 40 % de l'achat public américain aux PME nationales ! De quoi encourager l'innovation locale et aider les petits acteurs à concurrencer les grandes entreprises pour
atteindre, elles aussi, des tailles internationales. Rien de semblable en France. Avec cinquante-cinq ans de retard sur les Etats-Unis, la France pourrait y réfléchir au sein du programme de travail de la Commission européenne qui envisage à son
tour une directive en faveur des petites entreprises. En attendant, le rapport Attali préconise que la part de sous-traitance en faveur des PME conditionne l'attribution d'un marché public à une grande entreprise.
5 Faciliter le développement des PME
Afin de solidifier sa croissance, la France a besoin de densifier son tissu d'entreprises moyennes. Car elles pourraient devenir nos championnes mondiales à l'export. Pourtant, sur 2 700 000 entreprises, à peine
5 000 ont plus de 250 salariés. Normal, car leur développement est aujourd'hui entravé par de nombreux obstacles. A commencer par les délais de paiement : soixante-six jours en moyenne chez nous, vingt-six en Norvège ! Quant à la loi NRE
(Nouvelles régulations économiques) de 2001, elle est inefficace : en 2006, seules 11 % des entreprises françaises ont facturé à leurs clients des pénalités de retard de paiement. Sur ce point, le rapport Attali veut imposer par la loi -
voire, s'il le faut, par ordonnance - le paiement aux PME à moins de trente jours. Objectif : recouvrer 8 milliards d'euros de trésorerie pour les livraisons aux grandes entreprises. Et 1 milliard d'euros auprès des
collectivités publiques. Ajoutons que nos grands comptes ne misent pas assez sur les technologies d'information et de communication françaises. Résultat, nos entreprises peinent à décoller et à vendre leurs produits dans le monde.
S'étonnera-t-on de notre déficit commercial record de 39 milliards d'euros en l'année 2007 ? Pour changer les mentalités, le rapport Attali propose (décision 44) de renforcer le programme Passerelle. Grâce à ce dernier, les
grands comptes (publics et privés) bénéficient d'une aide pour financer l'adaptation à leurs propres besoins de l'offre innovante d'une PME. Ce rapport préconise également de demander aux grandes entreprises la
publication, dans leur rapport d'activité annuel, de la part des achats réalisés auprès des PME (décision 45).
6 Soutenir les jeunes pousses innovantes
as de croissance sans innovation. Et pas d'innovation sans création d'entreprise. Encore faudrait-il en simplifier les débuts. L'imagination ne manque pas. On pourrait étendre aux TPE de moins de 20 salariés des
mécanismes du type chèque emploi, rendant plus facile le recrutement des salariés. Et simplifier les règles pour créer une SAS (société par action simplifiée) ou une Sasu (société par action simplifiée unipersonnelle). Ou confirmer
l'insaisissabilité de la résidence principale des entrepreneurs individuels. On parle également d'instituer un statut fiscal simplifié pour les entreprises qui réalisent moins de 100 000 euros de chiffre d'affaires par an. Et de
créer une agence qui guidera dans un premier temps les entreprises de moins de 20 salariés dans toutes leurs démarches administratives et leur adressera des réponses qui engagent l'ensemble des administrations. Autre idée : rendre plus
souple le franchissement des seuils de 10 et 50 salariés, qui modifie les obligations de l'entreprise, en doublant pour trois ans ces deux seuils (en les faisant passer respectivement à 20 et à 100 salariés). De son côté, Syntec Informatique
voudrait transformer le crédit d'impôt recherche (CIR) en crédit impôt innovation. En effet, le CIR ne prend pas en compte les prototypes, les logiciels, les phases de test et de déploiement expérimental, des phases pourtant capitales pour
valider la pertinence d'une recherche. Pis, pour se voir attribuer ce crédit, il faut exhiber des feuilles de présence sur papier et signées ! Une vraie usine à gaz !
7 Attirer les fonds et les banquesvers les PME
En France, le capital-risque est davantage financé par les particuliers, à travers les Fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) et divers avantages fiscaux, que par les banques, les compagnies d'assurances ou
les fonds spécifiques. Résultat, le capital-risque français finance très peu les petites et moyennes entreprises. Pour y remédier, le rapport Attali souhaite développer les sociétés de capital-risque et les fonds d'investissement en capital
dans les microentreprises, en les incluant dans le droit à la déduction de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Plusieurs voies sont explorées. D'abord, étendre les mesures d'exonération d'ISF aux fonds
d'investissements qui utiliseraient 20 % de leurs fonds dans les PME. Puis augmenter de 5 à 10 % le seuil des montants à partir desquels les institutionnels peuvent allouer des sommes contenues dans les contrats d'assurance vie à des
entreprises non cotées. Ensuite obtenir que 40 % de ces investissements soient faits en capital-risque et capital-développement. Enfin, une autre piste consisterait à autoriser les compagnies d'assurance à investir dans les PME tout ou partie
des contrats en déshérence (sans bénéficiaire identifié). Soit, potentiellement, entre 10 et 30 milliards d'euros ! On peut rêver...
8 Innover là où la France gardeses chances
Après avoir perdu la bataille du logiciel pour l'entreprise, la France dispose encore de belles cartes à jouer dans les innovations de rupture technologique. D'après le Medef, les opportunités seraient même extrêmement
nombreuses. Non seulement dans les nanotechnologies, le logiciel embarqué, l'informatique mobile, la TV sur mobile et les clean tech (technologies au service de l'Environnement). Mais aussi dans l'e-Santé, l'e-Education
et l'e-Administration. De son côté, le rapport Attali cherche à promouvoir une concurrence systématique entre logiciels propriétaires et logiciels libres dans les appels d'offres, notamment publics. Objectif : atteindre à
l'horizon 2012 une proportion de 20 % de logiciels open source dans les applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public. Plus ambitieux, le rapport voudrait « considérer fiscalement, comme aux
Etats-Unis, les aides aux communautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence ».
9 Rationaliser les aides aux entreprises
Avec 62 000 PME financées en 2007, Oséo rationalise les dispositifs d'aides aux entreprises. Issue du regroupement en 2005 de l'Anvar (Agence nationale de valorisation de la recherche, connue aussi sous le nom
d'Agence française de l'innovation), de l'ex-BDPME (Banque de développement des PME) et de la Sofaris (Garantie de prêt bancaires), Oséo vient d'intégrer les équipes de l'ex-A2I (Agence de l'innovation
industrielle) et se verra confier en 2009 la gestion des 71 pôles de compétitivité. Cette sorte de guichet unique peut accompagner les entreprises à chaque étape de leur développement. L'enveloppe de l'aide à l'innovation
devrait fortement progresser, avec 800 millions d'euros prévus cette année contre 366 millions en 2007, attribués au titre des programmes Innovation et Innovation stratégique industrielle. Sur ce dernier point, plusieurs dizaines de projets
collaboratifs, impliquant des entreprises moyennes, pourraient bénéficier d'aides allant jusqu'à 10 millions d'euros. Le financement des PME innovantes en avances remboursables se poursuivra à hauteur de 800 millions
d'euros. Quant aux demandes inférieures à 50 000 euros, elles seront subventionnées. Oséo développe également une gamme de « prêts patients ». Dont le prêt participatif d'amorçage (jusqu'à 150 000 euros sur
sept ans avec un différé d'amortissement de deux ans) destiné à faciliter les investissements de recherche et développement. De quoi attirer un fonds d'amorçage, une société de capital-risque, un industriel ou un business angel.
10 Privilégier intelligence et savoir
Pour le prospectiviste Denis Ettighoffer, auteur du livre Netbrain, planète numérique (édité par Dunod), « la bataille pour le savoir sera aussi âpre que celle pour s'emparer des territoires ou des matières premières. La
France est en danger mais pas encore perdante. Nous disposons d'un patrimoine immatériel considérable. Saurons-nous le vendre ? » En effet, les prochaines guerres de l'économie numérique ne vont pas se dérouler sur le seul
terrain des technologies. Mais sur des révolutions culturelles, voire comportementales : « Chat, blogs, wikis... la société civile est plus avancée que dans l'entreprise où seuls les "chefs" peuvent décider ou non
de la création de blogs, reprend Denis Ettighoffer. Or l'économie de l'intelligence se fonde sur les échanges, on passe de "l'entreprise fonctionnelle" à "l'entreprise relationnelle". Les
entreprises leaders sont celles qui sauront tirer profit des réseaux où se trouvent le savoir et l'intelligence. » A méditer.
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