Gabriel Cian reste choqué. Le gérant de Progonline,
place de marché
pour services informatiques, voit passer une centaine de projets par semaine, sans qu'il n'y ait jamais de véritable problème. Mais la semaine dernière,
l'attribution d'un projet de réalisation de sites Web s'est terminée en altercation. L'appel d'offres en question a été remporté par un prestataire marocain aux dépens de développeurs français indépendants.
Revanchards, ces derniers auraient alors publié des propos injurieux sur le site de Progonline pour critiquer le bradage de services informatiques à l'étranger. Le gérant affirme même avoir reçu des insultes par téléphone et des
menaces par e-mail.
« Il y a toujours eu beaucoup de discussions autour de l'externalisation. Mais c'est la première fois que je vois une réaction hostile d'une telle intensité »,
explique Gabriel Cian.
Une pratique limitée à des projets modestes
Hasard de calendrier ou non, quelques jours auparavant, l'association professionnelle d'informaticiens Munci recevait l'e-mail d'un développeur qui se disait outré des tarifs négociés sur Progonline. Il veut savoir quels
recours légaux sont envisageables contre la société.
Ces quelques anecdotes montrent à quel point les informaticiens sont encore à fleur de peau quand il s'agit d'externalisation. Les places de marché en ligne pour services informatiques sur le Net
n'existent que depuis quelques années.
Progonline a été lancé en février 2005, le concurrent Codeur.com en mars 2007. Les appels d'offres en ligne sont
généralement modestes, à hauteur de 1 000 euros, en moyenne . Ils concernent principalement le domaine Web : réalisation de sites Internet, développement d'animations Flash, etc.
Une tendance masquée par la reprise
Ces sites ne font qu'appliquer à petite échelle ce que les grands groupes font déjà depuis bien longtemps pour leurs énormes projets informatiques : profiter d'une main-d'oeuvre compétente et peu chère dans les
pays émergents.
« Il s'agit certes d'une concurrence sauvage et déloyale, mais pas illégale,
explique Régis Granarolo, représentant du Munci.
D'autant plus qu'actuellement
ce problème ne se pose pas vraiment.
La reprise du secteur informatique fait que l'on arrive presque au plein emploi dans
l'Hexagone. »
Le malaise est néanmoins profond chez certains développeurs.
« Ils ont pourtant deux bonnes cartes à jouer : briller par des compétences pointues et profiter de la proximité avec le client,
estime
Gabriel Cian.
Le suivi local d'un client est irremplaçable, en particulier quand il s'agit de définir un besoin ou de rédiger un cahier des charges. Les prestataires en France peuvent, eux-mêmes, profiter de l'offshore
en sous-traitant les tâches répétitives à faible valeur ajoutée. »
Sur Progonline, d'ailleurs, on ne s'en prive pas. Seuls 30 % des appels d'offres proviennent d'entreprises utilisatrices. Les 70 % restants sont publiés par des agences Web et par des SSII. L'appel
à l'offshore en ligne est donc surtout une demande d'informaticiens.