Comment lire confortablement un rapport de 184 pages sur « L'économie de l'immatériel » (**) ? Eh oui, j'avoue, je l'ai imprimé... Maurice Lévy, PDG de Publicis et ancien
directeur informatique, sait certainement de quoi il parle et sa commission a bien planché avant de remettre son pensum au ministre Thierry Breton. Le publicitaire peut citer Montesquieu : « Il est quelquefois nécessaire de changer
certaines lois... » Mais il faut quand même lire ses 184 pages pour savoir de quoi il retourne.
En fait, le vrai débat, et celui-là seul nous intéresse, est de trouver comment fonder une croissance supplémentaire sur de l'immatériel. Nous sommes tous concernés, même les industriels des secteurs les plus secondaires -
au sens Insee bien entendu ! Tout passe aujourd'hui par l'information et le service. Le rapport a beau jeu d'annoncer que ce nouvel écosystème génère déjà 20 % des emplois en France, et pourrait apporter un point de
croissance. Mais c'est bien la mise en scène et en oeuvre de la nouvelle donne qui deviennent le problème majeur des économies développées comme de celles des pays émergents « intelligents ».
Au sein des entreprises, cela ne se traduit pas seulement dans les grands objectifs actuels des systèmes d'information (alignement, gouvernance, etc.). Cela devrait se traduire par un changement des mentalités et des
organisations. Et c'est là que le bât blesse, dans ce rapport comme dans tant d'autres. On trouve des idées, des conseils. Mais on prend rarement le problème à sa source, dans l'éducation des plus jeunes, des enseignants, dans
les circuits de transmission de la culture et des valeurs. C'est peut-être encore de l'immatériel, tout cela, mais c'est surtout de l'humain ! « La richesse humaine s'impose comme le premier
facteur de croissance », dit d'ailleurs le rapport Lévy, une phrase qui n'a plus le même sens qu'au XIXe siècle ! Le capital humain est ainsi qualifié d'« immatériel
organisationnel », tandis que les logiciels et autres TIC sont des « immatériels technologiques ». Et, au milieu, le publicitaire président du rapport ne peut s'empêcher de glisser un
« immatériel de l'imaginaire », où figure en bonne place la publicité.
Un signe encourageant de la compréhension par Thierry Breton de l'urgence des changements est sa décision de créer un pôle de compétitivité sur le logiciel libre. Un domaine que Laurence Parisot, patronne du Medef, interrogée il
y a quelques mois, n'avait manifestement pas exploré : « Trop technique pour moi, votre question », disaitelle quand on lui demandait simplement ce que le Medef comptait faire en faveur du logiciel libre...
Un ministre en avance sur les patrons, c'est un signe des temps !
Ce qui est bien matériel, en revanche, et que l'on attend tous, c'est le planning des actions à mettre en oeuvre. Il faudrait qu'il soit autre chose que la création d'une énième autorité - ce Haut
conseil pour la croissance de l'immatériel - que, hélas, ce rapport qui aurait dû être celui de la modernité, ne peut s'empêcher de proposer, tradition française oblige ! (*)
(*) Directeur de la rédaction de 01 DSI.
(**)
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