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[ ORGANISATION ]
Le Lab, un espace de liberté à la CNP
CNP Assurances a mis en place le Lab, indépendant de la DSI. Cette équipe d'entrepreneurs intervient sur les usages et ne proscrit aucune technologie.

Renaud Edouard-Baraud , 01 Informatique (n° 1880), le 08/12/2006 à 07h00

Q'est-ce qui pousse une compagnie d'assurances à tester un logiciel d'aide à la construction d'hélicoptères ? Cet outil part d'un ensemble de pièces unitaires. Puis, selon les options choisies, son moteur de règles assemble virtuellement l'engin aéroporté et sort le bon de commande. « Or, en considérant les objets unitaires de l'assurance, il nous est apparu que cet outil pouvait fabriquer des produits d'assurance et les contrats associés. » Cette extrapolation n'est pas le fait d'un inventeur illuminé, mais de Daniel Jasmin, directeur de projet au CNP Lab.

Preuve de sérieux, le cabinet d'analyse Forrester Research distingue la Direction de l'innovation et de l'organisation, ou DIO (nom officiel du Lab), de CNP Assurances comme l'une des structures d'innovation les plus efficaces de l'Hexagone. Il la classe au même niveau que la R&D de France Télécom ou l'organisation en charge des achats chez Renault-Nissan.

Est-ce la conséquence d'une recherche débridée et d'un budget illimité accordé par l'assureur, filiale de la Caisse des dépôts ? Tout au contraire. Les conditions d'expérimentation du CNP Lab sont encadrées : une équipe restreinte, cinq projets par an, un budget confortable mais fixe, des délais rigides.

Deux tiers des projets aboutissent

Cette réussite s'explique d'abord par un bon timing. La structure a été créée en 2000 et lancée en 2001, après l'éclatement de la bulle Internet. Il n'était alors plus envisageable pour ses fondateurs, à moins de risquer la porte, de proposer des projets de plusieurs dizaines de millions d'euros. Pas question non plus de se cantonner à la seule conception de sites Web.

Jean-Pierre Walbaum, membre du directoire, et Christophe Preschez, directeur du CNP Lab, partagent une vision commune de l'innovation : évaluer à des fins d'industrialisation des techniques non testées dans le cadre des pratiques de la CNP ou de celles de ses concurrents. Comme si cela ne suffisait pas, Jean-Pierre Walbaum a tenu et tient encore, dans un souci d'efficacité et de souplesse, à faire exister le Lab en dehors de la direction informatique de l'entreprise.

Les technologies ne sont pas évaluées pour la beauté du geste. Elles doivent impérativement répondre à un besoin métier et être approuvées par les opérationnels. Dans le cas du système d'assemblage d'hélicoptères, le projet s'est vu finalement retoqué. Ainsi finissent un tiers des projets menés par l'équipe de Christophe Preschez, quand l'usage identifié ne crée pas de valeur, ou qu'il ne correspond pas à un besoin. Un autre tiers continue sa vie à la CNP sans ajout d'argent. Le troisième tiers est repris par la direction informatique de la société d'assurances. « Dans le monde du capital-risque, le ratio d'échec peut toucher neuf projets sur dix », compare le directeur de la DIO.

Cette efficacité tient à un écosystème que le Lab a su constituer. Il s'appuie sur des experts de confiance, tel Raymond Sclison, directeur technique de Cosmosbay-Vectis et référent technique pour le CNP Lab. Son rôle consiste à diagnostiquer, en vingt-quatre à quarante-huit heures, le degré de compatibilité des technologies entre elles, et à déceler leurs pièges. S'il est capable de valider une architecture technique, il intervient aussi pour diminuer le poids des fichiers PDF et faciliter leur emploi dans l'entreprise.

L'écosystème englobe également deux consultants de SQLI, qui prennent la main par la suite pour développer et intégrer le projet. Les profils de ces trois intervenants se rejoignent sur plusieurs points : ouverture d'esprit, rapidité d'exécution, et une aisance à travailler en mode collaboratif, entre eux ou avec la communauté open source.

Quant au profil de l'équipe du CNP Lab, il résonne à l'unisson, bien que présentant d'autres particularités. Daniel Jasmin et Christophe Preschez sont ainsi tous deux des entrepreneurs. « Au-delà de la maîtrise d'ouvrage que nous sommes, je perçois la vision du Lab comme celle d'un " intrapreneur ", affirme le directeur de projet. Nous concevons de nouveaux services en suivant la démarche de l'entrepreneur, mais au sein de l'entreprise, et sans être directement exposés aux risques financiers. »

Peu de projets, mais un travail en profondeur

La méthode adoptée pour choisir les projets à mener a son importance. Le directeur du Lab se souvient d'une structure similaire lancée par la banque américaine JP Morgan, à laquelle toutes les entités de l'établissement bancaire se devaient d'apporter des idées. Un processus industrialisé de « screening » d'une centaine de projets se mit alors en place. « C'était une énorme dépense d'énergie, juge Christophe Preschez. Nous préférons travailler sur un plus petit nombre de projets - une vingtaine, en général -, et effectuer un travail très profond d'analyse de la valeur et du risque. »

Et donc, une fois validés l'intérêt de l'idée par le directoire et la faisabilité technique et les problématiques de sécurité par le DI et le RSSI, tous les intervenants ont le champ libre quant au choix des frameworks de développement, des langages et des applications. La plupart du temps, ceux-ci sont issus du monde du libre - à l'instar de ZK, de Potix, sur lequel Raymond Sclison développe des interfaces graphiques Ajax sans coder une once de Javascript. Un hébergement dédié chez Colt autorise même la mise en production de technologies non conformes aux canons de la direction informatique.

La liberté aussi de tester l'application ou le service au sein des différents départements de CNP Assurances, voire chez ses partenaires. Le projet CNPNet entre dans ce cas de figure. Ce système a été conçu pour automatiser l'accord de délivrance de l'assurance emprunteur lors d'un crédit immobilier souscrit auprès d'une banque. Le moteur de règles de CNPNet établit le « scoring » pour cette demande de crédit en interprétant les données envoyées par le chargé de clientèle. Lequel reçoit en retour une réponse immédiate : « oui » ; « non » ; « à approfondir ».

Dans ce dernier cas, qui nécessite plus de données sur l'emprunteur, le système est capable, entre autres, de proposer sur-le-champ une date de rendez-vous pour une visite médicale chez un médecin agréé. L'expérimentation sur le terrain a permis de vérifier que le service ne perturbait pas la relation commerciale, et qu'il était acceptable pour le client final. Industrialisé par la direction informatique en 2005, il est aujourd'hui en production dans 4 000 agences bancaires. Et son utilisation va s'étendre à l'ensemble des Caisses d'épargne et à certaines caisses du Crédit Agricole.

Satisfaire aux besoins métier est décisif

CNPNet a procuré aux équipes informatiques de l'assureur une avance dans la maîtrise de certains pans technologiques, comme les services Web. « CNP Assurances est précurseur sur les architectures orientées services, et particulièrement dans la granularité des services et les technologies de mise en oeuvre », observe Guillaume Ploin, consultant chez SQLI, partenaire de CNP Lab. Dans ce sens, des laboratoires orientés sécurité ont aidé à mettre en place, dès 2002, des techniques de délégation d'authentification des partenaires équivalant au standard SAML (Security Assertion Markup Language).

Un autre site, CNPpatrimoine, participe de cet apprentissage. Il met des informations à la disposition des conseillers en gestion du patrimoine immobilier. Ecrit en PHP et hébergé chez Colt, il affiche les données métier, qui restent au sein du système d'information de la CNP. « Elles seront aussi exploitables par d'autres partenaires », détaille Johann Lemaître, responsable de l'ingénierie au Lab et salarié de SQLI. Les partenaires pourront effectuer des demandes d'arbitrage, des consultations, des versements complémentaires, et récupérer les PDF générés avec les demandes d'opérations.

Ces retombées techniques ne se révèlent pas forcément essentielles. Seniorvie.fr en fournit l'exemple type. Ce site, issu d'un projet de partenariat entre CNP Assurances et la Caisse nationale d'assurance vieillesse, a pour objectif de présenter aux personnes âgées des produits d'assurance idoines. Rien de vraiment révolutionnaire sur le plan technique.

« Nous avons pu approfondir notre méthode pour améliorer l'évaluation du besoin des internautes et passer des partenariats sur Internet, se souvient Georges Constantin, responsable des projets services à la personne au sein de CNP Assurances. A ma connaissance, c'est la première fois que ces partenaires ne sont pas des filiales de la CNP. » Le projet satisfaisait aux besoins métiers. Il est donc entré en production en l'état, sans développements supplémentaires.

Le projet d'assemblage automatique de produits d'assurance à partir du logiciel de construction d'hélicoptères n'a pas eu cette chance. Mais il n'est pas pour autant tombé aux oubliettes. Comme tout projet du Lab, il a été disséqué (méthode de modélisation, points limites de certaines technologies, localisation des experts) et répertorié dans la base de connaissances.

« Deux ans plus tard, la CNP a progicialisé ses nouvelles gammes de produits, se félicite Daniel Jasmin. Nous étions juste en avance. Même si cette industrialisation ne met pas en oeuvre le noyau du logiciel que nous avions évalué. »

CNP Lab, en bref

Structure. La Direction de l'innovation et de l'organisation (nom officiel du Lab) dépend du directeur de l'innovation, qui siège au Directoire de CNP Assurances. Filiale de la Caisse des dépôts, cet établissement a réalisé en 2005 un chiffre d'affaires de 26,5 milliards d'euros.

Composition. Le Lab réunit neuf personnes (un directeur, quatre directeurs de projet, deux chargés d'études, deux assistantes). Les partenaires techniques sont Cosmosbay-Vectis (conseil) et SQLI (intégration).

Activité. Les cinq projets annuels majeurs doivent tenir dans un budget compris entre 2,5 et 3 millions d'euros.


Le déroulé type d'un projet
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Pour un seul projet Lab, pas moins de sept partenaires peuvent intervenir, en plus de l'équipe dédiée. Le groupe le plus important vient des structures internes. Le directoire de CNP Assurances, la direction informatique et le responsable de la sécurité sont tous trois chargés de valider les projets. Chaque service métier de l'entreprise d'assurance constitue un testeur potentiel pour les produits évalués par le Lab. Suivent les prestataires techniques (tels SQLI ou Cosmosbay-Vectis) et enfin les partenaires de CNP Assurances (banques, organismes d'Etat).



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