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Xen menace-t-il VMware ?
Le moteur de paravirtualisation de Xen est plébiscité par les grands de l'informatique. Mais VMware peut compter sur une solution aboutie, riche et sur un vaste écosystème.

Kareen Frascaria , 01 Informatique (n° 1881), le 17/11/2006 à 00h00

« Xen, soyons Xen. » C'est la nouvelle attitude des géants de l'industrie informatique. Depuis quelques mois, ils s'activent autour de ce projet open source dédié à la virtualisation de serveurs et annoncé comme plus performant que la technologie du leader actuel, VMware. Fondeurs, chefs de file de Linux, grands de l'infrastructure, tous ont manifesté leur intérêt pour cette communauté. Les annonces s'enchaînent et Xen est passé en un an du statut de simple curiosité de laboratoire (à Cambridge, tout de même), à l'une des dernières technologies en vogue.

Un accord controversé avec Microsoft

Intel et AMD ont annoncé leur support avec l'adaptation pour Xen de leurs technologies de virtualisation ancrées dans les processeurs, Intel VT ou AMD-V. Novell a été fier d'être le premier, cet été, à embarquer le noyau Xen dans sa distribution Suse Linux Enterprise 10. Son concurrent Red Hat compte l'imiter d'ici à 2007 avec la prochaine version RHEL5. Microsoft, lui, a annoncé en juillet un accord de compatibilité avec Xen Source, société commerciale issue de la communauté Xen. Ce qui a déclenché une belle controverse de la part de développeurs qui estiment que Xen a vendu son âme au diable. Pour la firme de Redmond, c'est en tout cas le moyen de contrer VMware, qui détient près de 80 % du marché de la virtualisation x86.

En regard de la position incontournable de VMware, l'adoption de Xen a été extrêmement rapide. « Un succès étonnant compte tenu des contraintes que Xen implique » , remarque Philippe Desmaison, ingénieur avant vente de Novell France. Car Xen est un paravirtualiseur, qui, contrairement à l'hyperviseur de type VMware, nécessite une modification des systèmes hôtes sur les machines virtuelles. Une obligation qui aurait pu rebuter l'industrie. Xen rend visible les périphériques présents au sein des machines virtuelles. Celles-ci doivent donc disposer des pilotes ad hoc. Il est surtout compatible Linux et nécessite quelques modifications pour faire fonctionner un environnement Windows. Mais parce qu'il est directement intégré sur la couche matérielle, il gagne en efficacité et donc en performances.

La richesse de VMware n'a pas d'égal

De son côté, VMware Workstation ou Server sont des programmes s'appuyant sur un système hôte, Linux ou Windows. Ils masquent le matériel présent par une surcouche logicielle en les identifiant comme étant des périphériques VMware. Une opération qui fait perdre du temps au système et le rend donc moins performant. Mais VMware ESX, l'offre haut de gamme, bien qu'encore très liée au matériel, se rapproche un peu plus de Xen avec une couche de virtualisation s'appuyant sur un Linux maison.

Outre son ancienneté, VMware dispose aussi d'une gamme étendue de solutions de virtualisation et d'une panoplie d'utilitaires qui facilite l'emploi de ses produits. Ainsi, P2V Assistant peut passer d'une machine physique à une machine virtuelle ; VMotion sert à migrer en direct d'une machine physique à une autre ; il y a encore la console de supervision centralisée VirtualCenter... Tout cela sans compter le millier de partenaires qui tentent de faire partie des heureux élus compatibles.

Xen a, par contre, encore du chemin à parcourir, même s'il propose une solution aboutie. Jusqu'à la version 2 de Xen Source, les systèmes d'exploitation devaient, en effet, être portés ou « patchés » pour fonctionner avec l'hyperviseur. Cela limitait le support des systèmes aux distributions de Linux, car il est bien difficile de modifier Windows. Depuis la version 3, et grâce au travail des fondeurs AMD et Intel, qui descendent la couche hyperviseur au niveau du matériel, il devient possible d'installer des systèmes non portés. Cela décharge Xen de cette tâche et améliore le cloisonnement entre les machines virtuelles. De fait, Xen prend une nouvelle dimension et rivalise avec VMware. D'autant qu'il est gratuit alors que son concurrent est réputé cher, contrepartie de la maturité et de la richesse de l'offre.

Un leader confiant, mais prudent

Le leader WMware ne se sent pas du tout menacé. Pour son PDG, Diane Greene, le retard de Xen reste considérable. Et l'accord entre Microsoft et Xen Source, ainsi que celui entre Microsoft et Novell ne font que semer la confusion dans l'industrie. Selon elle, ces acteurs sont loin derrière VMware. Microsoft ne prévoit ainsi le support de Xen que dans Longhorn, annoncé pour 2008. Et Xen Source doit encore peaufiner son habillage. « Le moteur est bon, mais la carrosserie pêche encore » , reconnaît Philippe Desmaison de Novell. Les clients, eux, n'en sont pour la plupart qu'au stade de l'évaluation. « Avec la version 3.02, la mise en oeuvre est toujours aussi lourde. On ne s'improvise pas linuxien. VMware prend, aujourd'hui, le dessus grâce à l'ensemble des outils additionnels, à sa simplicité et surtout parce qu'il gère davantage de systèmes » , analyse Olivier Parcollet, de la direction informatique de la Setao.

VMware n'est pas inactif et tente d'assurer ses arrières. Preuve qu'il n'est pas totalement serein. Son initiative VMI (Virtual Machine Interface), lancée en avril, est une belle réponse à Xen. Il s'agit de sa propre approche de paravirtualisation basée sur Linux. VMware a déjà proposé une spécification en 2006 qu'il espère voir accepter comme standard : initiative qui contrarie Xen Source, d'ailleurs « coopétiteur » sur cette spécification avec IBM et Red Hat. VMware reprendra peut-être le dessus dans ce domaine, mais il serait très mal vu de « tuer la communauté Xen » . Il doit donc apprendre à vivre avec. Et croiser les doigts pour que sa domination n'en souffre pas trop.

k.frascaria@01informatique.presse.fr

Xen

Description : projet open source de virtualisation de serveurs. Xen Source est la marque commerciale issue de la communauté Xen.

La technologie : Xen est en fait un paravirtualiseur. Les systèmes tournant sur son hyperviseur doivent être adaptés via des pilotes.

La puissance de feu : le noyau de Xen est adopté par Novell Suse et bientôt par Red Hat. Le produit Xen Source sera incorporé dans le prochain Windows. Xen bénéficie donc de la puissance de Microsoft.


VMware

Description : gamme complète d'outils dédiés à la virtualisation des serveurs x86.

La technologie : virtualisation complète qui nécessite une émulation du matériel virtualisé.

La puissance de feu : existant depuis 1999, les outils de VMware bénéficient d'une maturité et d'une popularité que ne connaît pas encore Xen. L'éditeur détient près de 80 % du marché et évolue dans un écosystème gigantesque comptant près de 1 400 partenaires.


Deux approches de la virtualisation
1. La paravirtualisation plus performante

La virtualisation complète, abordée par VMware, nécessite une émulation du matériel virtualisé. D'où un impact sur les entrées-sorties et la consommation de mémoire. Xen a une approche dite de paravirtualisation, qui se situe à un niveau en dessous sur le matériel, et donc plus performant. Mais les systèmes tournant sur l'hyperviseur Xen doivent être adaptés via des pilotes.

2. Des fonctions embarquées

Les offres de VMware, hormis ESX, nécessitent un système d'exploitation pour fonctionner. L'hyperviseur de Xen est intégré directement dans le matériel. La tendance veut que de plus en plus de fonctions soient embarquées dans le matériel, et même jusqu'au processeur. Intel et AMD y travaillent activement.


Leurs rivalités

La popularité de Xen fait réfléchir l'industrie sur ses choix. WMware se retrouve en compétition avec une technologie annoncée comme plus efficace.

Xen est gratuit et son code source modifiable, à l'inverse de VMware, payant, et en grande partie propriétaire.

Les alliances avec des géants comme AMD, HP, IBM, Intel, Microsoft ou Sun risque de rendre la tâche plus difficile à VMware.



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