
Le serveur Linux a déjà trouvé sa place en entreprise. Il en va autrement pour les déploiements sur postes de travail, qui restent encore confidentiels. Quelques tentatives d'installation de postes bureautiques font toutefois exception. Parmi les plus emblématiques, citons les mises en oeuvre de la mairie de Munich et celles, plus modestes, de la ville de Paris. Lors de nos tests, nous avons voulu valider l'intérêt de Linux pour les postes de travail bureautiques. Nous avons retenu trois distributions afin d'évaluer leur facilité d'installation, d'intégration à un environnement Windows, ainsi que leur sécurité et leurs capacités d'administration. Et ce, sans omettre la richesse des applications fournies. Autre exigence, ces distributions devaient être associées à une offre de services.
À chaque distribution sa spécialité
Novell et Red Hat, deux éditeurs de distributions de référence, ont accepté de participer avec leurs environnements Suse Linux Enterprise Desktop 10 et Red Hat Enterprise Linux 4 Desktop. De même, Ubuntu a été retenu pour nos tests. Cette distribution très en vogue ne dispose toutefois pas de structure d'assistance directe en France. Le laboratoire a donc été assisté par la société de services StarXpert. Premier constat, chaque distribution dispose de capacités particulières, même si toutes exploitent l'environnement de travail Gnome. Red Hat propose deux distributions professionnelles pour postes de travail, WS et Desktop. Nous avons retenu cette dernière, car elle est conçue pour des déploiements massifs. C'est en effet la seule distribution à disposer d'un serveur de déploiement et de mises à jour, Red Hat Satellite, qui s'est révélé un outil très utile, afin d'assurer un degré d'automatisation important des installations, puis le suivi des postes. Pour sa part, Suse Linux Enterprise Desktop (SLED) 10 est une distribution polyvalente qui vise aussi bien la PME souhaitant équiper deux stations qu'une grande entreprise. Elle porte l'empreinte de Novell, car les fonctions de sécurité y sont bien représentées : intégration de plusieurs clients RPV, procédure de contrôle de la sécurité des mots de passe, gestion des profils plus précise que ses concurrents, etc. À l'instar de Red Hat, Novell dispose de la plate-forme de téléadministration ZENworks, que nous avons disqualifiée puisqu'il ne s'agit pas d'un outil spécifique de Linux. D'ailleurs, il n'existait pas encore de client ZENworks pour SLED 10 au moment de nos tests. Son installation s'est donc effectuée poste par poste, à l'aide d'utilitaires de clonage, tel Kickstart, qui facilitent la configuration en série. L'autre possibilité consiste à utiliser AutoYaST sur un serveur Suse. Quant à la distribution Ubuntu, elle ne dispose pas encore de solution d'administration spécifique. Cette dernière est une distribution universelle qui doit son succès, d'une part, à la souche Debian, dont la qualité est reconnue, et dont elle intègre l'essentiel du code source. Et d'autre part, à une volonté de simplification qui rend du coup son installation monoposte très aisée. Revers de la médaille, son intégration avec un contrôleur de domaines Windows demande l'installation de paquets supplémentaires, et un travail de paramétrage en mode texte.
En ce qui concerne la sécurité, aucune distribution n'intègre d'antivirus, ce qui n'est pas problématique car peu de virus pour Linux sont aujourd'hui en circulation. Pour renforcer ladite sécurité, l'entreprise peut par ailleurs opter pour l'installation de serveurs dédiés de sécurité de type UTM. A contrario, l'antipourriel SpamAssassin est présent sur toutes les machines. En matière d'administration, nous n'avons pas effectué, dans le cadre de ce banc d'essai comparatif, de comparaison systématique entre Microsoft Windows et les environnements Linux. Toutefois, il est important de relever certaines lacunes portant sur des catalogues de fonctions. Par exemple, les distributions testées ne disposent pas de série d'outils intégrés et graphiques, dont l'étendue des fonctions puisse être comparée au logiciel Microsoft Management Console. De fait, les outils de configuration graphique livrés avec Linux sont incomplets pour la gestion de profils de groupes d'utilisateurs, nommés Group Policies Objects au sein des environnements Windows. Seul le verrouillage du poste est possible pour toutes les distributions, et ce, à l'aide de l'utilitaire de paramétrage Sabayon. Notons que ce dernier est présent, mais qu'il n'est pas installé par défaut ce qui oblige à le mettre en oeuvre après déploiement du système d'exploitation. Même constat pour la configuration du coupe-feu, qui s'effectue à l'aide d'interfaces graphiques, mais dont les options restent sommaires, notamment en matière de stratégies de filtrage.
Une mine d'applications à explorer
En ce qui concerne la richesse des applications fournies, un point fondamental doit être souligné. Lorsque l'utilisateur installe Windows de Microsoft, il est aisé de réaliser un inventaire précis des outils et applications qui sont livrés. Cela ne se vérifie pas avec les environnements Linux. La distribution Debian, par exemple, comporte plus de 1 000 paquets : applications, outils système, pilotes, bibliothèques de développement, fichiers de documentation, etc. Les distributions testées comportent moins de 2 000 paquets installés par défaut. Les possibilités d'extension sont donc considérables, au point qu'il est souvent faux d'affirmer qu'une fonctionnalité n'existe pas sous Linux. Pour apprécier cette richesse applicative « par défaut » , le laboratoire a donc installé des postes de travail, avec le moins d'interventions possible, en sélectionnant l'option poste bureautique lorsque celle-ci était disponible. Bilan, toutes les distributions intègrent une boîte à outils bureautique, fondée sur OpenOffice, Evolution et Gimp. Red Hat dispose de moins d'applications multimédias. Enfin, en matière tarifaire, soulignons que les distributions testées de Suse et de Red Hat ne sont disponibles qu'avec des services associés payants. Quant à Ubuntu, la distribution gratuite est disponible en téléchargement, même si les services d'intégration sont également payants.
Notre laboratoire a testé trois distributions Linux pour le poste de travail avec une offre de services associée : Red Hat 4 Desktop, Suse Linux Enterprise Desktop 10 et Ubuntu 6.06 LTS. Les tests démontrent que l'installation et l'intégration à un environnement Windows posent peu de problèmes. Mais ces distributions doivent s'améliorer et intégrer des outils d'administration graphiques destinés à gérer les paramètres de sécurité, la configuration par groupes de profils d'utilisateurs, la supervision et la restitution. Au final, Red Hat se démarque en matière de déploiements massifs, que prend en charge son serveur Satellite. Suse est la plus avancée en matière d'administration. Ubuntu est extrêmement simple, mais plus difficile à intégrer au sein d'un réseau d'entreprise.
Nous avons demandé à des éditeurs de distributions Linux pour poste de travail de nous fournir une version figée de leur environnement, pour lequel un service d'assistance devait exister. Trois candidats s'imposaient : Red Hat, Novell, et Mandriva. Ce dernier a refusé de participer à nos tests, au motif qu'une nouvelle version de sa distribution serait disponible peu de temps après parution. Cela est regrettable, d'autant que Red Hat, qui renouvellera aussi bientôt sa distribution, ne s'est pas montré aussi rétif. Nous avons souhaité inclure dans nos tests la très populaire distribution Ubuntu, qui ne dispose pas d'offre d'assistance. StarXpert, une société de services française, spécialiste du poste bureautique libre, nous a donc assistés dans cette tâche.
Spécialement bien notée pour les fonctions de déploiement automatisé apportées par le serveur Satellite (payant et propriétaire), cette distribution a été pensée pour les installations massives, ce qui explique qu'elle n'est vendue qu'à partir de 10 postes. Sans manques flagrants, elle gagnerait cependant à recevoir plus d'outils d'administration pour l'entreprise. Elle sera remplacée dans les prochains mois par une version 5. Prix pour 50 postes : abonnement de 2 799 euros ht par an (plus 10 800 euros avec Satellite).
Grande gagnante pour la simplicité d'installation, cette distribution réussit moins bien que ses concurrentes aux tests d'intégration en environnement Windows, et se montre très fruste en fonctions d'administration, il n'existe même pas d'interface graphique par défaut pour la configuration du coupe-feu. Son intégration en entreprise demandera donc d'effectuer un travail supplémentaire. Prix pour 50 postes : gratuit ; à partir de 6 500 euros ht le projet d'intégration (StarXpert).
La plus récente des distributions testées. Elle se démarque légèrement par un travail plus poussé que ses concurrentes sur l'administration, avec des modules de gestion de coupe-feu en mode graphique, des procédures de contrôle des mots de passe, plusieurs paquets pour les RPV ou le WPA. Novell ne propose pas encore d'agent compatible avec son outil de téléadministration ZENworks for Linux. Prix pour 50 postes : abonnement de 1 990 euros ht par an.
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