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[ STOCKAGE ]
EMC met la bande en péril
En rachetant Avamar, le géant du stockage se dote d'une technologie de déduplication de données qui réduit le volume des sauvegardes sur disque. L'objectif avoué : tuer la bande.

Vincent Berdot , 01 Informatique (n° 1880), le 13/11/2006 à 10h00

Déduplication, dédoublonnage, factorisation, segmentation... La technologie consistant à factoriser des séquences de bits afin d'économiser drastiquement la consommation d'espace disque emporte l'adhésion des acteurs du stockage. De tous les fournisseurs, EMC était l'un des seuls à ne pas s'être positionné sur la déduplication. Fidèle à son habitude, c'est par une acquisition qu'il rattrape son retard. Il signe là le plus gros rachat du domaine. Il reprend Avamar pour 165 millions de dollars. Le californien compte déjà 400 clients. Son offre, Axion, viendra enrichir le portefeuille de Legato.

Les moteurs de déduplication d'Avamar, de Diligent, de Data Domain, ou d'autres spécialistes fonctionnent sur le même principe : les données à envoyer sur disque sont découpées en une multitude de tronçons, chacun associé à un identifiant unique. La comparaison des identifiants (ou hash) permet de ne stocker qu'une seule fois une même séquence (une succession de bits).

Cette technologie peut donc se révéler très dangereuse pour les vendeurs de baies comme HDS, Network Appliance, ou EMC, qui la promeuvent. Pour l'heure, elle vise avant tout le monde de la sauvegarde et de l'archivage. A court terme, c'est donc la bande qu'elle menace directement.

Un coup fatal à la bande

« Associés à un processus de sauvegarde, les disques font seulement office de tampon entre les serveurs et les bandes. Ils sont encore trop chers pour devenir le support final de la sauvegarde. L'avènement de la déduplication, qui économise l'espace, devrait changer cette situation », espère Didier Bouvet, responsable du centre de compétence d'APX Synstar.

La plupart des moteurs de dédoublonnage s'inscrivent ainsi dans un environnement de sauvegarde. Ceux de Diligent, de Data Domain, de Sepaton, entre autres, captent et dédoublonnent les flux envoyés par les serveurs de sauvegarde. Mieux : ils simulent une bibliothèque virtuelle. La solution d'Avamar, en revanche, se substitue littéralement aux logiciels de sauvegarde. Comme eux, elle requiert la pose d'un agent sur les serveurs ou les postes de travail à protéger.

Toutes les offres de segmentation visent le stockage dit secondaire. Mais elles ne ciblent pas la même clientèle. Les prétentions d'Avamar se limitent à la sphère départementale. Alors que celles de Data Domain ou de Diligent s'étendent à l'ensemble de l'entreprise. La bande passante, la capacité d'adressage, et, bien entendu, le facteur de déduplication (même si ce dernier dépend de la variabilité des données envoyées) constituent autant d'éléments différenciateurs. Et, sur ce terrain, les performances de Diligent sont parmi les meilleures : un débit de 200 Mo/s, un index de 4 Go adressant 1 Po de données, et un ratio de déduplication d'environ 25.

Aujourd'hui la sauvegarde, demain les disques primaires

A terme, pourtant, la segmentation s'étendra au stockage primaire. « D'ici à vingt-quatre mois, la déduplication devrait s'imposer dans le monde de la sauvegarde. Elle mettra environ cinq ans à atteindre tous les niveaux de stockage, production comprise », anticipe, pour sa part, Tony Asaro, analyste dans le Storage Enterprise Group. Potentiellement, la déduplication s'applique déjà aux serveurs de fichiers, puisque certains éditeurs exposent leur moteur de dédoublonnage via CIFS.

Pour l'instant, toutefois, « leur capacité de traitement reste insuffisante pour le stockage primaire. Le débit de 80 mégaoctets par seconde fourni par Data Domain ne peut servir qu'à la sauvegarde », nuance Didier Bouvet. Mais avec le temps, ces débits augmenteront. Et quel utilisateur ne serait pas tenté de réduire ses volumes de stockage ? N'en déplaise à ses fournisseurs de baies...

Les trois familles du stockage et ses acteurs
Les fabricants de baies de disques

Network Appliance. Propose dans ses filers une technologie de déduplication. Mais elle ne fonctionne qu'avec Netbackup de Veritas ou Snapvault, l'offre maison de sauvegarde sur disque.

EMC. Vient de racheter Avamar.

HDS. Revend l'offre de Diligent.

Les spécialistes de la sauvegarde

Symantec-Veritas. Son module Netbackup Puredisk Remote Office Edition (issu du rachat du Belge Datacenter Technologies) cible la sauvegarde des postes distants. Comme EMC avec Avamar.

Quantum. Juste avant son rachat par Quantum, Adic a repris en mars dernier Rocksoft, dont la déduplication sera intégrée dans sa bibliothèque virtuelle.

Les éditeurs de niche

Diligent. La Rolls Royce de la segmentation, lancée l'an dernier. La seule solution à utiliser une technologie de « hash » propriétaire. Cofondée par l'inventeur de la baie Symmetrix.

Data Domain. Ses capacités d'adressage et son débit sont nettement inférieurs à ceux de Diligent, son principal rival. Mais il dispose d'un outil de réplication entre ses serveurs de déduplication.

Sepaton. Start-up du Massachusetts spécialisée dans l'appliance de bibliothèque de bandes virtuelle. Il lancera prochainement une solution de dédoublonnage.

Falconstor. L'éditeur propose déjà une bibliothèque virtuelle (revendue par EMC). Avant la fin de l'année, il l'enrichira d'un moteur de déduplication, actuellement en version bêta.



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