01 Informatique : Pourquoi avez-vous mis en place un groupe de travail sur les terminologies médicales ?

Emmanuel Briquet :
La santé est régie par des normes dont la plupart s'intéressent plus au contenant qu'au contenu. Résultat : nous avons les tuyaux, (le protocole d'échange HL7), mais pas de standard pour
normaliser ce qui passe dans la plomberie. Le travail préliminaire de structuration des données n'a pas été fait. Nos autorités de tutelle ne proposent rien. Chaque établissement lance donc ses propres projets. Si l'on poursuit dans cette voie, nous
n'obtiendrons pas l'interopérabilité sémantique. Or, quand il s'agit de santé, la moindre ambiguïté peut tuer. En l'absence de proposition, l'hôpital du Havre a pris les devants en initialisant une réflexion sur les terminologies médicales.
Pour quelles raisons vous êtes-vous associés à l'Ecole centrale de Paris ?

Le pôle santé de cette école dispose d'une antériorité sur le sujet, puisqu'elle est à l'origine de normes comme Cismef
(*)
. Un établissement hospitalier ne dispose pas des chercheurs nécessaires à ce travail de
fond. Mais en combinant les ressources de l'école aux nôtres, à savoir les médecins qui maîtrisent les enjeux de la terminologie au niveau métier, nous avons formé un groupe efficace. Notre projet vient d'être présenté à la Mission d'informatisation
des systèmes de santé, qui s'est dite intéressée par le résultat de nos travaux.
Nombre de pays emploient Snomed. Pourquoi ne pas les imiter ?

Snomed est une terminologie médicale ancienne et éprouvée. Toutefois, en l'état, elle est inutilisable en France. Les Canadiens ont effectué une traduction pour l'adapter à la langue française. Mais le résultat demeure
insuffisant. D'un pays à l'autre, les métiers et les pratiques changent. Il faut procéder à une véritable localisation - un travail colossal - pour que Snomed soit exploitable en France. C'est d'ailleurs à cela, entre autres,
que nous nous attelons actuellement.
Avez-vous déjà réalisé des implémentations concrètes de vos travaux ?

Oui. L'hôpital du Havre, en collaboration avec des industriels, se sert des travaux réalisés avec l'Ecole centrale de Paris pour mener des expérimentations. Nous avons identifié des domaines où Snomed s'adaptait aux
pratiques françaises, et avons commencé à l'implémenter dans certains secteurs de l'hôpital. Et les royalties sur Snomed 3 étant plus élevées, nous privilégions la version 2.
(*) Catalogue et index des sites médicaux francophones. Créée par le professeur Darmoni, cette norme aide à sélectionner, décrire et indexer les ressources francophones de qualité dans la santé.