Alors que le poste de travail Linux arrive à maturité juste à temps pour proposer une alternative à Windows Vista, un nombre croissant d'entreprises se tournent vers des clients légers. Précurseur, Europcar a transformé 3 300 PC vieillissants en terminaux passifs Linux Debian dès 1997 afin d'optimiser la durée de vie de son parc tout en diminuant son coût d'administration.
Son exemple est aujourd'hui suivi par la chambre de commerce et d'industrie de Meurthe-et-Moselle, qui a retenu cette architecture pour faire évoluer 180 postes. « Fin 2003, notre parc matériel était en fin de vie. Nous avions le choix entre renouveler complètement nos PC pour migrer vers Windows XP, ou trouver une solution plus intelligente. Nous nous sommes tournés vers un client léger Linux et économisons désormais 160 000 euros par an par rapport à un parc sous Windows XP » , se réjouit Philippe Klein, directeur informatique et nouvelles technologies de la CCI.
C'est aussi la volonté de faire des économies qui a conduit Plastigray (300 personnes, fabrication de pièces plastiques pour l'automobile et l'électroménager) à faire la même démarche. « Je ne déploie plus que des terminaux Linux, soit sur un vrai terminal à 200 euros, soit sur de vieux PC recyclés » , explique Tony Galmiche, responsable informatique de l'entreprise. « Mon objectif est surtout de faire des économies en matériel, coûts d'installation et de licences » , explique-t-il.
L'utilisation : bureautique et applications métier
D'un point de vue fonctionnel, le passage à un client léger Linux ne change pas grand-chose pour les utilisateurs finals. « Ils peuvent relever leurs e-mails, utiliser une suite bureautique, partager leur agenda, surfer sur le web, et accéder aux applications métier. Au final, les utilisateurs disposent d'un poste bureautique équivalent à celui proposé par Microsoft/Citrix, mais l'entreprise réalise d'importantes économies en coûts de licences » , explique Jean-Claude Zannettacci, chef de projet chez Haulotte Group. Son entreprise s'est appuyée sur Linux Debian, le client de messagerie Kontact, le groupware Kolab, la suite bureautique OpenOffice. org et le client léger NX pour équiper 120 de ses collaborateurs. Tous les postes de travail s'exécutent sur des serveurs de sessions.
On pourrait croire que ce changement d'architecture est mal vécu par les utilisateurs. Mais ce n'est pas toujours le cas. « Comme, à configuration égale, notre client léger Linux est bien plus performant que l'ancien poste avec Windows 2000, tout le monde a voulu en disposer rapidement malgré le changement d'environnement » , explique Philippe Klein, de la CCI de Meurthe-et-Moselle. Répartis sur huit sites géographiques, ses utilisateurs apprécient également le taux de disponibilité supérieur et la rapidité des interventions. Quand un poste est inopérant, « nous n'avons qu'à enregistrer l'adresse MAC du terminal. L'utilisateur branche une nouvelle unité standard, la démarre, et il retrouve instantanément tout son environnement de travail », ajoute-t-il.
Au-delà des atouts liés à l'architecture client léger - administration centralisée, faible coût d'acquisition et de maintenance des terminaux, etc. - cette approche permet de prendre facilement en compte l'existant : applications métier qui ne fonctionnent pas sur Linux et applications bureautiques sous Access et Excel difficiles à migrer sous OpenOffice.org. « Nos utilisateurs accèdent aux applications Windows - comptabilité, paie, centre de formalités des entreprises, fichier consulaire - via un client TSE open source : rdesktop » , détaille Philippe Klein.
La mise en oeuvre : clients lourds et légers cohabitent
« Nos postes de travail sont des clients légers bâtis sur la base de notre parc matériel existant. Il s'agit de PIII à 550 MHz équipés de 64 Mo de RAM. Nous avons simplement enlevé les disques durs, explique Philippe Klein. Comme ils ne supportent pas les protocoles ICA et RDP, les PC téléchargent un mininoyau Linux d'environ 13 Mo sur un serveur TFTP puis se connectent à des serveurs de sessions fonctionnant avec Red Hat Linux 8. Ils ouvrent une session X en réseau local, et VNC sous SSH pour les sites éloignés ne disposant pas d'une large bande passante » , détaille-t-il. Haulotte Group, pour sa part, s'est appuyée sur le serveur et le client léger NX de NoMachine pour ne pas avoir à payer de licences Citrix et Microsoft tout en bénéficiant de l'assistance technique d'un éditeur. Plastigray suit une migration plus progressive. L'entreprise transforme ses Pentium 166 sans disque dur équipés de 32 Mo de mémoire vive en terminaux Linux. Mais elle gère en parallèle des PC plus récents (>P400) qui fonctionnent avec Windows pour pouvoir exécuter Excel et des applications spécifiques Windows. Le client léger NX de NoMachine et un client t5250 permettent alors d'accéder aux autres applications, notamment au PGI. « De deux terminaux en août 2005, nous atteindrons vingt terminaux à la fin de l'année. Les utilisateurs n'ayant plus besoin d'utiliser Word et Excel passent sous Linux » , explique Tony Galmiche.
Les entreprises profitent de ces migrations pour rationaliser leur système d'information. « Avant de passer à OpenOffice. org, j'ai redéveloppé la plupart de nos applications Excel sous Lamp, explique Tony Galmiche. Elles sont ainsi plus pérennes, accessibles directement via notre intranet, quel que soit le client utilisé », détaille-t-il. La CCI de Meurthe-et-Moselle a suivi exactement la même démarche : depuis la fin des années quatre-vingt-dix, elle privilégie systématiquement les architectures web.
L'effort de formation des utilisateurs n'est pas très important. « Nous n'avons eu besoin que d'une seule journée de formation pour migrer nos utilisateurs vers Linux » , constate Jean-Claude Zannettacci, de Haulotte Group. La CCI de Meurthe-et-Moselle a, quant à elle, assuré deux jours en interne, mais ses utilisateurs ont jugé la formation trop longue. « C'est pareil qu'avant m'ont répondu certains d'entre eux ! » , explique Philippe Klein.
Les ressources nécessaires : une mise à jour simplifiée
Ces architectures étant encore nouvelles à l'époque (2003), la CCI de Meurthe-et-Moselle n'a pas réussi à trouver de prestataire compétent pour l'accompagner. « Mes deux ingénieurs spécialistes Linux ont pris le projet à bras-le-corps et l'ont mené à bien en quatre mois pour la conception puis quatre mois pour le déploiement » , explique Philippe Klein. De son côté, Haulotte Group a mené son projet (120 utilisateurs) en seulement vingt-cinq jours, répartis sur deux mois. La SSLL Atol CD l'a accompagné pendant vingt jours dans la mise en place des serveurs, le choix de certains logiciels clients, et la migration de l'existant. Mais l'entreprise a déployé seule (cinq jours) le matériel en interne. Les deux projets ont coûté entre 20 000 et 30 000 euros tout compris pour 120 à 180 utilisateurs. Ce type d'architecture revient moins cher qu'un poste utilisateur Windows traditionnel. « Nos clients légers Linux nous reviennent à 320 euros tout compris alors qu'un poste de travail Windows complet revient à plus de 1 500 euros si l'on inclut toutes les licences » , estime Philippe Klein. L'administration quotidienne se limite au strict minimum. « Nous n'avons que l'image du noyau de 13 Mo à maintenir. Pour le reste nous utilisons des versions stables des outils, qui ne demandent quasiment pas de mise à jour. Nos sept serveurs de sessions sont identiques. On ne fait donc qu'une fois la modification et il suffit ensuite d'un clic pour qu'elle se répercute sur tous les autres serveurs, instantanément » , illustre Philippe Klein, de la CCI de Meurthe-et-Moselle. « Sous Linux il y a bien mieux que Windows update. Je saisis la commande apt-get upgrade et mon serveur se met à jour tout seul : patchs, logiciels, etc. Je peux même déclencher la mise à jour à distance », complète Tony Galmiche, de Plastigray. De plus, comme tous les postes peuvent être pris en main à distance, l'équipe informatique peut se concentrer sur les problèmes matériels et les nouveaux projets. Peu d'entreprises délèguent donc la TMA à un prestataire.
Les écueils : un support inégal du matériel
Même si Calc - le tableur d'OpenOffice.org - possède encore quelques limites comparé à Excel, la migration vers OpenOffice. org ne pose pas de problème. Le recours aux clients TSE libres permet en outre de glisser en douceur en gardant la possibilité d'utiliser les applications Windows. Et la migration des serveurs et clients de messagerie est désormais un jeu d'enfant. En revanche, la CCI de Meurthe-et-Moselle n'a pas réussi à faire fonctionner ses vieilles imprimantes Canon LBP800 avec Linux car « il n'existe tout simplement pas de pilote » , explique Philippe Klein.
Paradoxalement, la charge mémoire d'OpenOffice.org - gourmand sur un poste de travail - ne pose pas de problème lorsque ce logiciel s'exécute sur un serveur. « J'arrive à faire fonctionner six utilisateurs simultanés sur un PC recyclé en serveur - 512 Mo et processeur à 1 GHz - qui exécutent en même temps OpenOffice.org, Firefox, Thunderbird et tn5250. Avec un vrai serveur, il est possible de gérer 25 à 30 sessions » , illustre Tony Galmiche chez Plastigray.
En revanche, il n'est pas envisageable de passer par LTSP (Linux Terminal Server Project) pour faire démarrer à distance les clients légers car son protocole - XDMCP - consomme trop de bande passante. Plastigray recourt donc au serveur FreeNX utilisable avec un accès bas débit à 56 kbit/s et la CCI de Meurthe-et-Moselle a déployé un serveur TFTP sur chaque site qui délivre son noyau Linux de 13 Mo.
Les gains : des économies substantielles
En 2006, Plastigray va éviter le renouvellement d'au moins dix ordinateurs à 1 000 euros pièce. « En contrepartie, je vais acheter un serveur plus puissant que prévu pour supporter de nouveaux utilisateurs et j'économiserai toujours 7 000 euros, sans compter le temps d'installation réduit des clients Linux : deux jours contre cinq pour des PC avec Windows », estime Tony Galmiche. À la CCI de Meurthe-et-Moselle, le bilan financier est encore plus intéressant. Si elle avait renouvelé son parc de PC pour passer sous Windows XP, elle aurait dû dépenser environ 150 000 euros en matériel et 200 000 euros en licences diverses. « En supposant que les logiciels durent trois ans et les matériels quatre, nous aurions dû prévoir environ 160 000 euros ht d'investissements annuels. Pour notre projet de clients légers Linux nous n'avons dépensé que 22 120 euros !, constate Philippe Klein. En ayant opté pour le monde du libre, nous économisons 1 000 euros par poste et par an ! Pour notre structure, une économie récurrente de 160 000 euros par an, ce n'est pas rien. »
Pour faciliter la migration des postes de travail avec Linux, de plus en plus d'entreprises recourent à une architecture client léger, soit pour la totalité du poste, soit uniquement pour les logiciels les plus difficiles à migrer comme les applications métier et Excel. Cette approche leur permet de conserver leur parc de PC existants, même lorsqu'ils ne sont pas assez puissants pour les dernières versions de Windows. Au final, le coût par poste est de 3 à 5 fois inférieur à celui d'un PC avec Windows XP et la centralisation de l'administration du parc permet aux équipes de se concentrer sur d'autres projets.
Le serveur de clients légers le plus évolué - celui de NoMachine - ne supporte pour l'instant que le protocole RDP de Microsoft, X.11, et celui de VNC (RFB). Si l'entreprise possède déjà un serveur Citrix (protocole ICA), elle devra donc continuer à payer des licences clients.
Une migration plus facileLa migration peut se faire progressivement de Windows/MS Office vers Linux/OpenOffice.org en accédant à de plus en plus d'outils libres grâce à un client léger installé sur le poste Windows, ou bien en déployant un client léger Linux permettant d'accéder aux applications qui ne sont pas compatibles avec Linux.
Un coût d'exploitation réduitOutre l'économie des licences liées au poste de travail (OS, suite bureautique, etc.), l'architecture client léger centralise le déploiement et la mise à jour de ces postes. Les coûts d'exploitation sont donc plus faibles que ceux d'un poste traditionnel.
Moins d'autonomie pour l'utilisateurMême si elle commence à faire de plus en plus d'émules, l'architecture client léger, qu'elle soit sous Linux ou Windows, frustre parfois les utilisateurs habitués à leur disque dur et à une certaine autonomie. Il faut donc leur apporter plus de disponibilité et de performances pour « faire passer la pilule ».
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