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Équipementiers Télécoms : la consolidation s'accélère
Après plus de cent cinquante ans de présence sur le marché des télécoms, Siemens jette l'éponge au profit de Nokia. Un événement qui montre bien à quel point les équipementiers sont à un tournant de leur histoire. Au-delà de Siemens, le sort de Nortel Networks est également en suspens.

Henri Bessières avec Frédéric Bergé , 01 Réseaux (n° 163), le 01/07/2006 à 00h00

Après plusieurs années d'hésitations, le phénomène de consolidation est désormais bien lancé chez les équipementiers télécoms. Dans la foulée de la fusion à venir entre Alcatel et Lucent Technologies, le cas Siemens est également en passe d'être réglé. De même, une solution devra être rapidement trouvée pour Nortel Networks. Parmi la dizaine de grands équipementiers dans le monde, trois auront ainsi fusionné ou été rachetés dans les mois qui viennent.

Aujourd'hui, c'est Nokia qui passe à l'offensive en volant au secours des activités télécoms du conglomérat allemand. Après s'être débarrassé de ses terminaux cellulaires en les revendant au taïwanais BenQ en octobre dernier, Siemens va créer une société commune avec Nokia, à laquelle les deux partenaires apporteront l'ensemble de leurs activités réseaux, tant cellulaires que fixes. Baptisée Nokia Siemens Networks, elle sera dirigée par un Finlandais et aura son siège à Helsinki, Nokia étant majoritaire au conseil d'administration.

L'ensemble devrait peser environ 15,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé (valeur 2005) dans les infrastructures - derrière le futur tandem Alcatel-Lucent et le suédois Ericsson, mais loin devant Nortel. Il comptera soixante mille collaborateurs, avant réduction d'effectifs (9 000 postes supprimés d'ici à 2010). À noter que les terminaux cellulaires - où Nokia est l'incontestable numéro un mondial, segment qui représente 80 % de son activité - ne sont pas concernés et demeurent sous la houlette du géant finlandais.

Au-delà de la porte de sortie offerte à Siemens, l'opération permet à Nokia de se renforcer dans les réseaux fixes, ce qui, à l'heure de la convergence, peut constituer un atout, malgré des recouvrements non négligeables dans les infrastructures cellulaires, où les deux équipementiers ont de solides positions et où Siemens disposait d'un partenariat avec le japonais NEC, dont on ne sait pas ce qu'il deviendra (en France, Siemens-NEC est fournisseur de SFR).

« Contrairement aux infrastructures cellulaires, il y a peu de doublons chez les clients des deux équipementiers, note Laurent Balcon, un analyste indépendant. Sur le plan géographique, Siemens est bien implanté aux États-Unis et a de bons produits dans le domaine des softswitchs. »

Il n'empêche que l'ancrage européen du groupe devrait rester assez fort, le Vieux Continent représentant un peu plus de la moitié de l'activité du nouvel ensemble. Reste le sort des PABX de Siemens (13 000 employés, 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires), qui seraient, assurent ses dirigeants, l'objet de négociations en vue d'une cession rapide à un partenaire industriel, et celui de sa division Services informatiques (Siemens Business Systems), mais ceci est une autre histoire...

Nortel, très fragilisé

Au-delà de la constitution de ce nouvel ensemble, qui devrait être définitivement achevé fin 2006, l'autre grande question qui agite les observateurs concerne l'avenir de Nortel. Avec une perte de 2,57 milliards de dollars en 2005, l'équipementier canadien - dont on pensait, à tort, qu'il était le premier à s'être relevé de l'éclatement de la bulle internet - est extrêmement fragilisé. Sa récente joint-venture avec le chinois Huawei dans les équipements DSL vient même de voler en éclats : les deux partenaires n'ont finalement été retenus par aucun opérateur américain lors des derniers appels d'offres. Pire : Mike Zafirovski, son nouveau patron (un transfuge de Motorola) a créé la surprise en annonçant qu'il comptait se séparer de toutes les activités dont la part de marché serait inférieure à 20 %. Or, ainsi que le soulignait la lettre hebdomadaire Euro TMT, ces « activités, ainsi mises sous surveillance, représentent 65 % de son chiffre d'affaires » !

Tous les regards se tournent alors vers Motorola. Bien positionné dans les terminaux cellulaires, où il est numéro deux mondial, l'américain a cependant besoin de se renforcer dans le W-CDMA, où Nortel (certes loin derrière Ericsson ou Nokia) dispose de certaines positions enviables (Nortel est, avec Nokia et Alcatel, l'un des trois fournisseurs d'Orange). Il est, par ailleurs, complètement absent du fixe. Sans compter les facteurs humains, puisque l'actuel patron de Nortel n'est autre que l'ancien numéro deux... de Motorola.

IMS : sévère revers pour Alcatel

Reste bien évidemment à déterminer les parités, à savoir si personne ne surenchérira. Le rapprochement paraît cependant inévitable. « C'est une question de semaines », commente un familier des deux groupes. Également évoqué, le scénario d'un rachat de Nortel par le chinois Huawei paraît toutefois peu vraisemblable.

Un contexte dans lequel Ericsson - qui s'est récemment offert l'essentiel des activités de Marconi afin de se muscler dans le fixe - pourrait paraître un peu isolé. À voir. Le suédois demeure bien positionné dans la 3G, dont il est le leader mondial. De même, il a su habilement tirer parti de la convergence vue par les opérateurs cellulaires. Témoin, son IMS (IP multimedia subsystem) et sa passerelle fixe-mobile, notamment sélectionnés par Orange pour son coeur de réseau et qui doit permettre le lancement, en septembre, des premiers services de l'opérateur issus de la convergence. Passé quasi inaperçu, ce choix est un sévère revers pour Alcatel, fournisseur historique de l'opérateur tricolore, notamment en ce qui concerne son coeur de réseau. « Au-delà d'une nouvelle génération de services, les choix technologiques effectués par les opérateurs en ce moment sont particulièrement structurants car ils conditionnent la physionomie des réseaux pour les sept à huit ans à venir », estime Guy Roussel, président d'Ericsson France. Pour le reste, l'environnement industriel risque donc d'être passablement animé dans les mois qui viennent. Une inconnue cependant, avec la stratégie et le parcours des équipementiers chinois (Huawei, ZTE), tant sur leur marché domestique qu'en Occident. Difficile de prédire si un acteur comme Huawei sera en mesure, ou non, de procéder à une acquisition significative en Europe ou aux États-Unis. On constate enfin - et alors que Cisco se fait discret - l'absence des industriels japonais (NEC, Fujitsu) de ces grandes manoeuvres. Mais peut-être finiront-ils par dire leur mot, ce qui signifierait alors que la consolidation est en voie d'achèvement.

La « dame de fer » d'Alcatel rejoint France Télécom

Quelques semaines après Jacques Dunogué, parti chez Thomson, c'est au tour de Caroline Mille, très proche et fidèle collaboratrice de Serge Tchuruk, le tout puissant p-dg d'Alcatel, de quitter le groupe pour rejoindre... France Télécom, en tant que directrice de la communication. Difficile à interpréter, ce transfert découlerait au moins autant de la fusion avec Lucent que de la nécessité de reprendre en main la communication, y compris en interne, alors que les nuages s'amoncellent au-dessus de l'opérateur historique.


L'activité PBX de Siemens en quête d'un repreneur

Siemens s'apprête à céder son activité entreprise, évaluée à 3,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2005, tirant ainsi un trait sur ses télécoms publiques et privées. Siemens se place numéro deux mondial des PBX derrière Avaya, mais devant Alcatel. En Europe, les analystes (Canalys, Frost & Sullivan) jugent le constructeur allemand légèrement en tête devant son rival français avec des parts de marché respectives de 17 % et 16 % en 2005. Le constructeur a engagé une vaste migration vers IP de ses systèmes HiPath pour PME et grandes entreprises. L'acquéreur de l'activité sera, de toute évidence, soit un industriel, soit un fonds d'investissement.



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