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Stress électronique ? L'expression est apparue au tournant des années 2000 pour désigner les facteurs de stress occasionnés par l'introduction des nouvelles technologies. Comme l'afflux de courriels, la connexion en continu ou la télésurveillance. Signes cliniques : des troubles du sommeil, de l'alimentation et du comportement.
Une pathologie qui, si elle n'est pas prise à temps, peut conduire au burn-out, un état d'épuisement physique et psychique extrême. Voire au karoshi, une mort par excès de travail qui foudroie des milliers de cols blancs japonais chaque année. Pour décrire ce mal des temps modernes, nous avons identifié trois profils à risques. Des portraits composés à partir de divers témoignages.
Cécile, responsable communication
« Tous les lundis matins, j'ai un noeud dans le ventre en débarquant au travail. La somme de courriels à traiter, une centaine en général, me panique. Comme je ne supporte aucun retard dans mon courrier, je me connecte le week-end depuis mon domicile. Mon entreprise m'a équipée en ADSL. Elle m'a aussi " offert " un BlackBerry. Un véritable cadeau empoisonné, mais qui m'aide à écrémer les derniers messages dans les transports en commun. Arrivée au bureau, je synchronise mon PDA et organise mes rendez-vous de la semaine.
Je travaille pour un éditeur américain, et de plus en plus de réunions s'effectuent sous forme de conférences en ligne. Je ne connais certains interlocuteurs que par écrans interposés. Ce que l'on gagne en temps de déplacement, on le perd en contacts humains. Il ne s'agit pas toujours d'un problème de distance. Il m'arrive d'envoyer des messages à mes collègues alors que nous évoluons en bureau paysager. Pour me couvrir, conserver une trace, ou tout simplement par facilité. Le style télégraphique des courriels et des SMS déteint sur mon expression. Je parle " compressé ", avec des phrases courtes, sans verbe. Et à force de pianoter, écrire devient physiquement pénible.
Ce besoin de tout formaliser par e-mail, je le dois aussi à l'organisation de mon entreprise. Le reporting s'y montre omniprésent. Au jour le jour, il faut remplir des tableaux de bord répertoriant les retombées presse, mais aussi tout contact pris avec un journaliste. Une fois le fichier Excel rempli, je visualise sous forme graphique le travail de la journée et ce qui me reste à accomplir pour être en phase avec les objectifs. C'est toujours un moment d'angoisse. »
Denis, commercial itinérant
« Le bureau virtuel, j'ai trouvé ça formidable. Travailler à l'aéroport, entre deux trains, quel gain de temps ! J'ai vite déchanté. Les temps morts se révèlent utiles pour souffler, prendre du recul. Maintenant, après chaque visite client, je dois saisir le compte rendu dans la foulée. Pas d'échappatoire possible, les bornes Wi-Fi se multiplient. Le tourisme, c'est fini. Des villes que je traverse, je ne connais plus que les restaurants d'affaires et les chambres d'hôtels. Je dois aussi veiller à toujours avoir sur moi le catalogue produits sur CD-Rom. Si je le perds, le confie ou le duplique, c'est une faute professionnelle qui peut conduire à un licenciement.
De retour au bureau, je branche mon portable sur la station d'accueil. Pas de moniteur ni de souris, l'ergonomie reste limitée. Mais le plus pénible, au siège, demeure la cybersurveillance. L'envoi de courriers privés est interdit, et seul l'accès à l'intranet est possible. Ce qui me pose problème pour consulter les sites d'Infogreffe ou d'Easyjet, essentiels dans mon métier. Il y a bien trois bornes en accès libre, mais elles sont situées à l'accueil ou à l'étage de la direction. Autant dire qu'elles ne servent qu'aux visiteurs. Sans tomber dans la paranoïa, je suis persuadé que certains courriels sont lus. En réunions, des sujets censés rester confidentiels sont évoqués. La direction alimente le côté " Big Brother is watching you " Son nouveau dada : la géolocalisation des voitures de société. Sous prétexte d'optimiser nos déplacements professionnels, je crains un flicage renforcé. »
Cédric, support technique
« Le stress est inhérent à mon métier, et je l'ai toujours accepté. Mais les conditions de travail se sont dégradées. Les outils qui devaient nous libérer créent une charge supplémentaire. Autrefois assurée par une assistante, l'activité de reporting nous est aujourd'hui dévolue. Je passe un quart de mon temps à remplir les fiches de clôture d'intervention dans un logiciel. Un boulot ingrat. Deux autres applications sont ouvertes en permanence : la file d'attente des demandes d'intervention et l'agenda partagé. Alors qu'avant un logiciel classique d'ordonnancement suffisait. Je suis sans cesse interrompu dans ma tâche par des fenêtres pop up.
La nature même du métier a changé. J'intervenais régulièrement auprès des utilisateurs. L'occasion de discuter un peu, et faire baisser la pression. Maintenant, tout ou presque se règle par téléphone, avec les outils de prise de main à distance et de télédistribution. Les utilisateurs, eux, se crispent, et la discussion prend souvent un tour agressif. D'autant que le temps de résolution de problème est limité à douze minutes chrono. Et si la conversation se prolonge, il faut l'écourter. Le superviseur est là pour vous le rappeler.
Il m'arrive de prendre deux ou trois calmants dans la journée. La moitié de l'équipe est sous tranquillisants. A force de rester collé devant mon écran, j'en suis venu à être dégoûté de la techno. Moi qui avais choisi cette profession par passion... »
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