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Le point sur… le web 2.0

Web métier : l'émergence des plates-formes
Les API publiques transforment le web en une gigantesque plate-forme de développement où chaque site joue le rôle d'un composant logiciel. Certains éditeurs concentrent tous les services essentiels sur une seule plate-forme.

La rédaction , Décision Informatique (n° 676), le 08/05/2006 à 00h00

Depuis plusieurs mois, les principaux acteurs du web ouvrent leurs sites aux développeurs via des interfaces de programmation ( API* ) : disque dur en ligne d'Amazon, recherche avec Yahoo! Search, suivi de colis chez Fedex, gestion de client dans salesforce.com, etc. Cette pratique s'est tellement généralisée que 200 API publiques sont déjà recensées.

D'un simple système de publication de pages web, la Toile se transforme en une plate-forme de développement où chaque site joue le rôle de composant logiciel. Plutôt que d'être exposé sous la forme d'une API propriétaire (Win32 avec Windows, par exemple), chaque service est exposé par une API XML Rest* . Une URL simple suffit à interroger le service pour obtenir en retour un ensemble d'objets XML exploitables directement dans un logiciel.

La généralisation de cette architecture orientée services (SOA) accélère et facilite la création de nouvelles applications reposant sur plusieurs services distants. Le site programmableweb.com en recense déjà plus de 600. « Il s'agit surtout de services grand public pour l'instant, mais nous avons déjà des clients comme Mondial Assistance qui exposent leur logique métier de cette façon » , constate Frédéric Bon, patron du cabinet de conseil Clever Age. L'intérêt est évident : faciliter l'échange de données métier entre les systèmes d'information.

L'agrégation de ces services peut s'effectuer soit au sein d'une application composite (lire pages suivantes), soit sur un serveur. « Ces deux architectures vont cohabiter, car elles répondent à des problématiques et des contraintes techniques différentes » , estime Didier Girard, directeur technique de la SSII Improve. La première approche permet d'intégrer finement un service ou un flux de données au sein d'applications existantes ou de développements spécifiques. Yahoo! et Amazon ont choisi cette option. Mais la majorité des éditeurs préfèrent pour l'instant l'approche serveur qui permet de créer un véritable écosystème en ligne.

Assembler les services côté serveur

Deux démarches sont à l'oeuvre. Celle adoptée par Google, Net-Vibes et Goowy, entre autres, lesquels reproduisent l'équivalent d'un bureau Windows en ligne. Leur plate-forme web se limite à intégrer des services distants au sein d'une interface graphique utilisateur homogène. Pour ce faire, un « container » - module chez Google et NetVibes, gadget* chez Microsoft, etc. -, facilite la gestion de l'ajout et du paramétrage d'un composant sur leur bureau en ligne. Il s'agit donc du concept de portail, mais en mode hébergé. Une autre démarche est développée par des éditeurs comme Microsoft et salesforce.com. Pour faciliter la vie de ses partenaires, salesforce.com propose deux socles de développement en ligne. Le premier, AppExchange Web, est constitué des API pour accéder aux données et aux services d'infrastructure de salesforce.com. Le second, AppExchange OS, facilite le développement de l'interface utilisateur et l'assemblage de services locaux (ceux de sales-force.com) avec des services distants (ceux de l'éditeur) . « AppExchange OS permet de déployer de nouvelles applications au sein d'une interface graphique utilisateur unique, en s'appuyant sur un modèle de données et un système de sécurité unifiés » , synthétise khalid Lachgar, directeur technique de salesforce.com en France.

D'un simple logiciel de GRC en ligne, salesforce.com se transforme donc peu à peu en une véritable plate-forme de développement en ligne. Chaque mois, plus de 100 millions de transactions sont déjà effectuées grâce à ses API. « Notre objectif est de constituer un catalogue d'applications Plug and Play à l'aide de partenaires ISV [Independent Software Vendor ou éditeur de logiciels indépendant, Ndlr] afin de couvrir tous les besoins de nos clients : GRC, comptabilité, GRH, etc. » , explique khalid Lachgar. L'hébergement des logiciels sur une seule plate-forme web profite à l'éditeur tiers, lequel bénéficie d'un socle technique éprouvé, d'une interface utilisateur existante et d'une importante base de clients qui peuvent activer son application en quelques clics. Sentant la menace poindre, Microsoft vient de lancer Windows Live Platform, « qui vise autant le grand public que les entreprises », insiste Alain Le Hégarat, responsable marketing et ventes, division développeur et plate-forme d'entreprise chez Microsoft. « Un éditeur de progiciels devrait donc s'y intéresser de près » , estime-t-il.

Du logiciel au service

Ce glissement des plates-formes de développement traditionnelles vers des plates-formes en ligne est bénéfique pour les entreprises. Il devrait se traduire par une diminution du nombre d'interlocuteurs, quelques grandes plates-formes produisant l'essentiel de l'offre logicielle. Cette concentration va homogénéiser les interfaces utilisateurs et les API. Aujourd'hui, l'offre des fournisseurs d'applications hébergées (FAH) est en effet très hétérogène. Il n'est pas rare qu'une entreprise accède à un logiciel hébergé via un client Citrix et à un autre via une interface web, par exemple.

Salesforce.com et Microsoft vont-ils supplanter les FAH traditionnels en proposant un SI complet en ligne ? Ou les FAH actuels vont-ils réagir en proposant des « NetVibes pour l'entreprise » , c'est-à-dire en offrant une infrastructure de portail hébergée ? La question mérite d'être posée. D'un côté, les ténors de l'informatique disposent d'infrastructures techniques planétaires et d'un vaste réseau de partenaires qui ont tout intérêt à étendre leur plate-forme web. « Windows Live Platfor m représente une vaste base de clients potentiels » , rappelle Alain Le Hégarat. Mais de l'autre, « le tout-hébergé présente certains dangers : pérennité de l'éditeur, fiabilité du service, respect de la confidentialité des informations, etc. La capacité de l'éditeur à prendre en compte l'évolution du contexte normatif : fiscalité, évolutions juridiques, etc., est aussi primordiale » , estime Didier Girard, qui conseille plutôt « d'agréger les services directement sur le poste client » (lire pages suivantes).


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