
Une première étape dans l'évolution du web a été franchie et une seconde commence. C'est ce que tente de résumer le concept de « web 2.0 » en regroupant, sous un seul terme, les évolutions techniques et sociales qui redessinent aujourd'hui le rôle du web.
La principale rupture créée par le web 2.0 est architecturale. Tandis que le web 1.0 se caractérise par des silos d'informations emprisonnées dans une couche graphique HTML, le web 2.0 sépare très nettement les données, les services, et les interfaces permettant d'y accéder. « Cette architecture propose plusieurs façons d'accéder au contenu et aux services d'un site, chacune étant adaptée à un usage précis » , explique Alexis Moussine-Pouchkine, architecte Java Web Services chez Sun France. En d'autres termes, HTML n'est plus la seule interface permettant d'accéder au contenu d'un site. Loin s'en faut. En 2005, les développeurs ont remis au goût du jour d'anciennes interfaces telles que RSS (1999) et XMLHttp-Request* (2000). Ils ont également étendu leur usage de XML. « En 2006, c'est Atom, le successeur de RSS standardisé par l'IETF, et les microformats qui devraient tenir le haut de l'affiche » , prédit Patrick Chanezon, « évangéliste » API chez Google. Cette séparation des couches techniques constituant un site web a notamment permis l'émergence d'une nouvelle interface graphique : Asynchronous JavaScript And XML ( Ajax* ), qui reproduit dans un navigateur une architecture client-serveur traditionnelle en utilisant des bibliothèques de fonctions JavaScript. Celles-ci s'exécutent côté client (dans le navigateur) pour échanger avec le serveur des données au format XML et ne rafraîchir que les fragments de page concernés.
Le rôle du serveur web évolue donc nettement car il ne génère plus l'interface graphique, il se limite à fournir des données et des services au travers d'interfaces de programmation ( API* ) XML - services web Soap et Rest notamment - et de flux RSS (lire p. 32). Les sites web passent donc de simples outils de publication de contenu - un rôle de plus en plus souvent dévolu aux blogs et aux wikis (lire p. 26) - à de véritables plates-formes métier que les clients et partenaires d'une entreprise peuvent utiliser pour relier à celle-ci leur système d'information.
Le modèle du logiciel évolue vers celui de service en ligne
Grâce à cette architecture orientée services (SOA), le web se transforme progressivement en une gigantesque plate-forme de développement où les API XML remplacent les DLL. « La disponibilité publique de ces API encourage les développeurs à les combiner pour créer de nouveaux services et des interfaces utilisateurs plus riches » , constate Jeff Whatcott, directeur entreprise et développeurs chez Adobe. Si cette ouverture pose des problèmes de sécurité (lire p. 33), elle permet aussi de concevoir différemment les nouvelles applications. Une entreprise peut assembler des flux de données et des services publics distants avec des développements internes au sein d'une application cliente, sans passer par un serveur. Les développeurs du web 2.0 s'appuient, par exemple, sur les API distantes de Fedex, salesforce.com, Google, Skype, etc., pour créer des applications d'entreprise plus riches et plus interactives. Le modèle traditionnel du logiciel évolue donc lentement, mais inexorablement, vers celui du service en ligne, ou « Software As A Service » (SAAS). L'apparition des outils de GRC et des premières suites bureautiques en ligne (lire DI n° 673) illustre parfaitement ce phénomène. Les enjeux financiers de cette mutation sont colossaux pour les ténors de l'informatique, qui se sont tous engagés dans une lutte sans merci pour constituer des plates-formes web. Ces dernières regroupent tous les services dont rêvent les éditeurs pour développer rapidement un logiciel en ligne (lire p. 28). Cette évolution du modèle d'hébergement en ligne propose donc une alternative à la fois concurrente et complémentaire aux applications composites clientes.
En parallèle, le web 2.0 se transforme aussi en une gigantesque base de données (lire page p. 32). Une simple URL associée à un flux RSS permet en effet d'échanger des données métier structurées d'un progiciel à l'autre en empruntant le réseau public. D'une part, Rest* (Representational State Transfer) s'impose peu à peu comme l'architecture de référence pour échanger des données XML d'un site à l'autre. D'autre part, les sites web modernes, tels que del.icio.us et Flickr, utilisent des adresses (URL) prédictibles et stables, dont la structure et les propriétés en font un véritable langage de requête.
Une évolution sociale aussi
Cette évolution technique et architecturale est accompagnée par un mouvement social de fond. Alors que les entreprises ont longtemps constitué le moteur de l'informatique, ce sont désormais les internautes qui dictent l'évolution du web. L'innovation n'a plus lieu sur le marché des professionnels, mais bien sur celui du grand public. Pour preuve, les blogs, wikis, messageries instantanées, téléphonie IP, etc., qui font timidement leur apparition en entreprise, ne sont pas nés chez IBM ou Microsoft. Ce sont Google, Yahoo!, Amazon, entre autres, qui les imposent aujourd'hui à la planète pour répondre aux besoins de leurs clients. Les entreprises peuvent-elles tirer parti de ces outils issus du grand public ? Tout porte à le croire. Skype est désormais intégré aux outils de salesforce.com, et des éditeurs tels que Socialtext, JotSpot, XWiki, et SixAppart adaptent déjà les technologies grand public au contexte de l'entreprise (lire page p. 30).
* Lire à savoir p. 31
1 Numericable 30 Mbps
2 Darty câble 30 Mbps
3 Orange
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