
Les établissements de santé entament leur mue informatique sous la pression de la réforme hospitalière. Depuis trois ans, celle-ci institue un nouveau mode de financement des hôpitaux et des cliniques qui ne s'appuie plus seulement sur une allocation forfaitaire, mais sur leur niveau réel d'activité. Ce dispositif, baptisé tarification à l'activité (T2A), va se déployer jusqu'en 2012. Le temps nécessaire aux établissements pour informatiser leurs processus de soins autour d'un dossier unique du patient, contenant ses données administratives et médicales. Cette évolution va également faciliter la réorganisation interne des hôpitaux, appelés à regrouper leurs services médico-techniques en pôles d'activité autonomes.
Un manque évident d'investissement
Aussi bien dans les cliniques que dans les hôpitaux, l'évolution des systèmes de santé tend donc vers une mise en réseau des différents systèmes d'information administratifs et médico-techniques (lire notre enquête page 46). Or, le secteur hospitalier est notoirement sous-équipé en informatique, comme le constate le sénateur Jean-Jacques Jegou dans son rapport sur l'informatisation de la santé, publié en 2005. Parmi les établissements les plus avancés en matière d'informatisation de leurs processus de soins, les centres régionaux de lutte contre le cancer arrivent en tête. Habituées à travailler en équipe pluridisciplinaire, à l'instar de l'Institut Gustave-Roussy, ces structures consacrent en moyenne 2 % de leur budget d'exploitation à l'informatique - contre moins de 1,5 % pour les centres hospitaliers universitaires (CHU). Un constat qui laisse pantois. Seuls 15 % d'entre eux - dont l'hôpital européen Georges-Pompidou -, atteignent la moyenne européenne de 3 %. Alors que celle des Etats-Unis oscille de 2,5 à 5 %.
En France, l'essentiel des investissements a jusqu'à présent profité aux solutions de gestion administratives et financières fonctionnant majoritairement sous Unix avec une base de données Oracle. Il s'agit particulièrement d'applications propriétaires vieillissantes, même si elles ont parfois bénéficié de quelques refontes. Une étude réalisée en 2003 par le cabinet Deloitte indique que seulement 15 % des établissements disposent d'un système informatique de production de soins, et moins de 15 % d'un dossier patient électronique partagé.
Enfin, moins de 10 % sont équipés d'une prescription informatisée des médicaments. Or, la T2A nécessite de répertorier les médicaments les plus onéreux. C'est dire le fossé à combler.
La réduction des coûts en ligne de mire
La situation devrait néanmoins s'améliorer avec la mise en place des systèmes d'informations hospitaliers (SIH), structurés autour du dossier patient. Des solutions modulaires et collaboratives sont ainsi déjà adoptées ou en cours d'adoption par une centaine d'hôpitaux comme à Clermont-Ferrand (avec les logiciels de McKesson), Arras (avec ceux de Siemens Health Services) ou Amiens (avec ceux de Medasys). « Ces outils sont stratégiques pour analyser les coûts de fonctionnement et contrôler l'activité de l'hôpital » , confirme Olivier Ponties, DSI et directeur du CHU Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand.
Ces SIH apportent, entre autres, la gestion informatisée des rendez-vous. Cette fonction, déployée notamment à l'Institut Gustave-Roussy et à la clinique de Goussonville (Yvelines), facilite l'organisation d'un parcours personnalisé de soins et une meilleure gestion des équipements techniques et hôteliers. En outre, dans certains cas, le SIH réduit la durée des séjours.
« Comme l'information circule plus vite, la productivité s'en trouve augmentée » , souligne Patrice Degoulet, le DSI de l'hôpital européen Georges-Pompidou. Une amélioration cruciale quand on sait que les hôpitaux comme les cliniques sont désormais obligés de rentabiliser leurs équipements.
Des dossiers accessibles aux médecins de ville
Accessible en réseau, ou partageable via des interfaces de type HL7 (Health Level 7) ou des messages XML, le dossier électronique du patient facilite le quotidien des services hospitaliers. Les données médico-techniques (ordonnances, comptes rendus opératoires, résultats biologiques, images radiologiques, etc.) sont transmises automatiquement ou manuellement dans le dossier, grâce à des tablettes PC, par exemple. A l'Institut Gustave-Roussy, les documents sont centralisés dans une base de données unique à laquelle les professionnels de l'établissement accèdent en tapant simplement le numéro d'identification du patient.
Les médecins en sont convaincus : en offrant une vision globale du patient, les SIH assurent une meilleure continuité des soins et participent à la diminution du nombre d'ordonnances et d'examens inutiles. Mais aussi à la réduction d'erreurs médicales et de prescriptions. Lesquelles représenteraient 15 % des coûts de santé.
Forts de ce constat, et dans la perspective de la mise en place du dossier médical personnel (DMP), de plus en plus d'hôpitaux mettent ces données médicales à la disposition des médecins de ville ou de leurs patients. A commencer par l'hôpital Georges-Pompidou, qui transmet aux patients leurs comptes rendus d'hospitalisation via un courrier électronique. D'autres établissements placent ces données sur un serveur à l'intention des médecins de ville de leur région. C'est le cas des CHU de Lyon et de Grenoble - ils mettent à disposition, sur leur plate-forme d'échange des professionnels de santé, les données médicales de leurs patients, extraites de leur SIH commun Cristal Net. Ce dernier comporte, entre autres, des outils d'aide au diagnostic et à la pratique médicale ainsi qu'une assistance à la prescription médicamenteuse.
Circuit informatisé et sécurisé du médicament
Comme les CHU de Lyon et d'Arras, certains établissements informatisent en interne leur circuit du médicament, depuis la prescription du médecin jusqu'à la remise du produit au patient, sur son lit d'hôpital. Dans les systèmes les plus évolués, lors de la rédaction de l'ordonnance, un système expert détecte les éventuelles interactions médicamenteuses ou les risques d'allergies pour le patient. Une fois les ordonnances transmises par le workflow et validées par le pharmacien, l'infirmerie reçoit la quantité de médicaments nécessaire à chaque patient, identifié nominativement.
Au chevet des malades, il suffit à chaque infirmière de scanner l'étiquette à code-barres apposée sur la boîte de médicaments pour vérifier, sur l'écran de sa tablette PC, qu'elle dispense le bon traitement, à l'heure qui convient, et selon la bonne posologie. Cette informatisation du circuit du médicament libère du temps pour l'infirmière et répond à la T2A, en assurant la traçabilité des médicaments fournis. A l'évidence, cette fonction encore peu répandue participe à la bonne gouvernance des hôpitaux qui requiert de veiller à la qualité des soins tout en maîtrisant ses dépenses.
Les hôpitaux se dotent d'outils décisionnels
Une ordonnance du 2 mai 2005 institue le principe de bonne gouvernance dans les hôpitaux. Celui-ci se traduit notamment par la création de pôles d'activités, qui s'engagent auprès de la direction générale à mettre en oeuvre les objectifs stratégiques de l'hôpital. En termes de qualité des soins, mais également de productivité et de maîtrise budgétaire. Ces contraintes conduisent les hôpitaux à élargir leur équipement informatique avec des outils décisionnels, comme ceux de Business Objects à Lyon et à l'Institut Gustave-Roussy. Mais aussi avec la création d'infocentres où sont centralisées les données administratives et médicales délivrées par le personnel soignant et les équipes médicales.
Dans ce contexte, les médecins, souvent rétifs à l'informatique, n'auront pas d'autre alternative que de se mettre au clavier. C'est d'ailleurs pour leur simplifier l'accès aux applications que le CHU d'Arras teste des outils d'identification biométriques.
L'éditeur est l'un des premiers à avoir parié sur l'informatisation des processus de soins, en équipant notamment les laboratoires hospitaliers, les services de radiologie et la pharmacie.
2. Siemens Health ServicesL'entité existe depuis 2001 sur le marché français où elle a racheté deux acteurs majeurs (Pyrénées Informatique et SMS). L'entreprise équipe 500 sites dont 300 cliniques, créneau sur lequel elle revendique la place de leader.
3. McKesson FranceFiliale du géant américain, elle a absorbé à la suite les Français Crossway, propriétaire d'une offre dossier patient, et XR Partner, spécialiste de la gestion des urgences. Elle détiendrait un tiers du marché.
4. Agfa-GevaertIl a racheté, en 2004, Symphonie On Line et Europe Medica. Cet éditeur, né en 1985, est l'un des leaders du secteur hospitalier. Il dispose de quelque 1 200 établissements clients, dont 240 possèdent une capacité de plus de 400 lits.
5. CernerLa société est nouvelle en France. Cette filiale de l'éditeur américain bénéficie d'une large base installée grâce au rachat, en mai dernier, d'Axya Systèmes, une entreprise en activité depuis 1989.
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