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Fini la course aux mètres carrés dans les centres de données ! En éclatant, la bulle Internet a entraîné avec elle les dot-com (sociétés Internet) et anéanti l'espoir des hébergeurs de voir leurs gigantesques salles blanches se remplir de serveurs. Les trois dernières années ont ramené les fournisseurs à la raison.
Dans le même temps, les entreprises traditionnelles ont commencé à se tourner vers l'hébergement. « Notamment dans le cadre de la mise en place de plans de continuité d'activité, selon lesquels elles doivent construire et héberger une copie quasi conforme de leurs systèmes d'information », constate Stéphane Chapurlat, directeur de l'activité réseaux d'entreprise chez Devoteam Consulting. Les entreprises se disent désormais prêtes à confier des applications critiques à un hébergeur.
Un espace privatif et sécurisé
Prenons l'exemple d'Influe, société spécialisée dans l'échange de données informatisées (EDI) : elle n'a pas hésité à mettre entre les mains de son hébergeur Redbus (qui vient de racheter son concurrent Telecity) la responsabilité de 25 % de son chiffre d'affaires. En effet, Influe a déménagé entre 70 et 80 serveurs, dont il se sert notamment pour ses services d'EDI en ASP ou webEDI.
« Nous avons été séduits par la qualité de l'offre proposée par Redbus, qui nous a livré rapidement un espace privatif sécurisé pour nos douze baies », explique Jean-Marc Aubin, responsable technique du groupe Influe. Selon lui, certains hébergeurs ne proposent qu'en option le mode de garde 24 h/24, 7 j/7 et 365 j/an. De plus, Redbus offre gracieusement vingt minutes de service par jour à son client. Lequel a ainsi l'opportunité de demander qu'une machine soit redémarrée sans avoir besoin de se déplacer.
Afin de sélectionner son prestataire, Influe a préféré recourir à un hébergeur neutre, le mieux à même de fédérer les services réseaux de plusieurs opérateurs. Pour assurer la permanence de ses services web, dans les murs de Redbus, Influe sollicite Agarik. Lequel lui fournit une solution qui affecte de façon dynamique le trafic vers l'opérateur assurant la meilleure connectivité ( « multihoming »).
Serait-ce si difficile d'héberger soi-même ses propres équipements ? « Si nous voulions atteindre le niveau de prestations offert par les hébergeurs, cela nous coûterait très cher », avance Jean-Marc Aubin. Le groupe Influe disposait en propre de trois salles blanches, qu'il aurait fallu équiper de systèmes électriques, anti-incendie ou de climatisation performants.
Tandis que, aujourd'hui, le spécialiste dépense un peu plus de 110 000 euros par an pour ces protections. « Ce que nous payons à Redbus, c'est le prix de la tranquillité », reconnaît sans ambages le directeur technique. Sans doute est-ce pour cette même raison que les douanes françaises auraient confié, selon nos informations, l'hébergement de leurs équipements de sécurité à l'intégrateur Amec-Spie.
Des réticences pour les applications sensibles
Néanmoins, toutes les entreprises ne semblent pas prêtes à externaliser d'emblée les applications les plus critiques. Dans un premier temps, elles se contentent de quelques applications pour s'assurer du bon fonctionnement de la prestation. C'est le cas de Bouygues Télécom, qui loge pas moins de 66 sites chez Easynet. « Nous n'avons pas confié à Easynet de sites gérant des espaces clients », affirme Daniel Lo Duca, en charge des plates-formes de services chez l'opérateur mobile.
Selon ce dernier, ces espaces clients qui communiquent avec les bases de données clients s'avèrent trop sensibles pour être externalisés. Mais Daniel Lo Duca admet avoir confié à Easynet des sites institutionnels et promotionnels à caractère sensible - par exemple, le site de lancement de l'i-Mode haut débit.
Tout en lui demandant d'assurer un taux de disponibilité très élevé pour absorber le pic de trafic lors du lancement. La fréquentation du site a été multipliée par dix ! Une prouesse, quand on sait que, durant la même période, Easynet a déménagé son centre d'hébergement du centre de Paris à Nanterre. « Pour nous, ce déménagement est apparu totalement transparent et n'a engendré aucun impact sur le service », se félicite Daniel Lo Duca.
Quel que soit le type d'application hébergée, la question de la nature du fournisseur se pose. Les grands intégrateurs - EDS, IBM ou Atos - se placent en première ligne. « Mais leurs offres ne concernent qu'une petite partie de la demande, car ils s'intéressent surtout aux très gros projets, avec une importante couche d'intégration », explique Stéphane Chapurlat, de Devoteam Consulting. A contrario, les purs hébergeurs et les opérateurs télécoms n'interviennent pas ou très peu sur les applications qu'ils abritent. Ces deux profils de fournisseurs se disputent à présent le marché de l'hébergement. Avec, de chaque côté, des arguments affûtés.
S'assurer de la pérennité du fournisseur
Les hébergeurs dits neutres, c'est-à-dire proposant au moins quatre liaisons télécoms différentes, estiment que l'hébergement est un métier à part entière. Selon eux, les opérateurs tendraient à attirer des clients dans leurs centres de données uniquement pour leur vendre des services réseaux. Et certains de rappeler les faillites de KPNQwest et de Teleglobe, qui avaient plongé leurs clients dans le noir, après avoir éteint tout leur réseau quasiment du jour au lendemain. Aujourd'hui, les opérateurs se défendent et rappellent qu'ils ont la maîtrise du réseau.
« Nous sommes davantage en concurrence avec les infogérants qu'avec les hébergeurs, plus spécialisés dans la location de mètres carrés. En revanche, nous ne reprenons jamais le personnel dans le cadre d'outsourcing », explique Jean-Philippe Sohier, directeur marketing des Data Centre Solutions de Colt Telecom. De même, l'opérateur affirme être en mesure de connecter ses clients au réseau d'autres opérateurs s'ils en font la demande.
Au final, les prestataires de services d'hébergement offrent tous des services assez équivalents : accès aux bâtiments sécurisé par un code secret, un gardien, ou encore un système de biométrie ; locaux protégés contre l'incendie par les équipements les plus modernes. Tous mettent aussi en avant leur puissance électrique redondante - certains constituent, pour EDF, des clients plus importants que des villes dépassant 10 000 habitants. Et les sous-sols renferment tous des générateurs prêts à se mettre en branle dès la moindre coupure de courant. De même, des salles entières remplies d'onduleurs attendent le black-out pour assurer le relais avec EDF.
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