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Ces derniers temps, le nom d'Oracle revenait avec persistance. Avec sa boulimie d'acquisitions et son récent credo open source, le géant de Redwood Shores était crédible. C'est finalement avec Red Hat que JBoss a préféré s'entendre. Le pionnier du monde open source et principal éditeur de distribution Linux va donc payer un total de 420 millions de dollars (60 % en actions, 40 % en numéraire), dont 350 M$ fermes. Les 70 M$ restants seront indexés sur les résultats de JBoss ces deux prochaines années. Un prix qui rappelle, toutes proportions gardées, ceux atteints lors de la bulle Internet : bien que très populaire, JBoss n'aurait réalisé qu'un chiffre d'affaires d'environ 40 M$ en 2005.
Selon le directeur financier de Red Hat, Charlie Peters, JBoss devrait toutefois générer une trésorerie positive d'ici un ou deux trimestres, et être bénéficiaire dans le courant de l'année. « JBoss contribuera à hauteur de 60 M$ de commandes et de 40 M$ de chiffre d'affaires en 2006, et de respectivement 100 et 80 M$ en 2007 », prévoit-il.
Recentrage sur l'open source
« C'est la naissance d'une entreprise du XXIe siècle, se réjouissait Matthew Szulik, le président de Red Hat, lors de l'annonce. L'innovation se fait désormais sur le modèle de l'open source, sur la base de communautés globales. » Pour Red Hat, c'est une crédibilité nouvelle dans le middleware d'entreprise, où son offre, bien qu'importante, ne joue pas les premiers rôles. Plus que le seul serveur d'applications J2EE qui a fait sa notoriété, JBoss propose désormais une suite complète, JEMS (JBoss Enterprise Middleware Suite). Celle-ci regroupe des solutions d'intégration, de workflow, de messagerie interapplicative, et de gestion des processus métier, qui s'est enrichie de la gestion des transactions via l'acquisition de la technologie d'Arjuna.
Selon Matthew Szulik, « les entreprises souhaitent des solutions intégrées au système d'exploitation. Les technologies de micro-conteneur de JBoss permettront d'obtenir des solutions plus modulaires et plus légères ».
Parallèlement, JBoss recentre encore plus Red Hat sur l'open source. Essentiellement connu pour sa distribution Linux, Red Hat s'adresse surtout aux administrateurs, assez peu impliqués dans le fonctionnement des communautés open source. JBoss, très populaire chez les développeurs, offre à son repreneur une présence importante au sein de ces communautés de développeurs, et une voix plus qu'audible en particulier dans le monde Java, compte tenu de son implication au sein du processus JCP (Java Community Process).
Modèles compatibles
Quant à JBoss, dont le président Marc Fleury avait maintes fois souligné le besoin d'expansion, il trouve les moyens de réaliser ses ambitions, grâce à l'implantation mondiale et en forte croissance de Red Hat. En particulier sur le marché asiatique, perçu comme extrêmement prometteur à terme. La correspondance des modèles économiques des deux acteurs, où la notion de souscription devient de plus en plus prépondérante, est en effet frappante. « Nous avons toujours considéré Red Hat comme une sorte de grand frère qui nous montrait la voie, en termes de modèle économique, sourit Marc Fleury. Nous l'avons copié depuis le début. »
Dans l'esprit des deux dirigeants, la nouvelle société dispose des moyens d'affronter les mastodontes de l'infrastructure, les IBM, Oracle ou Microsoft, et de proposer une source d'approvisionnement unifiée aux entreprises qui le souhaiteraient. D'autant que les deux acteurs revendiquent une spécialisation sur l'infrastructure avec un modèle de développement complètement open source, exempt de conflits d'intérêt avec les OEM ou les éditeurs d'applications.
« Nous sommes là pour promouvoir un nouveau modèle de développement de logiciel et une nouvelle façon de le distribuer », assène Marc Fleury. La plupart des analystes reconnaissent la pertinence de cette démarche, à l'heure où la pénétration des logiciels libres se fait plus nette au sein des entreprises. « Le marché de l'informatique, y compris celui de l'open source, est en phase de consolidation, explique Christophe Therrey, directeur de Novell en France. La naissance d'un tel acteur est donc un très bon signe de crédibilisation du libre sur le marché. »
Plusieurs questions demeurent toutefois encore sans réponse. Celle de la marque JBoss, tout d'abord. JBoss va conserver son indépendance pour ses développements, et sans doute sa marque, très reconnue, également. Ensuite, vient la question des partenariats, avec Oracle, IBM ou Novell. Ce dernier, principal concurrent de Red Hat avec sa distribution SuSE Linux, avait conclu un accord avec JBoss pour inclure ses logiciels dans sa gamme de produits. Selon Sacha Labourey, directeur technique de JBoss et responsable européen, tous les accords conclus seront honorés.
Christophe Therrey le confirme : « A court terme, ça ne va rien changer. De toutes façons, nous n'avons pas d'accord d'exclusivité avec JBoss et nous continuerons bien sûr, tout comme JBoss le fera, je pense, à honorer nos engagements mutuels. A plus long terme, toutefois, des évolutions sont possibles. Quoi qu'il en soit, il sera intéressant de voir la réaction d'Oracle ou d'IBM, qui est notre premier OEM pour Linux. » Le problème se posera en effet différemment pour IBM. Celui-ci indique vouloir continuer de travailler avec Red Hat, même si JBoss entre en concurrence directe avec la gamme Websphere.
IBM propose le serveur Geronimo de la fondation Apache en entrée de gamme, sous le nom de Websphere Community Edition. Même si Geronimo est un produit moins abouti que le serveur JBoss, il y a peu de doute que l'appartenance de ce dernier à Red Hat modifiera les relations de l'éditeur avec Big Blue.
Par ailleurs, Red Hat est impliqué dans le consortium Objectweb, dont l'un des projets clés est le serveur J2EE Jonas, concurrent de JBoss et lui aussi certifié J2EE 1.4. A ce sujet, Matthew Szulik précise que « le rachat de JBoss ne remet pas en cause l'investissement de Red Hat au sein d'Objectweb ». De son côté, Marc Fleury n'a jamais été avare de piques à son encontre, même si l'ambiance avait semblé se détendre ces derniers mois. François Letellier, membre du bureau exécutif d'Objectweb, se félicite diplomatiquement de cette acquisition : « Red Hat est très actif au sein d'Objectweb et nous nous réjouissons de la perspective de travailler avec les membres de JBoss. »
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