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Collectivités, les défis de l'ouverture

[ ARCHITECTURES ]
Une communauté d'outils et de maintenance
Au-delà de leur appétit pour les logiciels libres, les collectivités locales s'intéressent plus généralement à des modèles de développement et de maintenance mutualisés.

Renaud Bonnet , Décision Informatique (n° 669), le 20/03/2006 à 00h00

« Au niveau des infrastructures, le logiciel libre prend une place importante dans les collectivités locales », constate Bernard Méliet, directeur du pôle collectivités territoriales du cabinet Mazars. Une récente enquête réalisée par ce cabinet montre, en effet, que les serveurs issus du monde libre et open source représentent 8 % des déploiements dans les villes de 30 000 à 60 000 habitants, et de 18 à 20 % dans les villes de plus de 60 000 habitants, les conseils généraux et régionaux. Un déploiement à relativiser au regard du fait que 32 000 des presque 37 000 communes françaises comptent moins de 3 000 habitants. Et ce, d'autant plus que « sur la bureautique, l'essor du logiciel libre est contré par Microsoft, qui a repris une longueur d'avance en adoptant clairement une stratégie tout XML dans Office12, et qui est loin d'avoir perdu la bataille », détaille Bernard Méliet.

Ce tableau nuancé semble réaliste. Les grands travaux en cours pour assurer l'ouverture des systèmes d'information des collectivités territoriales ne provoquent pas l'adoption systématique de codes ouverts ou libres, même s'ils constituent une piste sérieusement examinée. Ce que confirme Alain Risson, rapporteur TIC de l'Association des maires de France et maire de Gluiras en Ardèche (lire encadré). « Les travaux de l'Adullact ne manquent pas d'intérêt, mais sont plutôt adaptés à des structures qui ont des compétences informatiques en interne, c'est-à-dire quelques centaines de collectivités tout au plus sur les dizaines de milliers qui existent en France. »

Le modèle open source inspire les collectivités

Toutefois, même si elles ne se tournent pas massivement vers le logiciel libre, les collectivités locales s'en inspirent pour dégager un modèle de coopération et de mutualisation. Ce modèle ne s'applique pas seulement au développement de briques logicielles, mais aussi aux problématiques de maintenance des outils déployés. « Au niveau des applicatifs, se pose toujours le problème de la maintenance. En quoi l'open source est-il une garantie que les progiciels métier seront maintenus ? Le vrai débat autour du libre n'est pas d'ordre économique. Beaucoup de responsables informatiques ont bien compris qu'il pouvait coûter aussi cher que des solutions propriétaires. Dans l'open source, ce qui est important, ce n'est pas la gratuité, c'est l'ouverture, c'est le mode de travail collaboratif et mutualisé », explique Bernard Méliet. Ce que confirme Alain Risson, président de l'Adep, association pour le développement des e-procédures, au travers de son action : « Étant donné que 98 % des communes travaillent avec des outils Microsoft, il paraît logique d'utiliser la plate-forme Microsoft pour rendre service au plus grand nombre. Il faut, en revanche, le faire sans que cela leur impose d'investir dans de nouvelles licences. C'est ainsi que nous procédons au sein de l'Adep. Nous sommes propriétaires des logiciels développés par nos soins, mais nous les donnons aux collectivités adhérentes, sans aucune obligation en retour. » Si ce modèle de mutualisation ne fait pas appel au logiciel libre, Alain Risson ne manque cependant pas d'insister sur le fait « qu'il faut permettre à chacun de profiter de ce que les autres ont fait ».

D'une façon générale, la cohabitation entre logiciels libres et propriétaires entre dans les habitudes. « L'heure est à l'intégration des briques libres et des logiciels propriétaires, constate Yannick Boehmann, directeur des systèmes d'information de la ville de Sélestat (67). Le phénomène se manifeste de plusieurs façons. Des éditeurs importants auprès des collectivités locales, comme Civitas [un spécialiste des progiciels de gestion pour le secteur public, Ndlr] se tournent vers des briques d'infrastructures libres, comme le serveur d'applications Java Tomcat ou la base de données MySQL. Ils gardent une politique tarifaire classique, mais l'utilisation de briques libres permet de réduire les coûts associés lors du déploiement. » Cette cohabitation ne se réduit pas à une manifestation de bonne volonté des éditeurs, mais tend plutôt à se formaliser, à s'inscrire dans une démarche de garantie de qualité. « Avec notre plate-forme, nous avons aussi mis en place un label : LiberAcces, destiné aux nombreux éditeurs de logiciels métier propriétaires. Il signalera le respect des standards par leurs logiciels, ce qui est une des conditions pour les interfacer avec LiberAcces. Dès le début du projet, nous avons misé sur cette cohabitation entre logiciel libre et non libre, car beaucoup de fonctions ne sont pas couvertes aujourd'hui par le libre, dans le domaine des ressources humaines et des finances, par exemple », explique ainsi Xavier Rocq, directeur des systèmes et technologies de l'information de la communauté d'agglomération de La Rochelle (lire encadré).

L'open source va vers les couches métier

Mais ce manque d'applications métier ne devrait pas durer éternellement. L'arrivée de solutions métier issues du libre entraînera un nouveau mouvement de mutualisation, qui concerne aussi la maintenance. « Avec la création de la structure Adullact Projet, nous commençons à être en mesure de développer des logiciels métier transversaux. Sur ce domaine, nous avions déjà quelques réalisations : SLOVV pour le contrôle de la légalité, un outil pour le traitement des délibérations, un autre pour la comptabilité, et un parapheur électronique. On voit bien que la complexité migre vers le métier, ce qui renforcera le besoin de maintenance. L'idée, à présent, c'est d'en mutualiser les coûts », explique Pascal Kuczinski, directeur technique de l'Adullact (Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour l'Administration et les collectivités territoriales). Ce sur quoi renchérit Yannick Boehmann : « On assiste à une professionnalisation de l'open source, qui implique que les utilisateurs potentiels veulent plus de services, en particulier de la maintenance, et se retrouver dans un schéma classique où ils signent un contrat qui leur apporte une garantie sur ce point. » Ainsi, Adullact Projet se veut aussi bien un moyen de développer des logiciels à plusieurs que d'assurer une maintenance sur un modèle de coopérative.

Sur ce point, de nouvelles sociétés émergent et se positionnent en assurant un rôle à mi-chemin entre SSII et éditeur, à l'image d'entreprises comme Comlair, Ypok et Cantico. Lesquelles mettent en avant à la fois leurs connaissances métier et leur proximité avec des associations comme l'Adullact, et proposent des services sur des outils que l'on retrouve sur GForge Adullact, un site de mutualisation de développements libres. L'Adep, pour sa part, fournit des listes de prestataires de services ayant des compétences sur les outils proposés. « Et les collectivités territoriales adhérentes peuvent bénéficier du cofinancement des évolutions sur ces outils, c'est-à-dire une forme de mutualisation de la maintenance », explique Alain Risson.

Un réseau national d'assistance aux collectivités

Dans la même logique, les membres du projet LiberAcces travaillent à un modèle national d'assistance. « Nous avons déjà rencontré des SSII prêtes à se faire certifier pour assurer ensuite le déploiement et la maintenance des briques LiberAcces. Nous envisageons aussi de créer une structure d'envergure nationale, qui se substituerait à un éditeur, et entretiendrait des relais régionaux. Il ne s'agirait pas de prestataires de services au sens propre, mais plus d'équipes capables de faire l'interface entre les collectivités territoriales et les sociétés de services, de les aider à choisir un prestataire et à conduire les évolutions. »

Une coopérative pour l'Adullact

La société coopérative d'intérêt collectif Adullact Projet est la solution retenue par l'association pour faciliter le cofinancement de développements par ses adhérents, une opération rendue complexe par l'application des règles du code des marchés publics. Elle n'assurera pas elle-même les développements qui seront effectués pas des prestataires tiers (SSII), mais les coordonnera, et fournira une assistance à la maîtrise d'ouvrage aux collectivités. Son rôle portera aussi sur la surveillance des cycles de maintenance associés aux outils développés, sous la forme de contrats de maintenance proposés aux adhérents.



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