L'informatique des collectivités locales est condamnée à l'ouverture ! Longtemps cantonnée à des tâches de production internes, elle doit aujourd'hui s'ouvrir pour communiquer plus efficacement avec les citoyens, l'État et
les entreprises, et parfois jouer le rôle d'opérateur télécoms pour mieux desservir ses territoires. Ce bouleversement est d'autant plus important qu'il est nécessaire. Il s'agit de répondre à la fois aux attentes des élus et des citoyens,
d'améliorer la productivité des agents et de réaliser les économies que l'État impose. Mais, fait nouveau, ces nouvelles missions ne peuvent se concrétiser par le simple ajout de nouvelles couches logicielles ou organisationnelles : elles
exigent une refonte de l'existant afin de créer des flux numériques de bout en bout, faisant exploser les anciennes frontières entre les métiers.
Le premier enjeu d'actualité est
« un espace citoyen accessible à travers un portail disponible 24 heures sur 24 et 365 jours par an »
, insiste Jean-Paul Fabbiani, directeur de la
stratégie chez Teamnet. Une ouverture qui ne se limite pas aux sites.
Une ouverture multicanal
Les collectivités s'équipent de plates-formes multicanal destinées à recueillir les demandes de leurs administrés. Des projets qui doivent slalomer entre les impératifs de la Cnil et une infrastructure partiellement désuète.
« Aujourd'hui, nos outils ne sont pas prêts à s'ouvrir aux citoyens. Cela va exiger un énorme travail de refonte de l'informatique, auquel nous ne pouvons échapper plus longtemps »,
confirme Jean-Pierre
Vignier, directeur des technologies de l'information de la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole. Cette rationalisation de l'existant prend la forme d'un portage en intranet des applications métier. Une révolution compte tenu du nombre et
de la diversité des progiciels métier déployés, dont la plupart fonctionnent encore en client-serveur. En outre, peu d'éditeurs proposent à ce jour
« des applications n-tiers directement intégrables dans un
portail »,
constate Bernard Méliet, du cabinet Mazars.
« Après plusieurs années d'expériences informatiques menées de façon isolée et non coordonnée, les directions informatiques des structures
publiques locales atteignent aujourd'hui une nouvelle phase de maturité et adoptent des approches informatiques globales »,
résume Jean-Pierre Vignier.
En parallèle, les chantiers de la dématérialisation des flux avec les administrations centrales et les entreprises ont démarré. Des chantiers qui ont également un impact sur l'organisation du travail parce qu'ils impliquent de
formaliser les processus. Dans tous les cas,
« si l'on veut aborder ce chantier dans sa globalité, il faut une refonte de tous nos processus. Une réorganisation indispensable parce qu'il faut réaliser des gains de
productivité »,
explique Jean-Pierre Vignier.
L'open source confirme son implantation
Tous ces chantiers sont aussi l'occasion de remettre à plat les contrats passés avec les éditeurs et, parfois, de basculer vers l'open source. Et ce, d'autant plus facilement que
« les collectivités
locales souffrent aujourd'hui d'être considérées comme un marché de niche informatique. Beaucoup d'éditeurs de ce secteur n'ont plus les moyens de faire évoluer leurs outils et ne vivent que de contrats de maintenance »,
affirme Jean-Pierre Vignier. La motivation financière est présente, d'autant que les transferts de compétences liés à la décentralisation vont grever les budgets des collectivités. Autre motivation, les besoins similaires. Par exemple, la région
Bretagne va utiliser la plate-forme de mise en ligne des appels d'offres développée par la Bourgogne. Dernier gros chantier significatif en cours, plus de trente collectivités se sont lancées dans des projets haut débit dans le cadre de la
délégation de service public, comme la loi sur l'économie numérique le permet. Une manière de prendre en main le destin de leurs zones blanches. Conséquence logique de ces initiatives, le poste informatique progresse dans le budget global des
collectivités. Comme le montre une récente étude IDC, qui constate une augmentation significative des investissements. La croissance de ces derniers a atteint 6,5 % en 2005 par rapport à 2004 et devrait conserver ce rythme jusqu'en 2009.