L'offshore n'est plus un mythe. Fin janvier, Syntec Informatique a communiqué sa propre estimation du phénomène : d'ici à 2009, entre 4 et 6 % des services fournis par les SSII françaises seront réalisés en offshore. Selon les avocats de Bird & Bird, cette lame de fond devrait même représenter dans les prochaines années entre 10 et 15 % du total des services liés aux technologies de l'information.
Si les avis diffèrent encore sur le poids à venir de cette externalisation de services à l'étranger, une chose est sûre : personne ne fait de l'offshore pour faire de l'offshore. Ceux qui se lancent dans un tel projet d'externalisation hors des frontières le font uniquement pour réaliser des économies. Telle est la conséquence ultime de la course à la réduction des coûts dans laquelle les entreprises se sont jetées avec frénésie depuis la fin des années 1990. A ce titre, l'offshore forme un sous-ensemble d'une sous-traitance qui prend racine dans les grandes entreprises. Il s'agit principalement des majors cotées en Bourse et des groupes industriels ou financiers. Leur démarche se révèle simple et logique.
Depuis l'explosion de la bulle internet et le 11 septembre 2001, l'informatique est perçue par les directions financières comme une direction support au coeur de métier. Avec des coûts trop importants, qui doivent au mieux stagner, sinon baisser. Les directions informatiques sont invitées à restreindre leurs dépenses de fonctionnement. Et donc à réduire le recours systématique aux régies à demeure et à maîtriser la dérive des projets en termes de moyens, de durée et de dépenses.
L'activité en régie va diminuer
Les directions informatiques passent par des services achats et diminuent le nombre de prestataires. Outre l'obligation de moyens, elles réclament des garanties de service, de résultat, et donc de maîtrise des coûts. La solution consiste à sélectionner des prestataires afin de créer des centres proposant des conventions de services pluriannuels qui garantissent la qualité, les délais et la maîtrise des coûts. La plupart des régies se voient remplacées par l'infogérance, la tierce maintenance applicative (TMA) ou la tierce recette applicative (TRA), et les forfaits.
On l'a vu, par exemple, chez Renault, où HP, CSC et Atos Origin ont signé de très gros contrats en s'engageant sur des résultats et une baisse des coûts. Le but étant ici de réaliser 100 millions d'euros d'économies sur les 820 millions d'euros dépensés annuellement en informatique par le constructeur automobile - et ce, moitié par limitation des contrats, moitié par diminution du nombre d'applicatifs. Pour y parvenir, le prestataire informatique n'a alors qu'une seule solution : transférer tout ou partie des travaux vers des lieux où la main-d'oeuvre coûte moins cher. D'abord, il externalisera de façon rapprochée. Ensuite, pour diminuer substantiellement les coûts, il ira plus loin, sur un autre continent. Un,
« j'externalise »
; deux,
« j'offshorise »
. Et tant qu'il bénéficiera de coûts réduits et d'une grande qualité de service, le donneur d'ordres sera satisfait. Voilà pourquoi la plupart des grands groupes confient des prestations hors de l'Hexagone. A ce rythme, l'offshore va finir, tôt ou tard, par diminuer l'activité des SSII intervenant en régie.