
Comment gérez-vous la rapide expansion de Yahoo, et de quelle façon évolue votre système d'information ?
Ces deux dernières années, nous avons énormément grandi. De façon organique, mais aussi en achetant des entreprises. Au début essentiellement locale, cette croissance est désormais beaucoup plus internationale. Nous disposons maintenant d'une infrastructure globale et de services intégrés pour les employés. C'est difficile de comparer, mais je ne pense pas qu'il existe une entreprise globale de contenu et de technologie comparables à la nôtre.
En termes de coûts d'infrastructure et de coût par employé, nos méthodes n'ont rien de secret. Nous voyons les choses de façon très carrée. Nous privilégions l'open source et les standards ouverts, à partir desquels nous développons des applications déployées dans le groupe par la suite.
En interne, nous adoptons des progiciels standards plutôt que des applications conçues sur mesure : Oracle pour le système financier, et Siebel pour la gestion de la relation client. Nous essayons de tirer parti des développements destinés aux utilisateurs. Nous faisons parfois une petite entorse en partant d'outils Microsoft.
Plus généralement, nous nous attachons à intégrer la partie du système d'information en rapport direct avec les utilisateurs, le front office, et la partie interne. Je prends un exemple. Pour la publicité, Yahoo est probablement le plus important support internet de publicité au niveau mondial pour les marques. Nous générons quotidiennement des milliards d'impressions (bannières ou bandeaux publicitaires affichés, vus ou sur lesquels a cliqué un internaute). Toutes les informations apportées par les clics des visiteurs des différents sites sont collectées et rapatriées dans un centre de traitement des données en Californie, où l'on les exploite pour la facturation, à des fins statistiques, etc. Ce fonctionnement exige des milliers de serveurs, installés dans notre centre californien ou répartis dans le monde entier. Mais tout prend place au sein d'un ensemble cohérent et intégré, d'une seule et même infrastructure.
Nous n'avons pas défini une limite franche entre l'infrastructure globale et les applications spécifiques nécessaires en interne. Pour bâtir un tel système d'information, nous utilisons beaucoup de modules en open source, beaucoup Linux, et des patches pour les services web. C'est en procédant ainsi que nous sommes en mesure de déployer et de faire évoluer notre infrastructure avec des coûts réduits.
Comment s'organise cette infrastructure ?
Nos vingt-cinq centres de traitements des données forment certainement l'un des plus importants réseaux internet du monde. Il se compose de réseaux privés à très forte capacité de bande passante, pour la plupart implantés aux Etats-Unis. Nous passons également des accords de peering (accord d'interconnexion entre deux réseaux backbone IP, permettant l'échange de trafic internet - NDLR) avec des opérateurs de réseaux mondiaux et de services centraux.
Quelles sont les problématiques critiques pour votre système d'information ?
Le point le plus critique reste une croissance très rapide. Que l'infrastructure puisse évoluer et grandir pour satisfaire les besoins internes et ceux des internautes en anticipant ces besoins constitue le défi le plus important. Les applications à usage interne ne posent pas de difficultés, sauf pour les services vitaux comme les applications financières. En fait, nous nous appuyons sur des applications développées dans un service ou un pays et ayant fait leurs preuves, et nous les mettons en place au niveau mondial.
La facturation représente également un autre point critique. Notre business model, c'est de facturer de la publicité, mais aussi des services « premium » , des services payants - tel l'achat de musique, par exemple -, pour lesquels il faut prendre en compte le paiement avec des cartes de crédit. Certains de ces services existent à la fois au niveau national et international. Certains sont de nature universelle, comme la musique ou la messagerie, d'autres beaucoup plus personnalisés. Il nous faut mettre au point des outils de facturation capables de fonctionner localement et internationalement.
De quelle manière abordez-vous et traitez-vous les questions de sécurité ?
Yahoo est considéré comme la plus grande entreprise internet au monde. Cela signifie que nous sommes constamment menacés. Je n'ai pas de chiffres en tête, mais on peut dire que nous subissons plusieurs centaines de milliers d'attaques par jour. Pour lutter contre cela, nous avons un programme interne. Une entité, appelée le Panel, rassemble plusieurs groupes centralisés travaillant sur ces problèmes et leur résolution. Et nous avons élaboré un programme de formation permanente pour contrer ces agressions, qui sont de tout ordre : phishing, piratage, déni de service, ou bien des tentatives de gens qui veulent s'amuser...
Inktomi et Overture en 2003, 3721, Kelkoo et MusicMatch en 2004, Dialpad et Upcoming en 2005 : vous rachetez beaucoup. Comment se déroule l'intégration de ces entreprises et de leurs technologies ?
Nous avons mis en place un groupe spécifique au sein de notre branche développement. Des chefs de projets pilotent de véritables « usines d'intégration » et nous standardisons les procédures. Ces usines d'intégration sont créées là où ont été définis des standards et les modalités de l'intégration. Ainsi, nous savons toujours où nous en sommes et ce que nous avons à faire quatre-vingt-dix jours avant la date du rachat, trois jours ou trente jours après.
Nous nous efforçons de suivre ces procédures, de nous appuyer sur l'expérience du personnel des entreprises achetées et de transférer aussi bien les paies que les documentations internes. Nous avons la responsabilité de la continuité de l'infrastructure des systèmes d'information.
A chaque nouvelle acquisition, nous ajoutons un maillon à la chaîne de valeur. Dans certains cas, l'intégration prend du temps, notamment pour le système financier. Ainsi, assimiler toutes les filiales de Kelkoo, société présente dans plusieurs pays européens, se révèle compliqué. Mais le processus est désormais bien maîtrisé et bien documenté.
Quels rapports entretenez-vous avec les grands éditeurs et constructeurs ?
Nous travaillons en étroite collaboration. Yahoo est probablement le plus important consommateur d'équipements de réseaux. Comme nous avons besoin, par exemple, de nouveaux modes de stockage, nous demandons aux équipementiers de développer des systèmes moins chers en tenant compte de nos propres exigences.
La compétition est intense sur votre marché. Comment gérez-vous l'innovation ?
Nous l'encourageons en interne de diverses manières. Un centre d'innovation tente de capter les idées pour les transmettre aux personnes aptes à les exploiter. Nous incitons les collaborateurs à employer au mieux les nouvelles technologies, et utilisons les compétences des personnes qui ont développé les technologies que nous avons achetées. Sur le poste de travail, par exemple, DHTML permet de réaliser des choses très intéressantes en termes d'interactivité. Nous avons repris une société qui nous a permis d'en tirer parti. Une fois intégré, le personnel de cette entreprise a changé notre façon de faire sur le poste de travail. Des technologies comme DHTML ou Flash poussent à innover et se déploient sur des plates-formes transversales au sein de l'entreprise.
Fruit de l'imagination de deux étudiants, Jerry Yang et David Filo, Yahoo (Yet Another Hierarchical Officious Oracle) apparaît en mars 1995 sur la Toile. Le site se limite à un annuaire de leurs sites préférés. Moins d'un an après sa création, la petite société devient rentable et, en 1996, entre en Bourse. Son effectif compte une cinquantaine de personnes.
Aujourd'hui, Yahoo affiche une capitalisation boursière de plus de 50 milliards de dollars et 2,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires (2004). Surtout grâce à la publicité. Mais Yahoo n'a plus grand-chose à voir avec un annuaire. Le groupe tire 13 % de ses revenus de ses services payants (téléchargement de musique, contenus vidéo, messagerie web à grande capacité de stockage...) que plus de 11 millions de clients ont adoptés. Les chiffres d'audience affolent : en octobre 2005, les sites de Yahoo ont enregistré 3,4 milliards de pages vues pour 411 millions de visiteurs uniques, dans 25 pays différents et en 15 langues. Son système d'information est devenu extrêmement complexe, tant pour le stockage et par la quantité de serveurs utilisés que par le nombre des applications différentes mises à la disposition des utilisateurs.
Pour en arriver là, la société a diversifié ses services et racheté : VoIP, avec l'acquisition de Dialpad en 2005 ; moteur de comparaison de prix, avec Kelkoo ; musique en ligne, avec Musicmatch en 2004... Une boulimie de technologies. Pour la direction informatique, la difficulté a été d'accompagner cette croissance que rien ne semble devoir enrayer. Gérer des milliers de serveurs, des dizaines de systèmes de facturation, une montée en charge continuelle, en préservant un système d'information unique et cohérent, ne représente pas une mince affaire. Elle a réagi en créant des groupes de travail spécifiques chargés de standardiser les processus et d'injecter dans Yahoo les technologies et pratiques des sociétés rachetées.
Diplômé en informatique de l'université de Copenhague.
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Travaille chez Lucent Technologies, Fidelity Investments et Next. Entre en juin 2003 chez Yahoo.
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DSI monde de Yahoo, il est :
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Rattaché au CTO (Chief Technology Officer) du groupe, Farzad Nazem
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Chargé de l'orientation stratégique et de l'exploitation de l'infrastructure du système d'information
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Responsable des applications métier, du réseau interne et de la facturation.
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