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[ LIBERTÉ D'EXPRESSION ]
La « bande des quatre » du Web critiquée pour sa collaboration avec la Chine
Les dirigeants de Google, Yahoo!, Microsoft et Cisco ont répondu mercredi 15 février aux questions des parlementaires américains sur leur censure du Net en Chine.

Philippe Crouzillacq , 01net., le 16/02/2006 à 19h45

Le 1 er  février dernier, les quatre géants de l'Internet (Google, Yahoo!, Microsoft et Cisco) n'avaient pas daigné répondre à l'invitation du Caucus des droits de l'homme du Congrès qui, à Washington, se saisissait de l'épineux dossier de la collaboration des entreprises américaines à la censure de l'Internet pratiquée par les autorités chinoises. Convoquées sur le même sujet, le 15 février, par un autre organisme, la sous-commission des Relations internationales du Congrès américain, aucune d'elles ne manquait à l'appel.

Et il est probable que les dirigeants de ces sociétés se souviendront longtemps de cette audition. Soumis à la question par les parlementaires, démocrates et républicains, les quatre géants de l'Internet ont dû s'expliquer, qui sur sa politique commerciale, qui sur sa collaboration active à la censure de l'Internet, voire à l'arrestation de cyberdissidents. Les parlementaires ont en effet comparé la complaisance des sociétés présentes à l'égard des lois chinoises sur la censure à l'utilisation de la technologie IBM dans l'organisation de l'Holocauste.

« Vos activités en Chine sont une honte absolue. Et je ne comprend pas comment vos dirigeants arrivent à dormir tranquille », a ainsi lancé Tom Lantos, un député démocrate de Californie, lui-même survivant de l'Holocauste. Google, qui a récemment essuyé les plus vives critiques à l'occasion du lancement de la version chinoise et censurée de son moteur de recherche, Google.cn, a reconnu par la voix de l'un de ses vice-présidents Elliott Schrage, que la stratégie chinoise de l'entreprise allait aujourd'hui à l'encontre « des principes et des valeurs fondamentales »* du géant de l'Internet.

Les parlementaires américains ont ensuite essayé d'obtenir en vain du spécialiste des réseaux, Cisco, qui vend déjà les routeurs à la base de l'Internet chinois, une reconnaissance de la participation supposée de cette société à des sessions de formation des forces de sécurité chinoises sur le filtrage des contenus sur Internet.

Chez RSF, on est content que le gouvernement américain prenne ce sujet au sérieux

Selon Lucie Morillon, responsable de l'association Reporters sans frontières (RSF) à Washington, le dissident chinois Harry Wu a brandi à la fin de l'audition deux brochures de Cisco. L'une concernait une présentation faite par la société américaine en 2002 à Shanghai et portait sur les solutions que la police chinoise pouvait utiliser pour opérer sur Internet. L'autre portait sur la formation prodiguée aux autorités chinoises dans le cadre du contrôle du Web.

Pour leur part, les sociétés présentes ont fait valoir que sur la question de la liberté d'expression le gouvernement américain avait également un rôle à jouer, notamment en faisant évoluer la nature de ses relations avec des pays comme la Chine. « Ces recommandations sont un peu tardives, notamment de la part de sociétés qui se sont parfois arrogé des droits (transmission d'information...) qui, pour certains d'entre eux, relèvent traditionnellement du pouvoir politique », commente Lucie Morillon.

Le 14 février, le Département d'Etat (le ministre des Affaires étrangères) américain avait pour sa part annoncé la mise en place prochaine d'une task force, c'est-à-dire d'un groupe de travail d'experts chargés de plancher sur la question de « la liberté d'expression sur Internet ». « Nous sommes contents que le gouvernement américain prenne ce sujet au sérieux », souligne RSF.

Par ailleurs, sous l'impulsion du parlementaire républicain du New Jersey, Chris Smith, une proposition de loi devrait être bientôt déposée au Congrès des Etats-Unis. Ce texte, le Global Online Freedom Act, serait de nature à mieux encadrer les activités des entreprises américaines en Chine et dans les pays considérés comme répressifs. Ce document reprend en partie des propositions déjà formulées par Reporters sans frontières, notamment sur la mise en place d'un mécanisme de contrôle à l'export des logiciels de sociétés américaines impliquées dans la surveillance de l'Internet, comme c'est aujourd'hui le cas des technologies susceptibles d'être utilisées à des fins militaires.

Une autre disposition consisterait également à placer hors de portée des pays répressifs, les donnée ou les équipements sensibles, tels que les serveurs de mails, pour empêcher que ne s'exerce une censure trop forte.

* On sait que « Don't be Evil ! », « Ne sois pas méchant ! », est le slogan préféré de Google...


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