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Logiciel libre : Bercy assure son avenir Philippe Davy

[ CONTRAT ]
Logiciel libre : Bercy assure son avenir
Le ministère de l'Economie et des Finances va se lier à Bull, Capgemini et Linagora pour encadrer son évolution vers les logiciels libres.

Philippe Davy , 01 Informatique (n° 1846), le 10/02/2006 à 12h20

C'est a priori le plus gros contrat jamais signé impliquant des logiciels libres. Le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (Minefi) pourra s'appuyer sur les services de trois acteurs - Bull, Capgemini et Linagora - pour les prestations de support et des missions d'étude et d'assistance sur les futurs projets de migration vers les logiciels libres.

Ceux-ci ne sont pas une nouveauté au Minefi. Depuis 2000, des serveurs Linux y sont utilisés, tandis que l'administration système, par exemple, est entièrement réalisée avec les outils Nagios. Le contrat conclu en 2004 avec Jboss (environ 5 M€), pour utiliser le serveur d'applications libre pour les systèmes liés à l'impôt sur le revenu, a servi de catalyseur.

« Nous avons pu constater que ces logiciels étaient parfaitement à niveau sur le plan technique, et très avantageux sur le plan budgétaire, explique Jean-Marie Lapeyre, directeur technique du projet Copernic au Minefi. Il restait à vérifier la structuration de l'offre de support dans le cadre de projets de grande ampleur. » Le contrat couvre toutes les directions du ministère : la DGI (impôts), la DGCP (comptabilité publique), la DPMA (administration et modernisation) ainsi que l'administration des douanes.

48 heures pour résoudre un bogue critique

Ce très gros contrat est divisé en deux parties, l'une ferme, l'autre variable. La première, d'un montant de 3,5 M€, concerne le support et les activités de maintenance corrective et évolutive. Elle est assortie de contraintes draconiennes assorties de pénalités. Par exemple, l'obligation de résoudre ou de trouver une solution de contournement des bogues critiques en moins de 48 heures implique une confiance dans la qualité du code supporté.

Par ailleurs, le support doit être assuré dans le temps sans obliger à un changement de version, quel qu'il soit. Une véritable révolution compte tenu des pratiques habituelles des éditeurs, et une vraie garantie pour le Minefi. Enfin, toutes les modifications réalisées dans le cadre de la maintenance doivent être reversées aux communautés. « C'est la validation à grande échelle du concept de TM2L [tierce maintenance en logiciel libre - NDLR], que nous pratiquons depuis cinq ans », se réjouit Alexandre Zapolsky, le PDG de Linagora.

La SSLL assure le guichet unique de support de plus de 130 logiciels open source, répartis sur vingt domaines. Pour elle, c'est l'engagement de définir une nouvelle manière de travailler à la fois avec les communautés de développeurs et avec les éditeurs ayant misé sur l'approche libre. « Nous allons devoir anticiper les bogues potentiels, proposer un patch pour le client, et le restituer également aux communautés », décrit Alexandre Zapolsky.

Une petite gageure étant donné le nombre de logiciels impliqués, et les ressources modestes (10 personnes) que Linagora compte affecter initialement à cette activité. « Nous parions sur la mutualisation de ce service avec d'autres clients. Certains sont d'ailleurs déjà intéressés » , explique Alexandre Zapolsky. La hotline du support sera accessible par téléphone ou via un site Web (08000Linux.com). La SSLL devra réaliser les adaptations des produits à de nouveaux outils et, en parallèle, assurer une veille technologique constante.

« C'est un modèle associant tierce maintenance au sens classique, augmentée d'un engagement de type assurance, résume Jean-Marie Lapeyre. Cette notion est absente des relations avec les éditeurs traditionnels. Dans tout système d'assurance, il y a la possibilité de se réassurer. Dans notre cas, la communauté joue le rôle de réassureur. »

Vingt domaines

La tranche variable du contrat, comprise dans une fourchette de 9 à 35,5 M€, se présente sous la forme d'unités d'oeuvre pour des études et des prestations d'accompagnement pour les projets de migration vers l'open source. Les trois acteurs sont impliqués, et coordonnés par Capgemini, qui assurera le pilotage des projets. Les unités d'oeuvre sont réparties en vingt domaines, Bull apportant son expertise sur les couches basses (systèmes d'exploitation, SGBD, sécurité, etc.), Linagora s'impliquant sur les infrastructures d'annuaires et de messagerie, et Capgemini sur ce qui relève des applications.

« Nous allons aider à la définition et à l'encadrement des projets de migration, avance Jean-Pierre Barbéris, directeur général de la division Services de Bull. En particulier sur les questions d'optimisation, certaines applications impliquent potentiellement un très grand nombre d'utilisateurs, comme la feuille d'impôt Internet. »

Il s'agit également de fournir un encadrement d'expertise sur les étapes des migrations, en particulier sur les questions de dimensionnement et de volumétrie. Le constructeur, qui a fait du logiciel libre une composante centrale de sa stratégie, compte sur ses investissements R&D dans ce domaine. « Dans nos laboratoires de Grenoble-Echirolles, nous avons des experts en mesure de préciser le domaine de déploiement d'un SGBD comme PostgreSQL, décrit Jean-Pierre Barbéris. Par exemple, définir la "zone de confort" de tel ou tel logiciel, en termes de volumétrie et d'exploitation. »

C'est devenu un lieu commun, les administrations et ministères français sont engagés avec constance dans l'évaluation pragmatique des possibilités du logiciel libre. Les ministères de la Défense, de l'Intérieur, de l'Equipement sont tous impliqués dans d'importants projets de migration. Par son ampleur, et les acteurs qu'il implique, ce dernier contrat est sans doute exemplaire d'un nouveau type de relations entre le client et ses prestataires, basé sur la maîtrise de son SI pour le premier, et l'engagement des seconds.

Le contrat en chiffres

39 M€ sur trois ans : montant maximal du contrat signé par le Minefi. C'est jusqu'à présent le plus important contrat dans le monde pour le support de logiciels libres.

3,5 M€ : montant du contrat de support fixe, incluant la maintenance corrective et évolutive ainsi que la hot line.

48 heures : durée maximalecontractuelle pour la résolution ou le contournement de bogues. Une contrainte lourde, associée au reversement de toutes les modifications à la communauté.

20 domaines couverts, parmi lesquels les systèmes d'exploitation, la sécurité, la messagerie, les outils d'administration, de développement et de travail collaboratif.

130 logiciels sont pris en compte dans le contrat de support, dans différentes versions. Ils représentent l'état de l'art, chacun dans leur domaine, allant de l'OS jusqu'au portail de publication.



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