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[ EXPERTISE INTERNE ]
Les entreprises ne recrutent pas de spécialistes open source
Les sociétés privilégient, quand elles le peuvent, le transfert de savoir et l'autoformation. Elles appliquent ainsi aux logiciels libres la même stratégie que celle adoptée pour les outils propriétaires.

Frédéric Bordage , 01 Informatique (n° 1835), le 11/11/2005 à 00h00

Se doter de logiciels open source implique-t-il de réorganiser son service informatique ? Oui, à en croire les cabinets d'analyses tel Forrester Research, qui conseille de nommer un monsieur open source. Non, si l'on se fie aux retours d'expérience d'entreprises ayant déjà franchi le pas.

Il convient néanmoins de prendre en compte les spécificités de ces logiciels. Ainsi, leur mise à jour s'effectue de façon quasi continue. Ils sont généralement moins bien intégrés, et leur interface en ligne de commande tranche avec les cases à cocher de Windows. Ils nécessitent donc des connaissances plus pointues. D'autant que leur documentation est souvent éparpillée. En revanche, le support technique n'a rien à envier aux hotlines des éditeurs propriétaires. En fait, pour les clients, le clivage entre propriétaire et open source semble secondaire. « Nos clients se forment à un logiciel, et non à l'open source », confirme Cyril Pierre de Geyer, cofondateur du cabinet Anaska Formation. La gestion des compétences open source est d'abord dictée par le statut de l'entreprise et par la taille de son équipe informatique.

Les grands comptes privilégient l'autoformation

Seules les briques d'infrastructure les plus répandues - Linux, Apache, etc. - entrent dans les grands comptes. Et encore, par la petite porte... « Ce sont souvent les équipes d'exploitation Unix qui les introduisent, car le glissement d'Unix vers Linux est assez naturel », explique Michel-Marie Maudet, directeur général adjoint de la société de services en logiciel libre (SSLL) Linagora. Cette évolution se limite, dans un premier temps, à quelques serveurs pilotes, déployés en interne. Puis, après une première phase de validation technique, l'entreprise décide d'étendre l'usage de ces logiciels à d'autres projets. « Elle forme alors ses équipes d'exploitation sur les technologies de base, comme Linux », note Cyril Pierre de Geyer, d'Anaska Formation. Le passage à des projets de plus grande ampleur s'effectue avec un prestataire. « Nous avons profité de la migration de notre intranet de Lotus Notes vers Lamp pour acquérir des compétences auprès de la SSLL Kaptive, qui réalisait la migration », témoigne Erick Becuwe, chef de projet au service informatique de l'industriel Carbone Lorraine.

« Certains chantiers impliquent des changements trop importants pour que nous prenions le risque de les mener seuls, confirme Stéphane Heude, chef de projet à la direction de la recherche de Gaz de France. C'était notamment le cas lors de la mise en place d'un contrôleur de domaines Samba-LDAP pour nos serveurs Windows en environnement sécurisé. » En général, le support et la maintenance de ces briques sont partiellement pris en compte par l'entreprise, qui se réassure auprès d'un tiers.

A l'instar du Crédit Agricole, qui utilise le gestionnaire de configurations Mantis, le serveur d'applications Lamp et l'outil de développement Eclipse, de nombreuses entreprises pratiquent aussi leur propre veille technologique et se forment elles-mêmes. La branche Asset Management du Crédit Agricole ne recourt jamais à du conseil extérieur. Ce sont les membres de l'équipe informatique qui se mettent en quête des outils et les testent. « Quand l'un d'eux trouve une solution adaptée à nos besoins, il nous la présente, puis nous nous formons ensemble », témoigne Julien Bernard, responsable d'une équipe de 15 développeurs Lamp.

Faute de compétences, les PME se tournent vers l'externalisation

Le faible prix des logiciels libres séduit les petites structures. Elles recherchent des outils standards et prêts à l'emploi pour limiter les coûts de développement et d'intégration. Le système d'information de la compagnie régionale Air Turquoise repose ainsi sur des composants PHP. Les PME externalisent l'installation et la maintenance de ces briques, car elles manquent de compétences en interne. « L'embauche d'un spécialiste à plein-temps représente une charge trop importante. L'externalisation facilite l'accès à des ressources en temps partagé pour un budget raisonnable », estime François Billard-Madrières, directeur informatique d'Air Turquoise.

Dans ces conditions, les formations sont rares et limitées au strict minimum. « Nous profitons des transferts de compétences de nos prestataires, et ne recourons à des formations que lorsque c'est indispensable », explique Bruno Eyrignoux, responsable réseaux et systèmes de la Fondation d'Auteuil. Dispensées en quelques jours, ces formations opérationnelles fournissent un vernis technique à l'informaticien de l'entreprise, capable ensuite d'assurer un support de premier niveau (relancer un serveur...).

Recyclage du personnel dans l'Administration

Le cas de l'Administration est singulier. Elle se trouve dans l'incapacité d'ajuster ou de renouveler ses effectifs et, dans le même temps, elle consomme beaucoup de logiciels open source. Elle internalise donc un maximum de compétences. « Il y a cinq ans, nous avons déployé le serveur d'annuaire OpenLDAP avec deux collaborateurs. Puis nous nous sommes lancés dans un projet de signature unique. Aujourd'hui, LemonLDAP constitue une référence dans l'Administration », indique Eric German, chef de projet annuaire et web SSO au ministère des Finances. Cet engouement se traduit par un recours massif à la formation. « Nous avons déjà réuni plus de 100 personnes sur une même formation », précise Michel-Marie Maudet, de Linagora.

Pour Yves Miezan Ezo, responsable commercial chez Alcôve, les demandes portent soit sur Linux en général, et donc sur les certifications LP1, indépendantes de toute distribution, soit, inversement, sur des formations ultraspécialisées et personnalisées. Parfois, il s'agit aussi de formations longues, qui ne se limitent pas aux logiciels libres. « J'encourage les jeunes à compléter leurs compétences par des cours universitaires comme ceux du Cnam », plaide Laurent Bloch, responsable de la sécurité du système d'information de l'Inserm. Il privilégie les compétences fondamentales car elles aident à s'adapter à n'importe quelle technologie. Elles coûtent moins cher sur le long terme, car s'autoformer devient ensuite bien plus facile. Les organisations publiques n'externalisent que la tierce maintenance des applications critiques. Et elles se débrouillent seules pour assurer le support de l'infrastructure de bas niveau (système d'exploitation, etc.).

L'open source adopte les certifications

Les éditeurs de briques d'infrastructure open source commencent à proposer des certifications en plus des formations traditionnelles.


Que penser de la certification ?

« La certification des formateurs constitue un gage de qualité », affirme Cyril Pierre de Geyer, responsable d'Anaska Formation. Le formateur est soit un salarié de l'éditeur, comme dans le cas de MySQL, soit une personne externe dotée de la même certification que celle qu'il délivre. Dans tous les cas, il faut prendre en compte l'implication de l'organisme de formation dans la communauté open source. « Une implication forte du formateur dans la communauté vaut une certification », estime même Cyril Pierre de Geyer.



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