Patricia Sales est responsable du développement du management au PMU et Dominique Lecoq, enseignant-chercheur au Cnam, fondateur du Centre d'études et de recherche sur le
coaching,
l'accompagnement et la médiation (Cercam).
01 Informatique : Le coaching des salariés informatiques va-t-il se développer ?

P.S. :
Je souhaite que ces méthodes soient accessibles à toutes les populations et pas seulement aux managers de haut niveau. Par exemple, le
coaching
me semble utile aux experts qui
deviennent chefs de projet, car le pilotage demande de développer de nouvelles compétences. Ils manquent parfois d'écoute quant aux besoins de leurs clients utilisateurs.

D.L. :
Nettement. Les conditions de travail du XXI
e
siècle devraient l'encourager. D'abord, la rareté du travail fait que chacun doit répondre de son activité. Ensuite, évoluant dans un
environnement complexe, que nous ne maîtrisons pas, le développement des connaissances suscite de nouvelles problématiques compliquant la prise de décisions. Enfin, les moyens informatiques modifient la vitesse, nous obligeant à penser en temps réel
et au niveau mondial.

Ces trois éléments entraînent des interrogations très profondes auxquelles on ne peut répondre que dans un environnement respectant la singularité du projet, et dans un espace privé. C'est pourquoi le
coaching
n'est plus réservé aux seuls dirigeants, mais intéresse tout informaticien. Cette démarche permet de s'interroger sur ses possibilités d'évolution dans un tel contexte. A cet égard, le DIF
[droit individuel à
la formation, NDRL]
offre des possibilités remarquables. Nous commençons d'ailleurs, à coacher des techniciens.
Aux Etats-Unis, le coaching semble s'orienter vers une spécialisation par métier. Décelez-vous une tendance semblable en France ?

P.S. :
Je ne vois pas l'intérêt d'une telle spécialisation. L'objectif est de se centrer sur la personne, et non sur le métier.

D.L. :
Le
coaching
métier n'existe pas. L'important est de savoir conduire un
coaching.
Ce dernier terme devrait même disparaître dans quelques années. Cette démarche
convient à un travail essentiellement en réseau, avec des aspects managériaux non hiérarchiques. L'individu doit donc se poser ses propres questions, réfléchir sur le mode de relations à adopter avec tel ou tel élément du réseau, et voir comment il
peut évoluer dans ce contexte.
Des outils de mesure du stress des salariés destinés à accroître les performances se développent. Croyez-vous en leur utilité ?

P.S. :
Oui. Le stress peut conduire à déstabiliser les personnes. Si de tels outils permettent d'alerter les entreprises, c'est une bonne chose. En revanche, utilisés comme mesure de performance individuelle, ils
peuvent se révéler dangereux.

D.L. :
Je crois qu'il faut d'abord identifier l'idéologie véhiculée par ces outils. Beaucoup proviennent des Etats-Unis. En Europe, la relation au travail n'est pas binaire. Elle est fondée sur la complexité qui
structure les rapports humains et les organisations dans lesquelles ils s'inscrivent. En réalité, nombre de ces outils sont des gadgets... Il est absurde de chercher à savoir si le stress est normal ou non.

Si vous êtes chef de projet, ce n'est pas votre stress qui vous rendra plus ou moins créatif. Et il n'existe pas de méthode pour diminuer le stress. En revanche, il n'est pas acceptable de placer des personnes dans une
situation de souffrance qui les atteint en tant que sujets.
La productivité des informaticiens est de plus en plus demandée. Le coaching répond-il à cela ?

P.S. :
Je ne sais pas. Mais lorsque quelqu'un découvre des ressources nouvelles, et qu'il prend le temps de faire les bons choix dans une attitude positive, il gagne en sérénité et travaillera dans un meilleur
climat. Le bénéfice est certain. Même si le mesurer n'est pas évident.