Un peu moins du tiers des serveurs de messagerie Microsoft Exchange en place aujourd'hui sont toujours en version 5.5. Depuis début 2005, Microsoft n'assure plus que le support étendu de cette version datant de 1995 et ne tournant que sous Windows NT4, ce sursis se terminant en fin d'année. « Nous continuons à assurer les correctifs logiciels de sécurité pendant encore deux ans, mais n'assurons plus l'aide aux clients » , indique Patrick Duboys, chef produit d'Exchange chez Microsoft.
La migration vers une autre solution de messagerie devient donc incontournable. « Les entreprises qui n'ont pas encore migré ont rajouté de la mémoire, de l'espace disque, mais ne réalisent pas qu'elles approchent du point de rupture. Réagir dans l'urgence va poser problème » , estime Patrick Duboys.
L'évolution logique, si l'on reste dans le monde Microsoft, consiste à migrer vers Exchange 2003. Passer à Exchange 2000, dont le support se terminera dans deux ans, n'a pas de sens, d'autant qu'Exchange 2003 améliore les performances. De plus, on ne pourra passer directement d'Exchange 5.5 à la prochaine version du logiciel, prévue pour 2007.
Exchange 2003 apporte de nombreuses améliorations fonctionnelles, notamment en matière de mobilité : Outlook Web Access reprend la riche interface du client lourd, et la gestion de terminaux de type Pocket PC ou téléphone mobile a été intégrée en standard. « On bénéficie aussi du service RPC (Remote procedure call) over HTTP, qui permet à Outlook d'identifier la nature du réseau et ainsi, par exemple, de se connecter sans passer par un VPN s'il reconnaît une connexion sécurisée HTTPS. L'utilisateur peut continuer à travailler sur son client Outlook sans se soucier du type de connexion ou même du fait qu'elle soit temporairement indisponible », précise Patrick Duboys. Le Service Pack 2, prévu pour octobre 2005, apportera par ailleurs le push dynamique, qui permet une synchronisation active lors de l'arrivée de nouveaux messages.
À cela s'ajoutent des améliorations pour l'administrateur, qui bénéficie de la centralisation de la gestion, de l'archivage à chaud, ou encore de l'outil Exchange Server Best Practice Analyzer. « Ce dernier vérifie que tous les services nécessaires ont bien été lancés et que ceux qui ne sont pas requis sont désactivés, que les correctifs logiciels sont à jour, que les services réseaux fonctionnent bien, etc. » , explique Patrick Duboys.
Côté sécurité, le nombre d'alertes a chuté. « C'est le fait de la combinaison d'Exchange 2003 et de Windows Server 2003 : depuis le lancement du produit [à l'automne 2003, NDLR], il y a eu seulement deux alertes sévères et quatre mineures, contre une dizaine par an pour Exchange 5.5 », souligne Patrick Duboys.
Enfin, un argument majeur d'Exchange 2003 se situe au niveau de son fort potentiel de consolidation. « Il n'y a plus vraiment de limite, quand Exchange 5.5 plafonnait à deux cents ou deux cent cinquante utilisateurs par serveur. Étant donné que la bande passante réseau entre sites est plus importante et moins chère qu'autrefois, on peut se passer d'une architecture avec serveurs répartis. C'est l'occasion de repenser l'architecture du système, de remettre en place son annuaire, et de réfléchir aux problématiques de stockage » , résume Patrick Duboys.
Mais, justement, cette refonte de l'architecture et le passage obligé à Active Directory pour l'annuaire d'entreprise représentent un frein potentiel. « Ce dernier est relativement contraignant et très structurant, que ce soit pour l'annuaire lui-même ou la messagerie ; ou lorsqu'il s'agit d'y greffer d'autres applications » , remarque Farzad Farid, consultant chez Idealx. Faut-il, dans ces conditions, rester sur une solution de messagerie à 100 % Microsoft ? Fort de 50 % de parts de marché, Exchange a l'avantage du coût. Selon Patrick Duboys, « c'est la messagerie la moins chère si l'on exclut les solutions open source, qui restent pour le moment très minoritaires, en tout cas en France » .
Pourtant, le monde de l' open source séduit de plus en plus d'entreprises, à côté de Lotus Domino, d'IBM, de la solution de Sun Microsystems et de nombre de petits éditeurs également positionnés sur ce créneau, comme Ipswitch, Oxyan Software, Axian ou Kerio Technologies.
Les logiciels libres en pleine ascension
« Aujourd'hui, avec la question cruciale de la fin de vie d'Exchange 5.5, les entreprises regardent du côté des logiciels libres de messagerie et de travail collaboratif » , indique Farzad Farid. Plusieurs projets open source couvrent ces fonctions. OpenGroupware.org a le vent en poupe mais se heurte à plusieurs freins. « Le logiciel n'est pas très ergonomique, et est écrit en Objective-C, langage que peu de sociétés de services maîtrisent. Le plug-in Outlook ne fonctionne pas très bien, explique Farzad Farid. OpenGroupware.org souffre, par ailleurs, de problèmes de conception. Le principal porte sur le fait que le logiciel crée jusqu'à quatre tables par utilisateur dans la base de données. Gérer quatre mille tables pour mille utilisateurs est démesuré, d'autant que les serveurs de base de données open source ne supportent pas de telles quantités de données. » Ce qui n'a pas empêché Arianespace d'opter pour OpenGroupware.org pour son site parisien, qui comporte environ six cents utilisateurs, et pour son site en Guyane. Nissan Europe l'a aussi retenu pour ses directions européennes.
Open-Xchange, autre projet open source édité par Netline et couvrant la messagerie et le travail collaboratif, est, lui, écrit à 90 % en Java. La dernière version (0.8), complétée d'un support technique, d'une interface d'administration et de connecteurs Outlook et Palm, constitue le pack commercial version 5. Il n'a été que récemment décidé que la version 5 porterait la marque Netline - Open-Xchange est également à la base de l'offre Suse Linux Openexchange Server 4.1 de Novell, partenaire de Netline - pour ne pas trop empiéter sur la cible de sa solution GroupWise.
Pour rassurer les utilisateurs sur le futur de cette dernière, l'éditeur a annoncé, outre la prochaine version Sequoia, prévue pour cet été, les deux suivantes, Aspen et Cedar, respectivement planifiées pour 2006 et 2008. « Cependant, Open-Xchange est tout à fait capable de monter en puissance. Netline indique qu'un serveur correctement dimensionné gère jusqu'à cinq mille utilisateurs » , défend Farzad Farid.
Des outils de migration adaptés fournis par les éditeurs ou les spécialistes
Le monde du libre sort, par ailleurs, des environnements Unix : Marjolis Software propose un logiciel libre sous Windows, pointant du doigt l'expertise Linux nécessaire dans les autres cas. Son logiciel se contente d'un Pentium 3 à 500 MHz et d'un système d'exploitation Windows pour poste de travail (Windows 2000 ou XP). Tout comme OpenGroupware.org et Open-Xchange, il permet l'utilisation d'un client Outlook - chose qui fait défaut à eGroupWare, autre solution libre sous Linux. C'est également le cas de la majorité des solutions qui ne font pas partie du monde open source, aussi bien les petits acteurs tels que Bynari ou Kerio que les grands, à l'image d'IBM qui propose Domino Access for Microsoft Outlook. En effet, du côté des clients de messagerie, le logiciel de Microsoft reste largement privilégié par les entreprises.
Pour l'opération de migration en elle-même, les éditeurs fournissent en général les outils adaptés. C'est le cas de Bynari, de Kerio et d'Oxyan. Certains éditeurs tiers proposent des outils spécialisés capables d'assurer la migration entre divers environnements. C'est le cas d'E-Mail Shuttle de CompuSven, qui traite Microsoft Exchange 5.5 et 2003, Lotes Notes, Novell Group-Wise ou encore tout système compatible Imap 4. « Chez Idealx, nous possédons des outils pour migrer les messages d'Exchange vers un serveur de messagerie en open source. Il n'y a pas de solution libre pour la migration des données concernant le travail collaboratif ou l'agenda, mais il existe des produits commerciaux » , indique Farzad Farid.
Du coup, les coûts de déploiement et de migration peuvent constituer un frein. « L'ensemble peut dépasser les 80 € par poste, affirme Farzad Farid. Pour migrer la messagerie seule vers une solution de type Openexchange, il faut compter aux alentours de 40 € par poste. » CMT (Common migration tool), de Binary Tree, assure la migration vers IBM Lotus, Microsoft, Novell Suse, etc. « Mais CMT n'a pas encore été porté sur Open-Exchange 5 » , note Farzad Farid.
Quest Software s'est, lui, spécialisé dans la migration vers Exchange 2003. Microsoft propose bien sûr des outils de migration vers Exchange 2003, fournis avec le Service Pack 1. « Les kits fournis par Microsoft fonctionnent essentiellement en ligne de commande. Il faut donc, pour migrer des milliers d'utilisateurs, réaliser des scripts massifs difficiles à mettre en oeuvre. De plus, ces outils ne couvrent pas tous les éléments à migrer. Par exemple, les dossiers publics sont migrés sans les permissions associées. Au niveau des boîtes aux lettres, on perd la notion de délégation de droits et les règles, par exemple l'orientation des e-mails en provenance d'une personne donnée vers un dossier » , explique Anthony Moillic, directeur technique en charge de la gestion Windows de Quest.
Le logiciel Move Mailbox Manager de l'éditeur réalise le déplacement massif de boîtes aux lettres. « Il permet de définir des règles, en indiquant, par exemple, que les messageries des personnes importantes doivent se trouver sur un serveur sécurisé et le reste du personnel sur un serveur standard. La migration se fait ensuite automatiquement » , poursuit Anthony Moillic.
Les migrations ne reprennent cependant pas toujours une organisation existante, bien au contraire. L'architecture liée à Exchange 5.5 date souvent d'une dizaine d'années, et le passage à Exchange 2003 est l'occasion de revoir et consolider l'architecture, et de réfléchir à l'annuaire d'entreprise, au nommage des utilisateurs, etc. Ainsi, 80 % des clients de Quest utilisent les outils de l'éditeur pour migrer vers une organisation différente, auquel cas une phase de coexistence entre l'ancien et le nouvel environnement s'impose. La phase de coexistence peut durer des mois, voire des années. Par exemple, Siemens va, avec Exchange Migration Wizard de Quest, faire durer la cohabitation pendant trois ans, au niveau mondial, pour passer de 2 500 serveurs Exchange 5.5 à 700 serveurs Exchange 2003.
« Les outils de Microsoft ne permettent pas cette phase de coexistence » , note Anthony Moillic. L'offre de Quest est surtout utile pour les parcs de plus de mille boîtes aux lettres. « La migration est alors souvent réalisée par lots, que ce soit par service, groupement géographique, ou liste de personnes explicitement nommées » , souligne Anthony Moillic.
Une coexistence d'environnements invisible
Cette cohabitation est transparente pour l'utilisateur final, lorsqu'il communique avec des personnes hébergées par l'autre système, ou lorsque sa boîte aux lettres bascule vers le nouveau. Car il faut bien, à un moment donné, changer son profil Outlook, lui rattacher ses archives personnelles et éventuellement transférer le cache de la boîte aux lettres, cache qui permet de travailler en mode déconnecté. « Outlook doit, lors de sa première connexion à Exchange 2003, rapatrier dans le cache le contenu de la boîte aux lettres. Notre outil évite cela, en conservant ce cache et en le traduisant pour le rendre compatible avec le nouvel environnement » , indique Anthony Moillic. Pas besoin de prévoir de planning de migration.
« Une entreprise telle que Siemens ne peut, avec 350 000 postes, se permettre de passer la moindre minute sur chaque poste », note Anthony Moillic. L'administrateur indique qu'une boîte aux lettres peut être basculée vers Exchange 2003, et l'opération s'effectue lors de la prochaine connexion du poste, par l'intermédiaire d'un exécutable.
La migration vers Exchange 2003 promet une optimisation de l'architecture de messagerie, mais impose la mise en oeuvre de l'annuaire d'entreprise Active Directory, dont l'aspect structurant peut freiner l'entreprise.
Le passage à Exchange 2003 peut être l'occasion de revoir l'architecture du système de messagerie de l'entreprise et de réfléchir à l'annuaire d'entreprise ou au nommage des utilisateurs.
Nombre d'éditeurs proposent des alternatives à Microsoft, ainsi que le monde du logiciel libre. La plupart fournissent des outils de migration vers leur solution. D'autres offrent des outils spécialisés notamment dans la cohabitation de deux environnements.
Peu d'entreprises sont prêtes à abandonner Outlook sur les postes clients. Les éditeurs de solutions de messagerie concurrentes de celle de Microsoft l'ont bien compris.
L'externalisation de la messagerie en tant que service informatique indépendant reste un marché peu dynamique, d'après le Gartner. Les grandes entreprises préfèrent opter pour ce type de solution dans le cadre d'un contrat d'externalisation plus large auprès d'opérateurs internationaux comme Equant, tandis que les PME tendent à souscrire ce type de service auprès de leur fournisseur d'accès internet ou de prestataires spécialisés dans les petites structures.
C'est le cas d'Ornis, opérateur de messagerie Exchange en mode ASP. Jet Multimedia Hosting (filiale de neuf telecom) propose une offre complète incluant, pour une dizaine d'euros par boîte, une couverture fonctionnelle avec gestion de contacts, de l'annuaire, de l'agenda, de dossiers personnels, partage d'informations et mobilité.
Frans Imbert-Vier,
DSI de TBWA France.
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« La taille de notre base de données a été divisée par trois »
« Chez TBWA France, troisième groupe de communication dans l'Hexagone, nous avions abandonné GroupWise, de Novell, en 2000, en raison de l'absence de client lourd pour Macintosh, plate-forme qui
représente 80 % de notre parc. À l'époque, Microsoft Exchange 2000 était la seule solution, Lotus Notes ne disposant pas de client Mac non plus. Si nous sommes depuis passés à Exchange 2003, c'est surtout pour faciliter
l'administration.
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Notre base de données est passée de 1,5 To à 450 Go, et la messagerie est désormais centralisée, au lieu d'être distribuée sur nos vingt-cinq agences, dont la plupart ne réalisaient pas de sauvegarde. La
migration a été réalisée à partir des outils fournis par Microsoft. Osiatis (racheté par Focal Systems), qui assure l'infogérance de notre messagerie, s'en est chargé. La bascule de trente noms de domaine et cent cinquante boîtes aux
lettres, soit 6,5 millions d'e-mails, a été réalisée en dix-huit heures. »
Farzad Farid,
consultant senior, architecte et ingénieur avant-vente Open-Xchange chez Idealx.
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« Open-Xchange est capable de monter en puissance »
« Au-delà de cinq mille utilisateurs, la solution open source Open-Xchange nécessite de passer à une architecture multiserveur, avec plusieurs serveurs d'applications, plusieurs serveurs LDAP, plusieurs serveurs Imap, etc. Nous avons monté une maquette en partenariat avec IBM et Novell. Avec trois serveurs en lames d'IBM, respectivement pour la messagerie, l'annuaire et le serveur d'applications, la maquette pouvait gérer plus de cinq mille utilisateurs.
Par ailleurs, nous préparons des tests dont le but est de montrer qu'on peut atteindre dix mille utilisateurs avec une architecture Open-Xchange répartie. Il reste une limitation, celle de la base de données. On peut réaliser une architecture matérielle à haute disponibilité avec répartition de charge du côté du serveur web, du serveur d'applications, de l'annuaire LDAP, mais pas au niveau de la base de données PostgreSQL, qui ne permet pas de réplication en mode actif-actif. »
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