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[ ACCESSIBILITÉ ]
Paramétrer son site pour les malvoyants
Paramétrage peu soigné. Règles de programmation des pages Web pas assez respectées. Il reste beaucoup à faire dans la conception de sites pour malvoyants.

Luc Capelar , 01 Informatique (n° 1821), le 29/07/2005 à 07h00

Les personnes handicapées n'entendent pas être privées de l'usage du Net. Elles l'ont fait savoir aux pouvoirs publics, en exigeant de ces derniers qu'ils contraignent les administrateurs à mettre en accord les sites avec les contraintes de l'accessibilité numérique.

« C'est un enjeu citoyen de première importance , souligne Gérard Dulac, directeur gérant d'Eolas (groupe Business & Decision), SSII en pointe sur le sujet. Le Web constitue un outil d'intégration sociale critique pour les handicapés, tant au niveau de leur vie quotidienne que professionnelle. » Ecarter ces populations de l'usage d'internet renforcerait les exclusions dont elles sont encore trop souvent l'objet.

Un référentiel de 90 bonnes pratiques

D'ici à 2008, les sites publics ou assimilés - tels ceux des collectivités locales - devront s'être mis en conformité avec la loi du 11 février 2005. Les auteurs de cette dernière invitent les développeurs à respecter une liste précise de bonnes pratiques définies par la Web Accessibility Initiative (WAI), une émanation du W3C. Le référentiel comporte près de 90 recommandations. Il est devenu l'alpha et l'oméga des développeurs qui travaillent sur le sujet.

« C'est la bible » , affirme Mathieu Delemme, directeur commercial d'E-Cedi. Cette société édite le logiciel Handilog qui améliore la navigation des personnes handicapées. « Le paramétrage des sites dans le respect des recommandations édictées par la WAI augmente la performance des logiciels et des aides techniques utilisées par les personnes handicapées » , précise-t-il.

Bien que l'offre en applications spécifiques reste insuffisante, les personnes handicapées, et en particulier les non-voyants et les malvoyants, disposent aujourd'hui de toute une palette de logiciels adaptés : des navigateurs gérant la synthèse vocale, des logiciels de paramétrage d'affichage et de gestion des contrastes, ainsi que des aides techniques (barrettes et claviers en braille, pointeurs laser pour handicapés moteurs, etc.) « Si les sites visités ne respectent pas les principes minimaux de l'accessibilité, ces outils ne seront pas d'un grand secours. Ils risquent même d'être inopérants » , prévient David Molina, responsable Webmastering de SQLI, un prestataire spécialisé dans la conception et l'optimisation de sites Web.

Les développeurs amenés à tenir compte des contraintes de l'accessibilité doivent « avant tout produire un code HTML ou XML propre et sémantiquement irréprochable » , avertit David Molina. Le premier niveau de l'accessibilité réside dans la bonne gestion des balises qui indiquent la nature des contenus qu'elles encadrent. Trop souvent, les développeurs omettent de fermer une balise ouverte précédemment ou encore n'utilisent pas toujours le bon type de balise. C'est fréquemment le cas pour les titres. Par négligence, ces derniers sont marqués d'une balise (p), destinée à spécifier un simple paragraphe, au lieu des balises h1, h2 - les seules habilitées à désigner un titre.

Un navigateur commun, utilisé par un navigateur valide, affichera, malgré ces erreurs de sémantique, le contenu dans leur bonne police et à leur bonne place sur la page. Mais ce ne sera pas le cas pour un navigateur alternatif, tel Lynx dédié aux malvoyants et aux non-voyants. Les différents niveaux de texte sont affichés de façon linéaire dans la fenêtre de ce navigateur qui restitue les contenus dans des polices et des tailles de caractère choisies par l'utilisateur - ou par le truchement d'une synthèse vocale. En cas de non-respect de la sémantique, le contenu est difficilement interprété et hiérarchisé par l'outil. D'où des problèmes de désorganisation dans la présentation des contenus de la page et de mauvaise appréciation des différents niveaux de lecture, voire d'incompréhension, par l'utilisateur handicapé.

Dissocier contenu et mise en page

Le second principe majeur de l'accessibilité numérique est « celui de la séparation entre le contenu et les attributs de mise en forme » , relève David Molina. Fréquemment, les développeurs intègrent dans leurs lignes de code des spécifications stylistiques (taille, police, couleur des caractères). Cette imbrication du contenu et de la forme constitue une grande gêne à l'application de paramètres spécifiques au handicap, qu'ils soient gérés par des navigateurs communs ou par des produits alternatifs. « Ces navigateurs sont fréquemment conçus pour traiter du code HTML épuré de ses attributs stylistiques » , dit David Molina.

Le secret réside donc dans le développement et l'exploitation conjointe de deux types de fichiers bien distincts : d'une part, des fichiers HTML-XML qui définiront les multiples contenus source du site, d'autre part, des feuilles de style CSS (Cascading Sheet Style), qui s'appliquent aux attributs en fonction des paramétrages requis. L'application de feuilles de style par défaut étant bien entendue prédéfinie et composant l'affichage « natif » du site tel qu'il apparaîtra à un utilisateur valide. On distingue dans l'architecture du CSS trois grands types de feuilles de style : les « persistantes », toujours appliquées quel que soit le style utilisé ; les feuilles dites préférées, composant le style utilisé par défaut ; et les feuilles alternatives, qui permettent aux internautes handicapés d'appliquer leurs propres paramètres de présentation.

Cette utilisation constitue d'ailleurs l'un des standards de l'accessibilité compris au sens le plus large puisqu'elle produit des présentations adaptées à des terminaux spécifiques : assistant personnel, téléphones mobiles, etc. Une fois de plus, les développeurs rompus à l'utilisation de ce type de structure logique doivent soigner la sémantique et le balisage de séquences du code générique auquel vont s'appliquer les différentes présentations. Par exemple, une citation dans un contenu devra être encadrée des balises ad hoc blockquote plutôt que des balises inappropriées.

À chaque image son commentaire

La prise en compte des contenus purement visuels (photos, animations en Flash, tableaux, graphes) constitue l'un des challenges permanents auquel est confronté le développeur soucieux de rendre son site accessible à tous et, en particulier, aux non-voyants et malvoyants. Le principe consiste à élaborer des commentaires textuels alternatifs apportant du sens et qui peuvent être interprétés par les synthèses vocales ou les lecteurs braille.

« La prise en compte de l'accessibilité ne doit pas conduire à des propositions de contenu dégradé, note David Molina. D'un autre côté, il n'est pas nécessaire de définir des commentaires pour des photos alibis. » Celles-ci n'existeraient d'ailleurs pas si la facilité d'accès avait été décidée dès la conception éditoriale du site. Cette dimension doit être considérée le plus en amont possible, dès les premières étapes de création du site. Lors des phases de structuration du site et d'écriture du « story-board » , les concepteurs doivent privilégier principalement des intitulés de rubriques, courts et informatifs, ne pas trop surcharger les pages de liens, éviter d'associer des éléments d'information à l'utilisation d'un code couleur.

Penser à ajouter des raccourcis-clavier

« Il faut prendre en compte les contraintes particulières de navigation auxquelles vont être confrontés les internautes mal ou non-voyants , suggère David Molina. Ces derniers peuvent subitement être totalement perdus. » On doit recommander la mise en place de raccourcis-clavier fondés sur le développement d' access keys , qui aident l'utilisateur à retrouver rapidement les pages clés du site ou à accéder au plan du site. En termes de développement, il s'agit simplement de bâtir des raccourcis par l'utilisation de balises greffées sur quelques liens transversaux.

Le développement d'un site accessible - il existe différents niveaux de facilité d'accès, qui peuvent être validés par des organismes certificateurs comme l'association Braillenet - ne supporte pas l'amateurisme. Un accès facile requiert la mobilisation de ressources importantes, internes comme externes.

« J'estime le surcoût en termes de développement à environ 15 %, indique Gilles Boyer, chef de projet Internet à la Mutualité Sociale Agricole (MSA). Mais il faut modérer cette conséquence par l'amélioration qualitative du site, qui profite d'ailleurs aussi bien aux internautes handicapés qu'aux personnes valides. » Raison de plus pour s'engager sans tarder dans une telle démarche qui ne devrait pas longtemps se cantonner à la sphère du public.

Deux questions à Patrice Cailleaud (HandicapZéro)

Cette association a pour but de développer l'autonomie des déficients visuels dans tous les domaines. Son directeur de la communication répond à nos questions.

01 Informatique : L'accessibilité des sites Web va-t-elle dans le bon sens ?

Patrice Cailleaud : La loi a le mérite d'exister, même si elle ne s'applique pas aux sites privés. A ce jour, près de 95 % des sites, publics compris, ne sont pas accessibles aux déficients visuels et à l'ensemble des handicapés. Paradoxalement, les adaptations qui sont effectuées profitent principalement aux non-voyants. Les malvoyants, qui représentent la majorité des déficients visuels, sont mal pris en compte.

Les prestataires et les Webmestres sont-ils sensibles à la problématique de l'accessibilité ?

Les choses avancent à petits pas, mais l'offre en applications dédiées reste insuffisante. Les SSII on un rôle important à jouer dans la sensibilisation des administrateurs. Elles ont la capacité de faire avancer les choses en mettant en avant, sans cynisme, le potentiel important que représente le marché de l'accessibilité.


Pour en savoir plus

Braillenet.org : le site de référence pour l'accessibilité aux déficients visuels

Accessiweb.org : le portail de l'accessibilité

Une extension d'accessibilité pour le navigateur Mozilla

Une mine de conseils pour les développeurs

Un référentiel de bonnes pratiques



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