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[ INFRASTRUCTURE ]
Décisionnel : l'open source casse les prix
Les outils issus du libre abaissent les coûts de stockage des données et de création des rapports. Ils contribuent ainsi à populariser les outils décisionnels.

Frédéric Bordage , 01 Informatique (n° 1816), le 27/05/2005 à 07h00

Le décisionnel n'est plus réservé à une élite ayant des besoins évolués. Cette banalisation ­ du reporting, notamment ­ finit par coûter cher aux entreprises. Comme pour la bureautique, ces dernières se tournent peu à peu vers les solutions open source pour réduire leurs factures. C'est aussi un moyen de standardiser à bon compte leur infrastructure décisionnelle de base, à savoir l'entrepôt de données et le reporting de masse. « Les coûts de licence représentent souvent 50 % d'un projet, estime Boukhalfa Brahiti, cofondateur du cabinet de conseil Pragmatis Consulting. Le potentiel d'économie se chiffre en dizaines, voire en centaines de milliers d'euros. »

L'inflation du prix des solutions décisionnelles découle à la fois de l'augmentation des volumes de données à manipuler et du nombre d'utilisateurs concernés. « Les entreprises cherchent à mettre en oeuvre des outils de reporting de masse pour toucher tous les collaborateurs », indique Charles Parat, directeur conseil business intelligence de Micropole-Univers.

Économiser jusqu'à 50 % du coût du projet

Les plates-formes de reporting de masse synthétisent à intervalles réguliers des informations au sein de rapports et d'indicateurs prédéfinis. Ces données sont agrégées à l'aide de requêtes SQL, dont le résultat est présenté au sein de pages HTML, de documents PDF, ou de fichiers texte structurés pour un retraitement sur tableur. « Ces opérations ne nécessitent pas de technologie logicielle poussée, constate Nicolas Hoizey, responsable technique du cabinet de conseil Clever Age. Les entreprises ont donc intérêt à utiliser des briques open source pour réduire leurs coûts d'infrastructure. » Et économiser de cette façon entre 25 et 50 % du budget de leur projet.

Dans le domaine du reporting de masse, la bibliothèque de fonctions Jasper Reports s'impose comme le standard. Plus de 10 000 entreprises et éditeurs de logiciels l'utilisent déjà. Ainsi la société de services SQLI développe-t-elle avec Jasper Reports un système de génération de rapport HTML et de relevés de comptes au format PDF pour une banque privée. « Notre client a autant été séduit par la cohérence de l'architecture Java avec l'existant que par son prix, témoigne Jérôme Holvoet-Vermaut, directeur de projet pour la SSII. N'ayant pas besoin de fonctions complexes, il a privilégié une solution simple et gratuite. » Autre exemple : Structis, le GIE informatique de Bouygues Construction, a choisi la même bibliothèque de fonctions. Il développe les impressions d'une application web métier (gestion des cautions des chantiers), qui, à terme, sera utilisée par un millier de collaborateurs. « Avec Crystal Report, nous aurions dû débourser près de 100 000 euros », témoigne Ronan Le Gallo, architecte logiciel chez Structis. La légère perte de productivité au développement est largement compensée par la réduction des coûts de licence.

Les fonctions de base deviennent gratuites

Jasper Reports nécessite des développements additionnels. Ses auteurs ont pour cela fondé la société Jaspersoft, qui édite un serveur de rapports grâce auquel les utilisateurs finals créent leurs propres requêtes ad hoc sans aucun développement. Le projet Business Intelligence and Reporting Tools (Birt), de la fondation Eclipse, répond aussi aux besoins de reporting analytique ad hoc. Et autorise la création de rapports statiques et dynamiques. Paradoxalement, Birt est le fruit d'Actuate, un des éditeurs leaders du marché des outils de reporting propriétaires ! Actuate et Jaspersoft appliquent la stratégie qui a réussi à Sun avec Star Office (basé sur Openoffice.org), et à IBM avec Atlantic (qui s'appuie sur Eclipse). Ils délivrent gratuitement à la communauté le code source des services de base de leur produit pour faciliter son adoption, et commercialisent une version améliorée et un accompagnement payant (conseil, formation, support technique). Ainsi, seules les entreprises dont les projets sont vraiment critiques ou spécifiques devront payer pour un outil de reporting.

On observe la même volonté d'économie dans le domaine des entrepôts de données, où les responsables informatiques s'attendent à voir augmenter de 82 % les connexions concurrentes sur leur datawarehouse d'ici à 2006. Les volumes de données à stocker explosent eux aussi.

L'open source se mêle de datawarehouse

Les tarifs des bases spécialisées d'Oracle, IBM ou Teradata, souvent facturées en fonction d'un nombre de connexions concurrentes, encouragent les utilisateurs à se tourner vers l'open source. Sabre souhaitait enregistrer le comportement des internautes sur le site web Travelocity.com pour réaliser des analyses statistiques a posteriori. Et comprendre ainsi quels sont, pour eux, les éléments (prix, ergonomie, etc.) les plus importants dans leur acte d'achat de billet en ligne. « Notre base de données Teradata était surdimensionnée ­ tant sur un plan fonctionnel que financier. Nous avons donc opté pour MySQL », argumente Michael Benzinger, ingénieur de Sabre. L'entreprise a ainsi créé en trois semaines un entrepôt de données de plus de 4 To, en ne payant que le matériel. Coût de l'opération : 60 000 dollars seulement.

Même s'ils ne représentent que 2 % du marché des bases de données décisionnelles pour le moment, les logiciels MySQL et PostgreSQL devraient rapidement progresser grâce aux nouveaux projets de reporting. Une tendance qui n'a pas échappé à Business Objects. L'éditeur français vient de signer un accord avec MySQL AB. « De nombreuses entreprises ont besoin d'outils décisionnels, mais ne veulent pas les payer au prix fort, constate Zak Urlocker, vice-président marketing de MySQL AB. C'est, pour nous, une opportunité. » En l'espace de douze mois, un véritable écosystème décisionnel est apparu autour de cette base de données open source. L'éditeur compte de nombreux partenaires : Safe, Olap4All, Jasper Reports, Tableau et Business Objects, dont le PDG Bernard Liautaud a rejoint son comité de direction en septembre 2004. Il peut aussi revendiquer des références de clients prestigieux, tels Sabre Holding, Cox Communication, et l'éditeur O'Reilly.

Outre les économies potentielles, les entreprises cherchent à créer des grappes de serveurs standards peu coûteuses, complétant les plates-formes haut de gamme propriétaires et chères. La start up Greeplum se positionne sur ce marché en enrichissant PostgreSQL de fonctionnalités avancées : cluster intégré, ETL, moteur Olap, etc.

Le contexte

Deuxième priorité des entreprises, équiper les salariés d'outils décisionnels intervient juste après le besoin de sécurité. Tel est le résultat d'un sondage réalisé cette année par Gartner Research auprès de DSI américains.

La masse d'informations produite par les entreprises a plus que doublé entre 2001 et 2004, estime de son côté Forrester Research.

61 % de salariés en plus ont accédé à l'entrepôt de données de l'entreprise entre 2003 et 2004, selon ce même cabinet d'analyses.



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