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[ BUSINESS ]
Le jeu vidéo français fait feu contre les pouvoirs publics
Editeurs et studios français mettent en cause le gouvernement, peu empressé, selon eux, de soutenir un secteur menacé.

Guillaume Deleurence , 01net., le 24/05/2005 à 18h55

L'industrie française du jeu vidéo a-t-elle déjà un pied dans la tombe ? C'est ce que craint le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell). « Et si rien n'est fait, ce sera bientôt les deux pieds » , clame Jean-Claude Larue, délégué général de cet organisme qui regroupe les grands noms de l'industrie du jeu vidéo dans l'Hexagone.

Le Sell n'hésite pas à s'en prendre aujourd'hui directement au gouvernement, accusé de ne pas mettre ses actes en accord avec ses promesses de soutien. Au coeur de la polémique : un crédit d'impôt de production, doté d'une enveloppe annuelle de 30 millions d'euros. Selon le syndicat, il aurait déjà dû être mis en place pour venir en aide aux acteurs français. Un accord avait été trouvé en décembre 2004 avec les pouvoirs publics, sous réserve de l'indispensable approbation de Bruxelles.

« En contrepartie de ce crédit, nous nous étions engagés sur un planning de créations d'emplois, environ un millier », explique Geoffroy Sardin, directeur général France d'Ubisoft et président du Sell. « On pensait que le dossier serait soumis à Bruxelles en janvier », ajoute Jean-Claude Larue. Cinq mois après, il ne l'est toujours pas.

Lors d'une réunion le 13 mai dernier organisée avec les acteurs du secteur, le ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian, s'est contenté de renvoyer l'affaire à juin, sans plus de précision. Selon un observateur, cette entrevue avec Patrick Devedjian fut même « une mascarade, dont tout le monde est reparti furieux. Face à un secteur à l'agonie, voilà un ministre qui n'annonce rien et se fait même mousser ». Pire : les éditeurs y ont appris que la dotation du FAEM (Fond d'aide à l'édition multimédia), un soutien pour la création de prototypes de jeu, passait de 4 à 3 millions d'euros. Jean-Claude Larue parle d'une « extraordinaire déception ».

Une crise... sur fond de croissance

Selon les professionnels, le crédit d'impôt est une solution indispensable, car structurante sur le long terme. Il serait un moyen de combler l'écart de compétitivité dont souffre l'Hexagone par rapport aux pays d'Amérique du Nord et d'Asie. « Quand un jeu coûte 100 à produire en France, il atteint à peine 65 au Canada, sans compter l'effet de change, défavorable. Le crédit d'impôt est un moyen de combler ce différentiel de 35 », explique Geoffroy Sardin.

« Nous demandons pas, comme le cinéma, des avances sur recettes. Ni des mesures protectionnistes ou des subventions. Nous avons les talents en France pour nous battre. Et les pouvoirs publics devraient prendre en compte le fait qu'un emploi nouveau dans la création en engendre à terme trois autres dans la filière », indique Jean-Claude Larue. Loin de créer des emplois, le secteur du jeu vidéo en perd. En 2001, la filière française employait 2 000 personnes. Le chiffre a fondu à 500 aujourd'hui, dont la moitié portée par Ubisoft seul. Certaines équipes quittent le territoire français, comme les employés du studio Vibes, dont les actifs ont été rachetés, après sa faillite, par une entreprise chinoise.

Le soutien au secteur serait désormais une « question de semaines et non plus de mois », estime le Sell. « Si nous n'obtenons pas de réponses, certains studios de développement, dont la trésorerie se calcule en mois, devront fermer », confirme Geoffroy Sardin. En 2004, c'était le cas de plusieurs enseignes, comme Galilea ou Microïds. Le dernier en date à baisser le rideau s'appelle Titus.

Pour les professionnels du jeu vidéo, la crise française est d'autant plus regrettable que vont arriver les nouvelles consoles tout juste dévoilées au salon E3 . Et alors que le marché français des loisirs interactifs est, lui, en pleine forme. Selon le cabinet GfK, on trouve un ordinateur multimédia dans un foyer français sur deux et une console de jeu dans une maison sur quatre. Et il s'est vendu en 2004 près de 33 millions de logiciels de loisirs (CD-Rom et jeux pour console), pour un chiffre d'affaires de 1,117 milliard d'euros. C'est plus que les entrées au cinéma en 2004.

Autre preuve, c'est un jeu vidéo -  Grand Theft Auto San Andreas  - qui arrive deuxième des ventes de produits culturels en 2004, uniquement devancé par la trilogie Star Wars. GfK annonce même une année 2005 record pour les consoles vidéo - 2,816 millions d'exemplaires prévus en France - grâce au boom des modèles portables (1,5 million), qui devraient dépasser les consoles de salon.

Le top 10 des ventes de jeux en France

Le cabinet GfK a publié le top 10 des jeux vendus en France en 2004 :



1. GTA San Andreas (Rockstar)

2. Pro Evolution Soccer 4 (Konami)

3. Les Sims 2 (Electronic Arts)

4. Need fot speed Underground 2 (Electronic Arts)

5. Dragon Ball Z Budokai 3 (Atari)

6. Burnout 3 Takedown (Electronic Arts)

7. Driver 3 (Atari)

8. Final Fantasy X2 (Squaresoft)

9. Fifa 2005 (Electronic Arts)

10. Half Life 2 (Vivendi Universal)

Le numéro un de la liste a engrangé un chiffre d'affaires de 38 millions d'euros et son dauphin 26,5 millions.



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