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[ LE RENDEZ-VOUS DU CLUB DI ]
Logiciels libres : jusqu'où faut-il aller ?
Portail, application décisionnelle, infrastructure bureautique... Durant une matinée, les membres du Club DI ont confronté leurs projets sur le front des logiciels libres.

Cyril Dhenin , Décision Informatique (n° 634), le 09/05/2005 à 07h00

le 20 avril dans les locaux de la rédaction

Quel est le point commun entre une municipalité, une société spécialiste de l'intermédiation financière, une organisation professionnelle, une société de gestion immobilière et la gendarmerie nationale ? Tous étaient réunis à l'initiative du Club DI pour apporter leurs témoignages sur un seul et même sujet : le logiciel libre. Face à ces utilisateurs, un public tout aussi varié : représentants des ministères (de la Défense, de l'Intérieur, etc. ), de collectivités et d'entreprises privées.

Comme l'a rappelé, en introduction de la conférence, Renaud Bonnet, journaliste à Décision Informatique , de 1999 à 2005, le logiciel libre est passé du statut de « boîte à outils pour développeurs » à celui d'application apte à toucher toutes les couches du système d'information, des serveurs... aux postes clients (lire encadré). Ainsi, David Larose, directeur informatique et télécoms de la mairie de Drancy a, lors de sa prise de fonctions en 2002, découvert un paysage a priori peu encourageant : des utilisateurs peu formés à l'informatique, des serveurs dépassés, un réseau à reconstruire... « En fait, cette situation s'est révélée plutôt avantageuse pour déployer des logiciels libres. Ainsi, les utilisateurs étant peu formés aux outils, je n'avais pas à craindre les nostalgiques de Microsoft Office !  »

300 000 euros économisés en cinq ans

Résultat, trois ans plus tard, le SI de la mairie de Drançy ressemble à un véritable inventaire du logiciel libre : serveur de fichiers Samba, intranet géré par Apache-Tomcat, serveur de mails Postfix, groupware avec phpCollab, distribution Slack-ware... Quant aux postes clients, pour l'heure avec Windows 2000, ils accueillent Firefox pour le navigateur web, Thunderbird pour le client de messagerie et prochainement OpenOffice. La mairie de Drancy aurait-elle fait le choix du « tout-libre »  ? David Larose s'en défend : « Quand, pour une fonction précise, nous n'identifions pas desolution libre aboutie, nous ne forçons pas ce choix. » Active Directory a ainsi été conservé pour assurer la gestion des droits et le déploiement des packages sur les postes clients. Une combinaison de solutions libres et propriétaires qui porte ses fruits. « Le choix d'OpenOffice va nous faire économiser 300 000 euros en cinq ans. »

Faire des économies, c'est aussi l'une des raisons qui ont conduit la gendarmerie nationale à équiper ses postes de travail d'OpenOffice. De quoi économiser 2 millions d'euros par an sur l'achat des licences. « Mais ces économies n'expliquent qu'en partie ce choix, souligne le colonel Nicolas Géraud, responsable architecture et sécurité. Le travail effectué autour d'OpenOffice va de pair avec le développement d'une dynamique communautaire. » Dynamique qui se solde par une meilleure maîtrise des applications métier. Le logiciel d'aide à la rédaction des procédures, Icare, couplé à OpenOffice, a ainsi été développé au sein d'une telle communauté, ce qui garantit la cohérence des architectures autour des standards retenus (XML notamment, pour les échanges de documents).

Cette cohérence a séduit Carole Lawday, directrice technologique de Viel & Cie, spécialiste de l'intermédiation financière et producteur de sites. « Venant de la banque et d'un univers informatique très coloré grands systèmes, j'ai cherché à reproduire dans un contexte web les principes des architectures 3-tiers, et cela avec des exigences fortes en termes de performances et de capacité à tenir la charge », explique-t-elle. Une quête qui la mène vers les architectures Lamp (Linux-Apache-MySQL-PHP). « Le moins que l'on puisse dire, c'est que leur souplesse est éprouvée : en dépit des rachats et des changements de fournisseurs, nous avons su nous adapter. Aujourd'hui, il nous faut une journée de travail pour produire un site blanc exploitant nos architectures et une demi-journée pour ajouter un serveur. » Pas si mal avec une équipe de quatre personnes...

Autre exemple du rôle stratégique que jouent désormais les logiciels libres dans certaines entreprises, la Sagi. Désireuse de développer une culture économique et financière et d'intégrer l'ensemble du personnel (gardiens d'immeubles compris) au système d'information, cette société de gestion immobilière a décidé de mettre en oeuvre une solution décisionnelle accessible par l'intranet. Si l'ensemble exploite une base Oracle, c'est l'environnement PHP et, plus précisément, le framework PHPlib qui a été utilisé pour bâtir l'application. « Initialement, PHPlib ne devait être utilisé que pour la maquette, relate Philippe Tran, chef de projet. Vu les performances obtenues, la maquette est finalement passée en production ! » Reste qu'il avoue avoir prévu à l'époque un plan B , au cas où... Autre conseil, savoir se faire épauler par un prestataire spécialiste des logiciels retenus.

Le spécialiste du libre : intégrateur ou éditeur ?

Sur ce sujet, Bassem Asseh, qui a assuré la direction du projet portail de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), précise : « Il est important d'être soutenu par un ou des prestataires compétents pour les briques sélectionnées. Cependant, pour que ce soutien soit efficace, il faut bien clarifier le rôle de ce prestataire dès le départ : va-t-il assumer une fonction d'intégrateur ou d'éditeur ? » Dans le cas du portail de la CNCC, Nuxeo est intervenu en tant qu'éditeur, comme expert de Zope/CPS, tandis qu'Unilog Management a oeuvré en tant qu'intégrateur. Une combinaison qui a permis de tenir les délais pour un projet avoisinant les 1 300 jours/homme. « Comparé aux autres propositions que nous avons reçues, le coût initial de cette solution était assez proche, reconnaît Bassem Asseh. En revanche, dans la durée, les coûts de maintenance font toute la différence... en faveur du libre. » Ironie de l'histoire, le fameux TCO, largement exploité par les éditeurs commerciaux, devient l'un des arguments-clés du logiciel libre.


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