Allez plus loin dans le numérique

L'ADSL met le turbo

1. ADSL2+, ADSL Max : toujours plus !
Dégroupage, éligibilité, DSlam, téléphone sur ADSL, présélection : voici les clés pour comprendre les nouvelles offres à très haut débit.

Stéphanie Molinier et Alain Steinmann, avec Maxime Rabiller , L'Ordinateur Individuel (n° 171), le 01/04/2005 à 00h00

Retour en arrière. Il y a trois ans, l'Internet haut débit par l'ADSL se résumait à deux offres basiques et identiques chez tous les fournisseurs d'accès : un débit de 128 kbit/s (kilobits par seconde) pour 30 euros, et de 512 kbit/s pour 45 euros. Depuis, tout a changé. A commencer par les débits proposés : aujourd'hui, ils ne s'expriment plus guère en kbit/s mais plutôt en Mbit/s (mégabits par seconde), dénommés « mégas » dans les offres commerciales. On trouve aujourd'hui cinq offres différentes : le 512 kbit/s, le 1 Mbit/s (1 méga), le 2 Mbit/s (2 mégas), l'ADSL Max et l'ADSL 2+. Si les trois premières offres sont simples à comprendre (en souscrivant, on obtient plus ou moins le débit annoncé), les deux dernières sont plus complexes, car elles ne correspondent pas à un débit fixe. L'ADSL Max promet entre 2 et 8 mégas, l'ADSL 2+ entre 4 et 20 mégas. L'abonné ne peut connaître son débit qu'une fois la ligne activée (voir « Et vous, à quel débit aurez-vous droit ? » ).

Le dégroupage a tout changé

Mais au-delà des débits proposés, l'ADSL a aussi changé, en coulisses, dans le central France Télécom où aboutit la ligne de l'abonné. Auparavant, France Télécom branchait la ligne de l'abonné sur un équipement spécifique, le DSlam, pour le connecter au réseau Internet, les données numériques étant acheminées par l'opérateur historique vers les serveurs du FAI choisi par l'abonné. Dans les faits, un client d'AOL et un client de Club-Internet étaient reliés au même DSlam, géré par France Télécom, ce qui ne permettait pas à chaque FAI de proposer des services spécifiques comme le téléphone ou la télévision. Tout a changé avec le dégroupage : les FAI ont installé leurs propres DSlam dans les centraux de France Télécom. La ligne téléphonique de l'abonné est alors coupée du réseau de l'opérateur historique et raccordée au DSlam du FAI, qui peut proposer les services qu'il désire. Evidemment, les FAI n'ont pas installé leurs DSlam dans l'ensemble des 12 000 centraux de France Télécom répartis dans toute la France : tandis que les internautes des villes et de leur périphérie peuvent bénéficier des nouveaux services autorisés par le dégroupage, les autres, habitant à la campagne dans des zones non dégroupées, doivent se contenter du service commun. Le dégroupage permet aux FAI de proposer des offres de téléphone ou de télévision par ADSL, et d'accès Internet en ADSL2+ (voir « Parlez-vous ADSL ? » ). Tous les FAI n'ayant pas dégroupé les mêmes zones géographiques, il faut consulter le site de chacun d'eux (en simulant une procédure d'abonnement) pour connaître le débit et les services auxquels on peut prétendre...

Parlez-vous ADSL ?
Méga

Synonyme de Mbit/s, exprime le débit de la ligne ADSL. Un débit de 2 mégas, ou 2 Mbit/s, équivaut à 2 048 kbit/s et permet de télécharger des fichiers à la vitesse maximale de 250 Ko/s.

Dégroupage, zone dégroupée

Pour proposer des services supplémentaires (télévision, téléphonie) à leurs abonnés, les fournisseurs d'accès doivent installer leurs propres équipements (notamment un DSlam) dans les centraux téléphoniques de France Télécom. La ligne de l'abonné doit alors être dégroupée : le fil de cuivre est relié au matériel du fournisseur d'accès. Le dégroupage est soit partiel (seule la partie de la ligne transportant les données est raccordée au DSlam du FAI, la partie sur laquelle circule la voix demeure branchée aux équipements de France Télécom), soit total (l'intégralité de la ligne est raccordée aux équipements du FAI). Une zone dégroupée désigne un central France Télécom dans lequel certains FAI ont installé leurs équipements. Les FAI choisissent les zones qu'ils dégroupent, elles diffèrent d'un fournisseur à un autre.

Zone non dégroupée

Elle désigne un central de France Télécom dans lequel les FAI n'ont installé aucun équipement. Il reste possible de s'inscrire à l'ADSL dans ces zones : France Télécom branche la ligne téléphonique de l'abonné sur ses propres DSlam et se charge alors de récupérer le trafic Internet et de le transmettre aux FAI. Tous ne proposent pas une offre en zone non dégroupée et, lorsque c'est le cas, les services sont restreints (pas de télévision) et les débits, plus faibles (pas d'ADSL 2+). Dans le jargon des FAI, les offres en zone non dégroupée sont baptisées IP ADSL (ou option 5) ou ATM Collect (ou option 3).

DSlam

Equipement installé dans les centraux de France Télécom, chargé de convertir le signal analogique de la ligne téléphonique en flux numérique transmis sur Internet.

Dégroupage partiel

Opération qui consiste à séparer la ligne de l'abonné en deux. La partie de la ligne transportant la voix (sur les fréquences basses) demeure reliée au réseau de France Télécom ; celle acheminant les données Internet (sur les fréquences hautes) est raccordée aux équipements du FAI.

Dégroupage total

Opération qui consiste à débrancher la ligne de l'abonné pour la relier aux équipements du FAI. Dans ce cas, l'abonné ne peut plus passer d'appels téléphoniques sur le réseau de France Télécom. Pour appeler un correspondant, il doit ­chez tous les FAI, excepté Telecom Italia­ raccorder son téléphone à son modem (Freebox, Neuf Box, etc.). Il ne paie plus d'abonnement mensuel à l'opérateur historique, mais ne doit pas pour autant résilier son contrat, ce qui entraînerait la coupure de la ligne.

Téléphone sur ADSL

Technique d'acheminement des communications vocales par ADSL. L'abonné doit brancher un téléphone sur le modem chargé de numériser la voix (Freebox, Neuf Box), fourni par son FAI. Le téléphone par ADSL permet d'appeler n'importe quel correspondant, même s'il n'est pas raccordé à l'ADSL.

Téléphone par présélection

Technique qui consiste à remplacer l'opérateur chargé de transporter les communications vocales de l'abonné. Ce dernier ne change rien à ses habitudes : il laisse son téléphone branché sur la prise téléphonique et compose ses numéros normalement, en les faisant débuter par le 0, pour les numéros français. Seule différence : dans le central dont dépend la ligne, France Télécom transfère le trafic à un autre opérateur, qui achemine ensuite les conversations en appliquant ses propres tarifs. Il est possible de souscrire à une offre de téléphone par présélection sans souscrire à l'ADSL. En revanche, de nombreuses offres ADSL nécessitent de s'abonner au téléphone par présélection. Il reste possible de passer ses appels par l'opérateur historique en composant le 8 au lieu du 0, à condition d'avoir demandé cette option à son agence France Télécom.

Eligibilité

Capacité d'une ligne téléphonique à supporter l'ADSL, déterminée par la distance entre la prise de l'abonné et le central France Télécom, ainsi que le diamètre de la ligne. Certaines lignes, très longues, ne sont éligibles qu'à un débit minimal. Une mauvaise installation chez l'abonné (rallonge défectueuse, perturbations électromagnétiques) peut remettre en question l'éligibilité de la ligne.

Télévision par ADSL

Technique qui consiste à transporter des flux télévisés (compressés en MPeg2) sur le réseau ADSL. Pour en profiter, l'abonné doit utiliser un modem spécifique (Freebox, Neuf Box, etc.) et le relier à son téléviseur. Plusieurs bouquets sont disponibles, selon les FAI. Tous ceux proposant la télévision par ADSL rediffusent les bouquets TPS et/ou CanalSatellite ; certains ont, en plus, composé leurs propres bouquets de chaînes (FreeTV, Neuf TV).

ADSL Max

Technique qui consiste à fournir à l'abonné le débit maximum supporté par sa ligne et le DSlam auquel il est relié, sans changement d'installation. Le débit maximal en ADSL Max est de 8 mégas.

ADSL 2+

Technique permettant de multiplier par deux, voire trois, le débit maximal autorisé par l'ADSL. Elle nécessite de changer à la fois le DSlam présent dans le central téléphonique et le modem de l'abonné qui doit être compatible avec l'ADSL 2+.


Et vous, à quel débit aurez-vous droit ?

Ne vous emballez pas en regardant les publicités des fournisseurs d'accès. Vous n'obtiendrez presque jamais les débits promis par ces offres alléchantes. En effet, celles dites ADSL Max permettent d'atteindre un débit jusqu'à 8 mégas. Mais en fonction de la distance séparant votre prise téléphonique de votre central France Télécom, vous obtiendrez souvent moins. Plus votre ligne est longue, plus le signal sera atténué et moins votre débit sera élevé. Hélas, il n'est pas possible de connaître le débit effectif supporté par une ligne avant de la raccorder, mais seulement de réaliser des estimations (sur le site www.degrouptest.com , par exemple). Si vous n'êtes pas satisfait de votre débit, opter pour une offre identique auprès d'un autre fournisseur d'accès ne vous permettra pas ­dans la très grande majorité des cas­ d'accroître la capacité de votre ligne, qui dépend de critères techniques. Méfiez-vous aussi des offres de type ADSL 2+ permettant d'obtenir jusqu'à 20 mégas. Pour activer l'ADSL 2+, les FAI doivent remplacer certains éléments de leurs DSlam.Free, par exemple, n'a mis à jour qu'environ 60 % de ses DSlam en France. Si le DSlam dont vous dépendez n'a pas bénéficié d'une telle mise à jour, votre débit sera limité à celui de l'ADSL Max, soit environ 8 mégas. Un détail que beaucoup de publicités oublient de signaler... Par ailleurs, certains fournisseurs d'accès préfèrent utiliser l'appellation, plus flatteuse, de « débit ATM » . Il s'agit du débit entre le réseau Internet et le DSlam du FAI. Pour connaître le débit réel de la ligne, aussi dénommé « débit IP » , il faut soustraire environ 25 % du débit ATM. Ainsi, 10 mégas en ATM donnent 7,5 mégas réels et 20 mégas ATM, 15 mégas réels. Une complication supplémentaire dont on se passerait bien...



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