
[ ADIEU BOÎTE À CHAUSSURES ]
Conserver et retrouver ses photos numériques
Avec le numérique, la photo devient un simple fichier. Cela prend certes moins de place, mais pose de nouveaux problèmes. Enquête et témoignages.
Luc Saint-Élie , Micro Photo Vidéo (n° 4), le 22/04/2005 à 07h00
Le numérique, c'est formidable : textes, musiques, photos, vidéos... tout ce qui prenait avant tellement de place se présente désormais sous forme de fichiers informatiques qui peuvent être stockés par milliers sur un disque dur ou quelques CD et DVD. Sans doute... Sauf que ce passage du matériel à l'immatériel pose tout de même deux questions importantes. D'abord, comment retrouver facilement une image dans cet amas de fichiers ? Ensuite, comment peut-on s'assurer que ces fichiers seront toujours lisibles dans dix ou vingt ans ?
La réponse à la première question est, en apparence, assez simple : pour retrouver facilement ses photos, il faut les classer ! Oui, mais avec des centaines, voire des milliers de fichiers informatiques identiques stockés sur un disque dur, les choses peuvent vite tourner au casse-tête.
Bien sûr, il existe pour cela des logiciels. L'offre est même aujourd'hui pléthorique : ils sont gratuits (comme Picasa, diffusé par Google, mais hélas uniquement en version anglaise), payants à l'instar d'ACDSee ou d'iViewMedia pro, ou encore livrés par les constructeurs avec les appareils photo numériques (lire MPV n° 3). De plus en plus de logiciels de retouche proposent également des fonctions de catalogage. La dernière version de Photoshop Elements, par exemple, a intégré l'ancien Photoshop Album pour la gestion de la photothèque, et cette tendance se répand.
Leur promesse est simple : « Laissez-moi gérer vos photos, vous pourrez les classer, les retrouver facilement, graver des sélections, leur affecter des mots-clés pour faciliter la recherche, etc. » En résumé : un iconographe à portée de la souris ! Mais si ces logiciels peuvent effectivement s'avérer très utiles, et même parfois redoutablement efficaces, leur confier la globalité de la gestion de votre photothèque n'est pas une bonne idée.
Cette affirmation peut paraître étrange (ces logiciels sont justement prévus pour gérer votre photothèque), mais il faut garder à l'esprit qu'un archivage de vos images est censé durer dans le temps. Même si le logiciel que vous utilisez aujourd'hui pour les classer vous donne parfaite satisfaction, vous n'avez aucune garantie qu'il existera toujours dans cinq ou dix ans. Et alors, adieu vos classements ! La solution ? Ne pas laisser ce logiciel organiser vos fichiers et le cantonner au rôle (important) de système de recherche, d'affichage des vignettes, etc.
Pour le classement, il est plus prudent d'utiliser une méthode traditionnelle basée sur une hiérarchie de dossiers ainsi que sur l'enrichissement des photos en utilisant les « métadonnées » . En procédant de la sorte, le logiciel pourra retrouver facilement une photo et si, pour une raison quelconque, vous devez changer de logiciel, votre classement n'en sera pas affecté. La capacité d'un logiciel à se baser sur le classement des images que vous avez mis en place est donc un critère de choix. Certains, comme par exemple iPhoto sur Macintosh, utilisent uniquement leur propre base de données pour gérer les images, ce qui fonctionne parfaitement bien... mais uniquement sur Mac, et avec iPhoto.
Exploiter les « métadonnées » cachées dans les images
Les fichiers que vous récupérez de votre appareil pour les copier sur votre ordinateur ne contiennent pas seulement la photo que vous voyez à l'écran, mais aussi deux ensembles d'éléments liés à la photo, qui peuvent servir au classement et à la recherche des images : Exif et IPTC. Sous ces acronymes barbares se cache tout simplement une sorte de petite base de données de caractéristiques.
Les premières données sont fournies par l'appareil. Lorsque vous prenez une photo, celui-ci inscrit dans la zone Exif du fichier des informations qui vont de la date de la prise de vue au fait que vous ayez ou non utilisé le flash. Les champs IPTC permettent d'ajouter de très nombreuses informations : titre de l'image, nom du photographe, sujet, etc. Mais ils ne sont pas remplis par l'appareil ; il faut d'abord transférer sa photo sur ordinateur, puis intervenir par l'intermédiaire d'un logiciel.
Certains programmes de traitement d'images disposent de cette option, mais pas tous. Il existe aussi de petits utilitaires, généralement gratuits, qui permettent de remplir les champs IPTC (vous en trouverez sur telecharger.com ). Une fois ces champs remplis, votre photo est accompagnée d'une véritable étiquette. Il devient alors possible d'effectuer une recherche directement dans le stock d'images. Cette possibilité est utilisée par la plupart des logiciels de gestion de catalogues de photos, mais « l'étiquette » est également accessible directement depuis Windows XP.
Si, par exemple, vous avez stocké sur votre disque une photo de vos vacances à la montagne et tapé « Vacances à la montagne » dans la zone Titre des champs IPTC de cette photo, il vous suffit d'utiliser la fonction de recherche de Windows XP pour la retrouver. Du moins en principe... car cela ne fonctionne pas toujours très bien.
Une solution plus efficace consiste à utiliser un « moteur de recherche interne », en particulier Copernic Desktop Seach (gratuit, à télécharger sur Copernic.com ), qui fonctionne très bien pour les photos.
La pérennité des formats d'image en question
La question de la lisibilité des fichiers dans les années à venir est à la fois importante et nouvelle. Le film a connu de nombreuses évolutions, vu défiler de nombreux formats, mais une photo réalisée sur une plaque de verre au début du siècle dernier peut toujours être tirée sur papier aujourd'hui. Et si vous disposez dans votre grenier de vieilles archives familiales, vous pourrez sans trop de difficulté les exploiter. En revanche, il est beaucoup moins certain que nos enfants puissent réutiliser les images que nous prenons aujourd'hui, si l'on se contente de faire confiance à la technologie.
D'abord, pour des raisons de format. Tous les appareils produisent aujourd'hui des images au format JPeg, standard qui offre vraisemblablement une certaine garantie de pérennité. Il en va tout autrement pour les fichiers Raw. Plus riche en informations que le JPeg, et non compressé, le format Raw est souvent présenté comme le « négatif numérique ». Malheureusement, il n'est pas standardisé, et présente des différences selon les marques, voire les modèles d'appareils. Seule l'existence d'une « librairie » contenant ces différences (qui doit être régulièrement mise à jour) permet aux logiciels de retouche de les lire tous.
Conserver des fichiers Raw présente donc un véritable risque : vous n'avez aucune garantie que, dans dix ans, les fichiers CRW de votre Canon EOS 300D, par exemple, seront toujours lisibles. Pour se garantir contre les mauvaises surprises, il est donc prudent de convertir ses fichiers Raw en JPeg et de conserver les deux versions. Du moins pour l'instant ; Adobe essaie d'installer un nouveau format, le DNG, qui permettrait de convertir les fichiers Raw en gardant leurs caractéristiques, avec une meilleure assurance de pérennité pour l'avenir. Mais rien ne dit qu'il y parviendra.
La pérennité des supports d'archivage n'est pas assurée
Deuxième problème : les supports de stockage. Si les photos sur films réalisées il y a un demi-siècle peuvent encore être tirées sur papier de nos jours, nous n'avons aucune garantie que les supports numériques que nous employons aujourd'hui soient lisibles dans quinze ans.
Sans même s'attarder sur le cas de la disquette 5 pouces 1/4 totalement disparue (et son homologue 3,5 pouces n'en est pas loin), d'autres supports de sauvegarde très en vogue il y a quelques années n'existent quasiment plus. Qui se souvient du Syquest 44 ? Pas grand monde. Pourtant, il y a encore dix ans, ce système était un standard dans les milieux du graphisme. Et qui utilise encore un lecteur Zip ? Personne. Chaque fois qu'un format est abandonné, les lecteurs deviennent rapidement introuvables.
Vous pensez être à l'abri avec le CD ? Erreur ! Il est en train de se faire supplanter par le DVD. Or, la technologie utilisée pour lire les CD et les DVD n'est pas tout à fait la même. Pour pouvoir lire les CD, le lecteur de DVD doit être équipé d'un système optique à double focalisation car la longueur des micro-cuvettes et la largeur de piste sont différentes. De plus, la couche réfléchissante n'est pas située dans le même plan.
Actuellement, la plupart des lecteurs sont équipés de ce dispositif afin de préserver le parc de titres CD existant, mais il représente un surcoût et sera très probablement abandonné par les fabricants lorsque les CD seront devenus obsolètes. Il n'est donc pas farfelu de penser que, dans une quinzaine d'années, les CD d'aujourd'hui seront illisibles.
Et, malheureusement, ce n'est pas tout ! Car les CD et DVD gravés sont sensibles à la lumière, à l'humidité, aux trop fortes et trop faibles températures. Pire encore : selon la qualité de la couche réfléchissante, un CD ou un DVD, même bien conservé, peut devenir illisible au bout de quelques années (lire encadré p. 24).
Il reste... le papier !
Finalement, le support le plus stable dans le temps reste pour le moment le disque dur. Un PC d'aujourd'hui peut lire un disque vieux d'une dizaine d'années... Mais pas un Mac ! Car, entre-temps, le bus SCSI a été remplacé par l'IDE. Et il est en train de se produire la même chose pour les PC, où le Serial ATA supplante désormais l'IDE. On trouve certes des boîtiers pour lire d'anciens disques sur de nouvelles machines, mais pour combien de temps ?
Et les cartes mémoire ? Leur prix baissant régulièrement, l'idée de les utiliser comme support de stockage permanent pourrait finir par devenir crédible. Mais il est encore trop tôt, car aucun standard n'est établi. Après quelques années de vie à peine, certains formats de carte sont déjà en voie de disparition, comme le SmartMedia. En outre, les car tes sont assez fragiles.
Une expérience vécue par Emmanuel Anselmi : « Dans mon appareil, j'utilise des cartes CompactFlash de petite taille à 256 Mo (haut-débit Type Sandisk Ultra2). Je préfère plusieurs cartes plutôt qu'une carte de grande capacité car, en cas de choc électrostatique ou de panne, la perte de 80 photos fait moins de peine que 300 ou 400 photos... Surtout lors d'un voyage à l'étranger ! Cela m'est arrivé l'été dernier au Maroc : je n'ai perdu que 20 photos. Ma carte était devenue vierge. Heureusement, j'ai réussi à en récupérer 80 % grâce à un logiciel gratuit (Smart Recovery de PC Inspector). Mais j'ai vraiment eu chaud ! »
Ce tableau peut paraître sombre. Il est malheureusement réaliste. Il faut donc être conscient que le stockage de données numériques ne peut se concevoir que comme un processus itératif, à renouveler à date régulière en recopiant ses archives numériques sur de nouveaux supports au fur et à mesure des évolutions techniques. Et, en l'état actuel des choses, il faut bien reconnaître que le moyen le plus sûr pour que ses précieux clichés puissent être vus par les générations futures reste encore... de les imprimer ou de les faire tirer sur papier !
C'est la question que se posent tous les gros producteurs d'images numériques. Stocker oui, mais sur quoi et pendant combien de temps ? Question à laquelle le spécialiste répond de façon iconoclaste : et si cette pérennité n'avait pas grande importance vu que de toute façon rien ne nous garantit que les supports d'aujourd'hui seront lisibles demain ?
Des approches différentes pour l'organisation des photosArchiver les photos, c'est bien, mais comment faire pour les retrouver ? Les stratégies de classement sont variables en fonction des expériences mais, globalement, plus les images s'amoncellent et moins ce classement repose complètement sur des logiciels dédiés.
Un terme barbare pour une fonction bien pratiqueLes métadonnées commencent à séduire les amateurs, même Windows XP les reconnaît.
C'est la durée de vie d'un DVD. En pratique, elle est dépendante des conditions de stockage et s'avère donc plus courte... (Source OSTA)
4 millions... d'appareils photo numériques vendus pendant la seule année 2004, en France. (Source GFK)
40 millions... de DVD vierges vendus en 2004, en France. La même année, il s'est vendu 312 millions de CD vierges. (Source GFK)

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