C'est une véritable petite révolution qui a frappé le paysage audiovisuel français le 31 mars avec l'arrivée de la TNT, la télévision numérique terrestre. Non seulement les sept chaînes hertziennes traditionnelles sont passées au numérique, offrant une image similaire à celle du satellite (et parfois proche du DVD-vidéo), mais elles ont fait des émules. Les téléspectateurs peuvent zapper désormais sur deux chaînes musicales (M6 Music et NRJ TV), deux généralistes (NT1 et TMC), une événementielle faisant la part belle au direct (Direct 8), une publique consacrée au sport et à la fiction (France 4) et une consacrée à la politique (LCP/Public Sénat).
Pour cela, aucun abonnement n'est nécessaire, il suffit d'acquérir un décodeur à raccorder entre l'arrivée de l'antenne hertzienne et le téléviseur. En réalité, tout le monde ne peut pas en profiter immédiatement puisque le déploiement des sites de diffusion de la télévision numérique terrestre s'opère progressivement. Ainsi, aujourd'hui, seule 35 % de la population est couverte par les 17 sites de diffusion en activité. Paris et sa région, mais aussi Bordeaux, Brest, Lille, Lyon, Marseille, Niort, Rennes, Rouen, Toulouse et Vannes sont déjà en mesure de profiter de la télévision numérique. L'objectif pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel est de parvenir à couvrir la moitié de la population en septembre prochain (avec 32 sites) et toucher 80 à 85 % des Français en 2007 avec 115 sites.
Le numérique fait de la place
Si le gouvernement s'est décidé à lancer la France dans cette révolution cathodique, c'est parce que notre système télévisé hertzien montrait des signes de fatigue et d'obsolescence. De longue date, la saturation des fréquences disponibles en analogique interdisait l'arrivée de nouvelles chaînes dans le PAF (le Paysage audiovisuel français). Cela contribuait à réduire ostensiblement le poids de la « télé de papa » face au câble et au satellite, qui offrent plus de chaînes, une meilleure qualité d'image et de son, le format 16/9, un vrai guide des programmes et non un télétexte ainsi que des services à la carte (mail, météo, offres d'emploi...). Pour réparer cette anomalie, la TNT emprunte la technologie DVB (Digital Video Broadcasting), utilisée par les bouquets satellites pour démultiplier le nombre de fréquences disponibles.
Schématiquement, les chaînes sont d'abord compactées en Mpeg-2 (la norme de compression vidéo déjà utilisée pour le DVD-vidéo et le satellite) afin de réduire leur débit par dix (avec un débit final compris entre 1,5 et 15 Mbit/s). Elles sont ensuite rassemblées par groupe de six pour créer un « multiplex » de programmes (voir glossaire). Ce multiplex de six chaînes occupe l'espace d'un seul canal analogique, ce qui explique la possibilité théorique de « faire passer » 36 chaînes numériques en lieu et place des six traditionnelles.
En parallèle, la diffusion analogique des six grandes chaînes sera maintenue encore des années pour garantir la réception de la télévision à tous ceux qui ne voudraient pas acheter de décodeur ou qui ne seraient pas couverts par la TNT dans leur région. Il a donc fallu trouver de la place à côté des fréquences analogiques déjà utilisées en exploitant les canaux dits tabous .
En attendant les chaînes payantes
D'ici à octobre 2005, seules les chaînes gratuites, compressées en Mpeg-2, auront l'autorisation d'émettre. Mais par la suite, l'offre de programmes de la TNT s'élargira avec une quinzaine de chaînes payantes. Celles-ci ne seront pas encodées en Mpeg-2 mais en Mpeg-4. Ce choix technique s'explique par la volonté d'introduire une image plus « piquée », où la définition atteint les 1920 x 1080 pixels, contre 720 x 576 pixels actuellement. On parle alors de télévision haute définition (TVHD) avec des débits de diffusion compris entre 2,5 et 25 Mbit/s.
Mais d'autres services feront leur apparition pour achever de convaincre les téléspectateurs de s'abonner à ces nouvelles chaînes payantes. Parmi eux, le format panoramique 16/9, le sous-titrage en français d'un film diffusé en version originale, le son multicanal (5.1), des services interactifs (participation à un jeu télévisé avec sa télécommande) ou, encore, l'achat à la séance de matchs de football. On pourra aussi gérer sa paperasserie administrative (impôts notamment) grâce à son téléviseur, histoire de se convaincre un peu plus que regarder la télévision peut-être utile...
Multiplex
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Il s'agit d'un « train numérique » permettant de combiner plusieurs programmes (jusqu'à six) et services dans un seul canal de télévision, au lieu d'un unique programme dans le cas de la télévision
analogique. L'assemblage des multiplex s'effectue au niveau des têtes de réseau nationales, régionales ou locales : c'est à ce stade que sont ajoutés dans le flux MPeg les données associées (sous-titrage, système de navigation, services
interactifs) ou les services de cryptage (paiement à la séance, abonnement).
Canaux tabous
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Ce sont les canaux interdits aux émissions analogiques sur un site donné. Pour le canal N de l'émetteur en service sur le site de diffusion, les canaux tabous sont les deux canaux adjacents (N-1 et N+1), les canaux de l'oscillateur
local du récepteur (N-4 et N+4) et les canaux conjugués par rapport à l'oscillateur local du récepteur (N-9 et N+9). En diffusion analogique, les canaux adjacents sont brouillés par le canal principal ce qui rend leur exploitation
impossible.
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