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Le Vercors expérimente le haut-débit
Wi-Fi, satellite, ADSL, et bientôt fibre optique et WiMAX : le parc naturel régional du Vercors mise sur toutes les technologies pour désenclaver les 37 000 habitants du plateau.

Renaud Bonnet , Décision Informatique (n° 626), le 14/03/2005 à 07h00

Un espace de 186 000 hectares, dont 100 000 de forêts, étagés entre 180 et 2 341 mètres d'altitude, avec un célèbre haut-plateau, le tout à la frontière des départements de l'Isère et de la Drôme. Le Vercors, c'est également une réserve naturelle de 16 000 hectares et 37 000 habitants répartis dans 72 communes. Si le parc naturel régional du Vercors (PNRV) a été créé en 1970 pour préserver cet environnement exceptionnel, « nous faisons ici aussi un travail sur le développement local, en même temps que sur la préservation du patrimoine rural. Nous avons une vocation d'expérimentation », explique Yann Buthion, chargé de mission TIC au PRNV. Vocation qui se trouve sollicitée fin 2001, lorsque le bureau du parc se prononce en faveur du désenclavement numérique du Vercors. Mais, comment s'y prendre, et avec quelles technologies, sachant qu'il n'existe pas d'infrastructures et qu'aucun opérateur ne s'est présenté ? Le parc commande au cabinet Tactis une étude sur l'état des infrastructures, les utilisateurs probables et l'établissement d'un schéma global pour le déploiement du haut-débit. « Nous avons aussi lancé une enquête par le biais du journal du parc, qui nous a rapporté 500 réponses », rappelle Yann Buthion, une preuve d'intérêt jugée satisfaisante. Le parc élabore alors un contrat numérique, cadre réglementaire, juridique et financier de l'opération haut débit, qui comporte quatre volets : le développement des usages et des services, six expérimentations pour déterminer les choix techniques, le déploiement à terme d'une fibre optique pour préparer l'avenir, et un programme de généralisation de l'accès au haut-débit dans le parc. En attendant de disposer d'une solution globale, il est jugé nécessaire de répondre à la demande dans des localités où elle est particulièrement forte, étant donné la présence de télétravailleurs ou d'activités locales liées à l'informatique.

Des expérimentations multiples

Les expérimentations débutent en 2004 avec Territoires sans fil, un prestataire spécialisé dans la fourniture d'accès Internet à haut débit sans fil, et PhéBus, une SSII de la région. « Nous avons d'abord eu recours au service satellitaire bidirectionnel d'Aramiska, avec 2 Mbit/s en voie descendante, 512 kbit/s en voie montante. Dans chaque site, nous installons une parabole et un réseau Wi-Fi local pour la distribution auprès des abonnés », relate Yann Buthion. Deux communes proches (Saint-Martin-en-Vercors et La Chapelle-en-Vercors) partagent un même accès satellitaire, et un second réseau est mis en oeuvre à Sain-Julien-en-Quint. La desserte locale se fait en 802.11b. « Nous pensions être limités à 2 km, mais en fait, nous parvenons à exploiter le signal sur 5 km environ avec les points d'accès Alvarion que nous avons mis en place », souligne le chargé de mission.

Modèle original, dans chaque commune expérimentatrice se crée une association, qui devient opérateur local en prenant en charge l'abonnement, la facturation, et parfois le déploiement du matériel de réception. « Les membres de l'association vérifient que le signal est correct, puis l'abonné reçoit une antenne externe qui alimente soit une borne intérieure avec un sous-réseau sans fil, soit, dans la majorité des cas, une simple prise Ethernet, soit, dans le cas d'un hôtel, un réseau CPL », explique Yann Buthion. Le financement des opérations est assuré par le PRNV, les départements de la Drôme et de l'Isère, la région Rhône-Alpes, l'État et l'Europe. « Ces subventions ont payé les infrastructures et la première année d'abonnement » , précise-t-il. Un accès satellitaire est facturé 5 300 euros par an, et l'abonnement individuel est fixé à 25 euros par mois, plus les premiers frais d'installation.

Les limites du satellite

Les retours de l'expérience satellite sont critiques. « Le souci vient du temps de latence trop important, de l'ordre d'une seconde à une seconde et demie. Cela pose problème pour le transfert d'une quantité importante de petits fichiers : chaque fichier demande une nouvelle négociation et donc une latence supplémentaire. Une agence web locale est arrivée à la conclusion qu'il était plus rapide de revenir à une simple connexion RTC. » En revanche, les points d'accès locaux prouvent leur fiabilité. « Ce sont des modèles conçus pour l'extérieur, et garantis jusqu'à 40° C. Je les ai même vus fonctionner alors que les antennes étaient recouvertes de 2 cm de glace », témoigne Yann Buthion. Les essais par satellite s'imposaient du fait de l'absence de plaques ADSL, mais France Télécom a révisé sa politique de déploiement, allant jusqu'à installer ses services... dans des zones que le parc commence à équiper en satellitaire. « Dans le même temps, on voit apparaître dans le parc des zones dégroupées et d'autres pas, ce qui accroît encore le fossé numérique, constate le chargé de mission. Comme alternative à l'accès par satellite, à Pont-en-Royans, un pont Wi-Fi de deux fois 2 km a été déployé par PhéBus, sur lequel nous agrégeons plusieurs liens ADSL. Dans ce cas, nous n'avons que l'aspect radio à gérer, plus familier que le satellite. PhéBus s'est engagée à installer les mêmes équipements que Territoires sans fil, ce qui simplifie la maintenance. » Ce réseau inauguré en février 2005 résout le problème de latence si bien que le parc envisage de recourir à la même technologie pour les deux déploiements expérimentaux encore à venir. L'étape suivante, lorsque les conseils généraux l'auront décidé, sera d'installer une fibre optique et d'assurer une desserte locale, « probablement en WiMAX quand la technologie deviendra accessible », indique Yann Buthion.

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Si vous êtes pressé

Le parc naturel régional du Vercors a entamé une politique ambitieuse en matière de haut-débit afin de couvrir un territoire vaste et faiblement peuplé. Devant l'absence d'opérateurs privés, le parc s'est engagé dans une série d'essais pour déterminer les solutions techniques les mieux adaptées et valider le modèle économique. Les premiers déploiements expérimentaux ont été faits avec des liens satellitaires bidirectionnels, qui présentent quelques inconvénients de latence. La plus récente expérimentation repose, elle, sur l'agrégation de liens ADSL avec relais sans fil sur deux fois 2 km. À terme, le parc compte construire sa propre dorsale Fibre.


Parc naturel régional du Vercors

Structure : syndicat mixte formé de 72 communes (Isère et Drôme), soit 37 000 habitants sur 186 000 ha.

Effectif : une quarantaine de salariés, dont des gardes, mais surtout des chargés de mission et d'études sur le tourisme.

Budget annuel : 4,3 millions d'euros.

Les coûts

- Budget global des expérimentations : 280 000 euros. La création d'une zone d'accès en délégation de service public revient à environ 45 000 euros, avec la création de trois points hauts, sachant que chaque point d'accès Wi-Fi coûte 3 000 euros environ.

- Abonnement : 25 euros et de 150 à 200 euros d'équipement initial à la charge de l'abonné.

Le calendrier du projet

Fin 2001 : le bureau du parc se prononce en faveur du haut-débit.

Courant 2002 : étude du cabinet Tactis sur les possibilités de déploiement.

Novembre 2002 : enquête auprès des habitants du parc.

Mai 2004 : couverture de Saint-Martin-en-Vercors et La Chapelle-en-Vercors par accès satellitaire.

Juin 2004 : procédure de définition des délégations de service public.

Décembre 2004 : couverture de Sainte-Eulalie et Pont-en-Royans par ADSL et pont sans fil.

Les gains

- Étude des solutions techniques préparant à un plus large déploiement du sans-fil.

- Désenclavement numérique du territoire pouvant favoriser le développement économique.

- Expérimentations réalisées en priorité là où le besoin de haut-débit est le plus fort, en particulier pour l'agence web installée dans le parc.



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