
Ces derniers mois, les outils de provisioning autrement dit d'installation de logiciels ont beaucoup évolué. Une convergence s'est créée entre le provisioning des serveurs, au sens d'installation automatisée du système d'exploitation et des logiciels, et la gestion des configurations (séquence d'installation, correctifs, adresses IP, VLan...), nécessaire pour assurer la mobilité des applications, c'est-à-dire leur déplacement d'une machine à une autre. Cette convergence n'est toutefois que naissante. En témoigne Christian Mussot, directeur technique chez EDS : « On distingue encore deux catégories de produits. Ceux qui sont performants pour le provisioning de serveurs, et ceux qui sont très avancés dans la virtualisation de serveurs et le transfert automatique des applications sur événements critiques. Par exemple, les produits de Veritas, Opsware ou BladeLogic savent déployer rapidement de nouveaux serveurs, alors que ceux de Sun ou d'IBM offrent davantage de flexibilité en déplaçant des applications d'un serveur à un autre. » Ce que confirme Didier Kirszenberg, responsable commercial chez Sun : « Notre produit N1 Grid Service Provisioning System (N1GSPS) installe la plupart des systèmes d'exploitation, mais il vise surtout à rendre aux entreprises la mobilité applicative qu'elles avaient perdue depuis longtemps. » Quant à IBM, son workflow de provisioning , Tivoli Provisioning Manager, travaille étroitement avec Tivoli Configuration Manager, qui gère les configurations logicielles et matérielles. Comparativement, Veritas n'a adjoint la gestion des configurations à son produit de déploiement OpForce que depuis la fin de 2004.
Veritas opte pour le mode image
Le marché des outils de provisioning est très concurrentiel. De petits éditeurs tels que Opsware ou BladeLogic s'étaient spécialisés dans la gestion des configurations logicielles et le suivi du cycle de vie des serveurs. Ils devront désormais composer avec les ténors de l'informatique. Les approches technologiques diffèrent toutefois d'un acteur à l'autre. On les classe en trois grandes catégories : mode image, mode objet et workflow . Le mode image est utilisé, entre autres, par Veritas. Il opère une copie instantanée des disques d'un serveur où se trouvent le système d'exploitation, les applications et les données. Des images incrémentales, qui ne contiennent que les modifications opérées depuis l'image d'origine, complètent ce dispositif. Ces images sont conservées et documentées, pour ensuite être redéployées. Ce mode image sert à réinstaller un serveur, à gérer plusieurs versions d'un ensemble, à passer rapidement du test à la préproduction puis à la production. Un mode template complète OpForce de Veritas : des modèles dans lesquels on associe des images de système d'exploitation, des paquetages applicatifs et des modèles de configuration. Cette approche est également retenue par BladeLogic.
Le mode objet, quant à lui, est prôné par Sun. Il vise à « modéliser un savoir-faire, afin de l'automatiser pour de nouvelles installations » , explique Didier Kirszenberg. N1GSPS modélise ainsi tous les scripts et les processus de déploiement existants. Sun fournit également des plug-in pour certaines applications. « À l'inverse du mode image, notre solution permet de traquer les modifications et d'en faire un objet qui sera ensuite redéployé sur un autre système, qui n'est pas forcément similaire à celui d'origine. De plus, si on améliore un objet, on peut répercuter cette modification sur tous les systèmes qui utilisent cet objet. » N1GSPS comprend aussi un moteur de comparaison, qui identifie et modélise toutes les différences entre deux instances d'une application, et un moteur d'analyse de dépendances. HP est également adepte de l'approche par modèle avec son outil OpenView Automation Manager.
Des scripts en langage propriétaire critiqués
Enfin, le mode workflow trouve son plus fervent représentant chez IBM. Ses scripts en langage propriétaire sont toutefois critiqués par certains concurrents. « Le provisioning doit s'opérer de bout en bout, du serveur au stockage, en passant par le réseau et les utilisateurs, explique Étienne Levesque, directeur technique de Tivoli France, et pour cela, un moteur de workflow est très performant. Le workflow ne remplace pas les outils existants, mais les orchestre. »
Afin que Tivoli Provisioning System sache installer leurs applications, les éditeurs de logiciels et les constructeurs développeront leurs propres librairies d'installation à partir d'un modèle, Opal (Orchestration and provisioning automation library), fourni par IBM. « Le savoir-faire en matière de déploiement est conservé dans les librairies », souligne Étienne Levesque.
Au global, Sun et IBM jouent la carte de l'ouverture puisqu'ils s'appuient aussi bien sur leurs outils de gestion d'infrastructure que sur des outils tiers pour assurer un provisioning de bout en bout. Veritas comme Opsware sont plus ambitieux car leurs outils opèrent eux-mêmes les changements de configuration réseau. « L'objectif d'OpForce, résume George Homs, directeur logiciel chez Veritas, est de masquer la complexité pour manipuler les serveurs et les réseaux sans que cela nécessite la maîtrise d'outils spécifiques. Nous restons toutefois très ouverts puisque notre solution supporte le langage JXML (Java XML). Et l'un de nos clients utilise notre outil de workflow, Command Central Service, pour associer OpForce à la gestion du stockage par Control Center d'EMC. » .Car Veritas dispose aussi d'un workflow , qui n'opère pas directement le provisioning , mais automatise l'enchaînement d'outils de provisioning qui se veulent « simples à maîtriser » , explique George Homs.
Enfin, il reste à automatiser les déploiements afin d'améliorer les performances. Par exemple, une application sera déplacée sur une autre machine si on détecte une surcharge d'un serveur, ou un noeud sera ajouté à une ferme de serveurs qui n'assure plus les temps de réponses requis.
De nouveaux serveurs pour satisfaire aux objectifs de niveaux de service
Pour cela, les outils de provisioning doivent s'interfacer avec les solutions de mesure ad hoc. IBM et, dans une moindre mesure, Veritas ont progressé dans cette voie. L'intégration entre les divers outils de Big Blue est tangible. « Tivoli Intelligent Orchestrator automatise les workflows de Tivoli Provisioning System selon des engagements de performances, en supervisant la charge processeur, explique Étienne Levesque. Il analyse le comportement des applications et, en cas d'évolution inhabituelle, il ajoutera de nouveaux serveurs pour satisfaire aux objectifs de niveaux de service » . Chez Veritas, Command Central Service pilote OpForce ainsi que les outils de gestion du stockage et de cluster de l'éditeur. Seront intégrés, cette année, Veritas i3, qui mesure les performances des applications, et la technologie UpScale issue du rachat d'Ejasent, qui assure, entre autres, la mobilité des applications.
L'outil VirtualCenter de l'éditeur VMware supervise les machines physiques et virtuelles fonctionnant sur les logiciels d'exploitation VMware GSX ou ESX. VirtualCenter remonte des alertes en cas de consommation excessive de ressources ou de dépassement de seuils. Il permet alors, via des scripts, d'automatiser le déplacement d'une machine virtuelle depuis un serveur vers un autre, grâce à l'option VMotion. Sinon, sans VMotion, VirtualCenter pourra cloner une machine virtuelle et la redéployer sur un autre serveur. VMware fournit également des outils de développement aux éditeurs tiers de logiciels de supervision et de provisioning , afin qu'ils s'interfacent avec VirtualCenter. Parmi ceux qui ont choisi cette voie, citons Tivoli, Veritas, Computer Associates et Dunes.
Le produit dédié au provisioning de serveur de Computer Associates ne verra jamais le jour. CA préfère intégrer ses produits existants tels que Unicenter Software Delivery, (pour le déploiement de systèmes d'exploitation), Unicenter Service Management (catalogue de services) et Unicenter Dynamic Reconfiguration Option (pour la reconfiguration de réseaux et de serveurs Sun), afin de garantir les SLA (Service level agreement) . Quant à HP, après avoir abandonné sa coûteuse initiative UDC (Utility data center) , il a réuni les technologies issues des acquisitions de Consera (workflow et modèles de systèmes) et de Novadigm (déploiement de logiciel avec gestion du retour en arrière). Le produit qui en est issu, OpenView Automation Manager, a été lancé officiellement en novembre dernier. HP a la dent dure en ce qui concerne la technologie de provisioning d'IBM : « Il s'agit d'une solution à base de scripts nettement moins simples à faire évoluer que des modèles. »
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