Le 11 novembre 2001, un dimanche soir à Las Vegas. Deux mois exactement après la destruction du World Trade Center, la tension est à son comble : le Comdex ouvre ses portes le lendemain. Et c'est Bill Gates qui, comme d'habitude, se charge du discours de préouverture. En ces temps où la micro-informatique stagne, il nous promet une petite révolution. Une nouvelle plate-forme. Un micro-ordinateur ultraléger au format ardoise, que l'on manipule au stylet : le Tablet PC. « Lorsque nous nous reverrons dans un an, la majorité d'entre vous prendra des notes, dans cette même salle, avec ce genre d'appareil. Et dans cinq ans, je parie que la tablette sera le plus populaire des PC. » Presque quatre ans ont passé et Bill Gates a perdu son pari. Le Tablet PC n'a rien révolutionné du tout.
Les fournisseurs restent discrets sur leurs ventes
Sur les 49 millions de portables vendus dans le monde l'année dernière, on ne compte que 650 000 tablettes. A peine 1,3 % du marché selon le cabinet IDC. En France, les constructeurs éprouvent même de la gêne à diffuser leurs chiffres de ventes. Les déploiements de plus de 500 unités se comptent sur les doigts d'une seule main. Et c'est du bout des lèvres que Toshiba avoue avoir réalisé un de ses plus beaux coups... en équipant les commerciaux de Microsoft. Les perspectives ne sont guère encourageantes. HP, qui vient de lancer une nouvelle tablette aux Etats-Unis, ne compte pas la commercialiser sur le Vieux Continent. « Il s'agit d'une question de retour sur investissement, explique Alberto Bozzo, vice-président Europe du constructeur. Pas question de créer une référence, puis de la diffuser dans le réseau de distribution pour à peine 3 000 unités sur toute l'Europe. »
Car tout le monde s'est rendu à l'évidence. La majorité des déploiements intervient sur des niches verticales : santé, bâtiment ou assurance, trois secteurs déjà rompus à l'usage du stylet. Pour eux, la bascule vers le Tablet PC s'est effectuée naturellement. Il remplace avantageusement les tablettes propriétaires, en apportant le même environnement Windows que les PC de bureau. Mais il est difficile de trouver d'autres références. N'en déplaise à Bill Gates, la prise de notes en salle de réunion reste marginale.
L'idée de départ est pourtant séduisante. Contrairement aux autres tentatives d'ordinateurs à stylet, le Tablet PC ne perturbe pas l'utilisateur d'un portable traditionnel : même système d'exploitation (Windows XP), mêmes applications et périphériques. Pas question, non plus, de remplacer le très rassurant clavier. Chez Toshiba ou Acer, ce sont d'ailleurs des ultra-portables traditionnels qui ont été convertis en tablettes par un astucieux système de rotation de l'écran. Même les modèles au format ardoise disposent, pour la plupart, d'un clavier externe en standard. Au pire, on peut donc les utiliser exactement comme des portables traditionnels.
Des utilisations nouvelles mais un coût prohibitif
De par leur format, les tablettes sont employées dans des situations nouvelles : debout, en marchant, dans un couloir, etc. Une liberté qui a séduit VF Diffusion, le spécialiste de la lingerie en grande distribution. Il y a encore un an, ses commerciaux recouraient aux portables traditionnels pour saisir des commandes de réassort dans les super et les hypermarchés. Comme ils étaient souvent reçus debout, dans un rayon ou un entrepôt, beaucoup laissaient le portable de 3,5 kg dans le coffre. La commande était prise à la main, puis recopiée le soir. Aujourd'hui, ils sont équipés de tablettes Motion Computing de 1,4 kg. Ils enregistrent leur commande face au client, la tablette dans une main, le stylo dans l'autre. La machine sert également de support marketing avec les catalogues, les fiches produits et les campagnes publicitaires. Les commandes étant prises en temps réel, le commercial effectue davantage de visites car il sait qu'il n'aura pas à ressaisir ses commandes. « Aujourd'hui, tout le monde utilise l'ordinateur sur le terrain, se félicite Bruno Salomon, administrateur réseau de VF Diffusion. Les commerciaux sont fiers de montrer leur outil, car " ça en jette ". Même les plus réticents au changement trouvent cela ludique. »
Seulement voilà : un portable traditionnel se négocie autour de 1 000 euros quand les tablettes coûtent plus du double. Pas toujours évident, donc, de justifier le surcoût, surtout en période de réduction budgétaire. Pour convaincre le directeur financier, Bruno Salomon a dû faire preuve d'astuce. Il a supprimé le catalogue papier transporté par les commerciaux pour le remplacer par une version électronique. En trois ans, les économies réalisées sur l'impression paient les Tablet PC.
Eurovia, la filiale de Vinci spécialisée dans les travaux d'aménagement urbain, quant à elle, a cassé sa tirelire pour équiper ses 2 500 chefs de chantier. Il s'agit du plus gros déploiement de Tablet PC en France, à 4 200 euros la tablette ! Applications de base comprises mais hors développement. Heureusement, le DSI n'a pas eu à justifier un retour sur investissement. Le président voulait une solution pour gagner en productivité et remettre les chefs de chantier sur le terrain.
S'il est possible de justifier l'investissement dans les secteurs verticaux, cela reste beaucoup plus difficile dans des applications horizontales comme la prise de notes, la réponse au courrier par écriture manuscrite ou, tout simplement, le confort de l'ergonomie d'une tablette. Au mieux, c'est vu comme un gadget ; au pire, comme un caprice. Dans une application horizontale, la tablette reste utilisée à 70 % comme un portable traditionnel.
Un modèle à 1 500 euros dès le printemps
Faute de masse critique, les fournisseurs commencent à perdre patience. Le concept n'est pas remis en cause. Tout le monde est certain du décollage, mais les actionnaires n'en peuvent plus d'attendre. Résultat : l'emblématique tablette HP TC1100 un modèle au design unique, car à la fois ardoise et portable traditionnel est en sursis. Elle a été repositionnée sur des marchés verticaux et personne ne sait si elle sera renouvelée.
Tous appellent désormais Microsoft à la rescousse. Selon nos informations, l'éditeur a fini par revoir sa copie après plusieurs réunions au sommet. Plus question de devenir « la plate-forme PC la plus populaire » , le Tablet PC ne sera, à terme, qu'une « personnalité » de Windows, qui signale la gestion de l'encre numérique et du stylet. Un consensus a également été établi sur la marche à suivre : les ardoises seront réservées aux marchés verticaux, tandis que les modèles à clavier intégré cibleront les volumes. Tous s'attachent maintenant à baisser les prix. Le ticket d'entrée de la cuvée de printemps s'élèvera à 1 500 euros. Acer, Toshiba et HP sont déjà sur les rangs, bien décidés à faire décoller les ventes. On retrouvera de banals portables à écran rotatif, très éloignés des ordinateurs poids plume et fins comme des cahiers que présentait Bill Gates en 2001. C'est peut-être le prix à payer pour sauver le Tablet PC.
Meilleure ergonomie qu'un portable grâce au stylo.
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Format allégé, boîtier fin et bonne autonomie.
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Gestion de l'encre numérique comme du texte.
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100 % compatible avec un PC Windows XP.
Prix trop élevé.
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Manque d'applications spécifiques.
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Boîtier trop épais et trop lourd.
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Autonomie insuffisante.
Désormais doté de processeurs cadencés à plus de 600 MHz, d'écrans VGA, ainsi que de radio Wi-Fi et de Bluetooth, l'assistant personnel se pose en alternative aux tablettes propriétaires.
Micro-PCA mi-chemin entre l'assistant personnel et l'ultraportable, ce concentré de technologie installe un PC sous Windows XP dans un miniboîtier qui tient dans la main.
UltraportableIl devait être la première victime des tablettes. Mais il est plus puissant et plus polyvalent, avec des applications horizontales.
Portable ultrafinEn supprimant le lecteur optique, ce portable « allégé » continue de faire des émules chez ceux qui voyagent léger.
Portable traditionnelSon manque de « glamour » est compensé par un ratio prix/performances imbattable. Il représente, aujourd'hui, le best-seller de la mobilité.
Son crayon optique a été plébiscité à une époque où la souris n'existait pas. Mais l'idée ne sera reprise sur aucun autre micro-ordinateur par la suite, uniquement sur quelques machines industrielles verticales.
1989 : Grid Pad 1900Il s'agit de la première tablette compatible PC. Fonctionnant sous DOS, elle possédait déjà un logiciel de reconnaissance d'écriture et une navigation qui pouvait s'effectuer totalement au stylet. Cet outil n'aura connu qu'un succès d'estime.
1992 : Windows for Pen Computing 3.1Ce module d'extension pour Windows 3.1 autorise le pilotage du système au stylet plutôt qu'à la souris et au clavier. De piètre qualité, cet ancêtre de Windows XP Tablet PC fera long feu.
1993 : Apple NewtonApple fait sensation avec le premier assistant personnel capable de reconnaître l'écriture manuscrite cursive. L'appareil reste célèbre pour ses erreurs d'interprétation.
2001 : IBM TransnoteUn portable traditionnel, doublé d'un véritable bloc-notes en papier. On y écrit avec un stylo à bille bourré d'électronique, puis les notes sont transmises à l'ordinateur. Cet équipement sera abandonné un an après son lancement.
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