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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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La mutation des troisièmes cycles

Et demain...
Les fonctions de direction s'ouvrent aux informaticiens. Pierre Aussure, fondateur du cabinet Ivy Executive Search, nous en parle.

Nicolas Arpagian et Régis de Closets , 01 Informatique, le 09/03/2005 à 15h37

01 Informatique : Comment percevez-vous les nouveaux cursus académiques mixtes ?

Pierre Aussure : Tout d'abord, ils confortent le principe même du diplôme. Ce qui laisse désormais une place tout à fait restreinte aux autodidactes. Pour une génération de DSI, les métiers de l'informatique ont pu, en grande partie, s'apprendre sur le tas. Cela appartient au passé. Ensuite, ces programmes mixtes réalisés entre des universités ou des écoles de commerce et des formations d'ingénieur s'orientent vers une consolidation de la fonction de DSI.

Pourquoi cela ?

En se dotant d'une formation à la fois managériale et technique, ces diplômés se préparent à exercer des fonctions de direction. Perspective difficilement envisageable s'ils n'étaient que des spécialistes des seules technologies. Il leur faut maîtriser les enjeux des autres directions fonctionnelles. Cela pour collaborer avec elles de manière efficace. Et, éventuellement, continuer par la suite de grimper dans la hiérarchie.

Et cela quel que soit le secteur d'activité ?

En effet. On ne peut plus miser sur une carrière qui s'effectuerait dans une même société ou dans un seul secteur. C'est la force des systèmes d'information que d'être présents dans l'ensemble du tissu économique. Ainsi, un informaticien ayant une expérience dans la construction automobile peut très bien faire des merveilles pour améliorer le flux de production chez un fabricant de vêtements. Il est donc important pour l'informaticien du XXI e siècle de disposer, grâce à une formation généraliste, d'un bagage qui l'aidera à rebondir dans différents domaines. Sans être prisonnier d'une spécialisation qui risque de devenir obsolète avec l'évolution technologique.

Les années de la folie Internet, par exemple, ont suscité la création tous azimuts de troisièmes cycles. Or, la plupart n'ont pas survécu à l'éclatement de la bulle. Face à la récente émergence de diplômes nouveaux, et notamment avec l'entrée en vigueur de la réforme LMD, les recruteurs ont aujourd'hui tendance à se fier à la réputation de l'établissement qui délivre la formation. En attendant qu'avec le temps ledit diplôme gagne, à son tour, ses lettres de noblesse.

Pensez-vous qu'à l'avenir le DSI sera de moins en moins jugé sur la technique ?

Dans les entreprises, les utilisateurs attendent de leur DSI qu'il soit à l'écoute de leurs attentes. Et non qu'il soit un as de la programmation la plus pointue. Il lui suffit d'avoir une vision précise de l'offre du marché. Et des outils à mettre en oeuvre pour répondre aux besoins exprimés en interne.

Pour les aspects strictement techniques, il vaut mieux se faire aider ponctuellement par des sociétés de services ou des cabinets de conseil. Ils ont pour vocation de suivre au plus près les derniers développements technologiques. Sans parler des constructeurs ou des éditeurs, qui proposent désormais des présentations très abouties de leurs solutions.

Cette innovation constante des technologies n'aboutit-elle pas, finalement, à la rapide obsolescence des diplômes ?

La durée de vie d'un diplôme va certainement en diminuant. Il devient, en effet, indispensable de suivre des formations tout au long de sa vie. Le fait d'être passé par un établissement de qualité est un bon point pour un recruteur. Mais on ne peut plus s'en contenter jusqu'à la fin de ses jours. Le titre académique est sans doute la rampe de lancement d'une carrière, mais certainement plus une rente de situation !

La prime aux établissements prestigieux subsiste donc ?

Evidemment. Car les établissements de renom, par la qualité de leurs enseignants et leurs moyens de recherche, confèrent au candidat à l'embauche une image positive. Ils font aussi bénéficier ce dernier, dans la plupart des cas, d'un réseau d'anciens. Et celui-ci peut s'avérer très efficace pour récolter des données sur des postes disponibles ou sur les modalités de recrutement dans telle ou telle structure. Mais savoir bien gérer son propre système d'information personnel, c'est aussi cela !


J.-L. Desnos
Pierre Aussure, fondateur du cabinet Ivy Executive Search. Il est spécialisé dans le recrutement de dirigeants, notamment dans le secteur high-tech. Il est également l'auteur du livre « Ne jetez pas le cyberbébé avec l'eau du bain », publié chez Dunod.

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