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[ GESTION DE FLOTTE ]
Transporteurs : ils roulent au GPS
Contrôle d'itinéraire, remontée d'informations... L'informatique embarquée peut beaucoup. Toutefois, son prix freine les ardeurs des transporteurs.

Claire Chevrier , 01 Informatique (n° 1799), le 25/02/2005 à 07h00

Savoir en temps réel où sont ses véhicules, depuis combien de temps le chauffeur conduit, quelles livraisons ont été effectuées, etc. Autant d'informations qui intéressent les transporteurs. L'arrivée de terminaux durcis et du GPRS sur tout le territoire ont rendu possible le déploiement des premières applications de gestion de flotte.

Le marché se développe, et les attentes évoluent. « Aujourd'hui, la localisation n'est plus l'élément principal de discussion : les clients s'intéressent surtout aux applications, car ils souhaitent déplacer une partie de la gestion vers le véhicule », se réjouit Jean-Philippe Valentin, directeur commercial de la solution ASP Mobiloc. La plupart des transporteurs n'ont cependant pas dépassé la phase pilote. Ils tentent d'évaluer la difficulté de déploiement et de gestion de ces applications. Ils s'interrogent aussi sur leur rentabilité.

Quelques camions de Mory Group sont d'ores et déjà équipés de systèmes sécuritaires, et tous chez Den Hartogh. Ils envoient une alerte si, par exemple, les portes sont ouvertes sans raison ou si le chauffeur est attaqué. Grâce au GPS, les systèmes d'aide à la navigation pour les conducteurs comme celui utilisé par BSA International, réduisent le kilométrage et le temps passé à chercher une adresse.

Contrôler les déplacements

Le transporteur longue distance Norbert Dentressangle mise sur l'informatique embarquée. « La géolocalisation et la remontée des données techniques des camions nous renseignent sur le kilométrage, la consommation de carburant, la sinistralité, etc. », explique Henri Linière, son DSI. Des informations essentielles pour optimiser les coûts de revient. « Le kilomètre coûte de plus en plus cher : le prix du gasoil a augmenté de 18 % en un an », ajoute Michel Gabriel, président de Den Hartogh pour la France.

Le GPS et les données du chronotachygraphe (disque de conduite) servent aussi à mieux contrôler l'activité des chauffeurs. Avec la réduction du temps de travail, c'est devenu un point critique. Les tournées doivent s'effectuer en temps compté. « Ainsi, le chauffeur ne doit plus faire de détours pour aller déjeuner où bon lui semble. La géolocalisation nous permet aussi de vérifier que les instructions sont bien suivies », note Christophe Thiebaud-Girard, directeur de Mory Team.

Au-delà du contrôle, ces nouveaux outils facilitent l'optimisation des tournées. « Aujourd'hui, nous utilisons une application métier de suivi des livraisons. Et, à terme, il n'est pas exclu de lui associer une fonction de géolocalisation », explique Thierry Pasquier, DSI des Transports Graveleau - une entreprise de messagerie, dont 600 camionnettes sont équipées d'assistants personnels communicants. Il compte ainsi améliorer l'information fournie à ses clients et mettre à la disposition des exploitants un outil pour adapter en temps réel leurs tournées.

A l'avenir, les systèmes de gestion de flotte seront totalement intégrés au système d'information des transporteurs. C'est déjà le cas chez le néerlandais Den Hartogh. Dans chaque pays où il est implanté, une personne est chargée de répartir les commandes entre les différents véhicules de l'entreprise. Cette dernière visualise sur écran les camions présents ou arrivant sur son territoire. Les chauffeurs libres sont identifiés et reçoivent sur leur terminal embarqué les informations indispensables au chargement et à la livraison.

Lorsque le camion est chargé, ils transmettent aussitôt les données nécessaires pour gérer la commande et valider la facture. « On peut aller très loin avec ces systèmes, estime le président de Den Hartogh pour la France. Nous sommes ainsi capables de déclencher le réchauffement d'un conteneur si sa température baisse trop alors qu'il est sur la route. » Les applications se déclinent à l'infini. Cependant, peu de transporteurs ont équipé l'ensemble de leur flotte.

Un gros travail d'intégration

Plusieurs raisons justifient une telle prudence. Tout d'abord, le sujet est particulièrement complexe d'un point de vue technique. Il nécessite un gros travail d'intégration entre l'électronique, l'informatique embarquée, les applications de gestion et les télécoms. A tel point qu'il faut parfois se sentir l'âme d'un chef d'orchestre pour coordonner tous les intervenants. « Nous gérons cinq prestataires différents, témoigne Michel Fouillet, responsable de la formation et de la flotte de véhicules de BSA International. Il nous a fallu deux ans pour les réunir, leur faire comprendre nos besoins et les faire travailler ensemble. » Les développements étant spécifiques, tout le monde devait avancer en même temps.

Ensuite, le marché est encore loin d'être mûr. On compte toujours de nombreux acteurs de petite taille, à la pérennité financière incertaine. Leurs solutions techniques non plus ne sont pas au point. En termes de communication GPS, il n'existe malheureusement pas de standard. Les protocoles utilisés par les boîtiers sont propriétaires. « Sans les codes source, il est difficile de se passer des constructeurs pour mener de nouveaux développements », prévient Rémy Poulachon, responsable de l'offre mobile de la société de services Micropole Univers.

L'éclatement du marché et le manque de standards expliquent le prix élevé des solutions. « Un boîtier embarqué coûte de 1800 à 2 500 euros. Les offreurs sont trop petits pour anticiper la production de grandes séries, qui ferait baisser les prix, explique le DSI de Norbert Dentressangle. Bilan : moins de 3 % des camions en Europe sont équipés. » Le coût élevé de ces solutions est toutefois sans commune mesure avec le prix d'une cabine (environ 75 000 euros). Il existe aussi des solutions en mode hébergé. « Les abonnements de base aux kiosques de services coûtent de 25 à 35 euros par mois et par véhicule, auxquels il faut ajouter de 80 à 110 euros pour la location du matériel », estime Arnaud Affergan, responsable solutions mobiles chez l'intégrateur Rayonnances Technologies.

Rentabilité : des transporteurs divisés

L'appréhension du retour sur investissement diffère d'un transporteur à l'autre. Elle dépend aussi de la nature de l'application. « Nous pensons gagner, tous les jours, 45 minutes et 15 kilomètres sur chaque tournée », estime Michel Fouillet, de BSA International. Le seul service d'aide à la navigation rentabilise son système. Le transporteur estime aussi y gagner en sécurité. Sans, toutefois, parvenir à quantifier les bénéfices. Il a retenu une solution en mode hébergé, qui lui coûte 273 euros par mois et par véhicule (communications téléphoniques incluses).

A l'opposé, pour Christophe Thiebaud-Girard, de Mory Team, « l'informatique embarquée est davantage une charge financière qu'un investissement, car le retour sur investissement est très faible ». Quoi qu'il en soit, rentabiliser ces systèmes serait plus facile si le prix des matériels baissait. Et, notamment, si les constructeurs de camions prééquipaient leurs véhicules. Mais encore faudrait-il pour cela que des standards émergent.

Autre difficulté - sociale, cette fois - que rencontrent les transporteurs. Celle de faire adopter ces systèmes embarqués par les chauffeurs. « Lorsque nous déploierons sur tous nos véhicules de livraison un système de gestion de flotte, je pense qu'il y aura quelques heurts sociaux. Les chauffeurs craignent d'être surveillés », explique Christophe Thiebaud-Girard. Il est vrai que les applications de gestion de flotte ont d'abord été conçues pour accroître la productivité de l'entreprise.

Pour vaincre les résistances, Laurent Destouches, directeur commercial de l'intégrateur Webtiss Technologies, conseille d'ajouter à ces applications des outils destinés à simplifier la vie des chauffeurs. « Ce sont des investissements peu onéreux, qui contribuent fortement à l'acceptation du système. »

La réunion de tous ces éléments explique la position attentiste d'une majorité de transporteurs. Certains, en phase pilote depuis deux ans, se déclarent disposés à déployer leur système de gestion de flotte le jour où le marché leur semblera prêt. Ils ne veulent être ni trop en avance ni en retard. Dans le premier cas, ils prennent le risque d'essuyer les plâtres. Dans le second, celui de se faire distancer par la concurrence. Le GPS est aussi une affaire de timing.

Bien choisir son boîtier
La communication

Une entreprise ayant régulièrement besoin de disposer de données de localisation précises a tout intérêt à opter pour le GPS. Le système Cell ID, qui utilise le réseau GSM, n'exige pas de nouveaux équipements. En revanche, chaque requête est facturée 7 ou 8 centimes d'euro.

La connectique

Le boîtier GPS doit être équipé d'une prise RS 232 pour connecter un assistant personnel. Il doit aussi être doté de sorties IP, et d'une connexion BUS Can si l'entreprise veut remonter des informations techniques. Il faut ajouter à cela une prise dédiée au chronotachygraphe pour les données sociales (heures de conduite).

La plate-forme

Beaucoup de boîtiers utilisent des systèmes propriétaires. Mieux vaut opter pour les systèmes ouverts. Dans le cas contraire, le changement d'accessoires ou l'ajout d'une application risquent d'alourdir le coût de développement.

La maintenance

Les diagnostics de panne et les mises à jour doivent s'effectuer à distance. Il faut s'assurer que le constructeur a prévu une gestion de patchs, programmes qui se téléchargent rapidement. Et ne pas omettre, par ailleurs, de vérifier que le passage à l'UMTS ne réclamera pas trop de développements.

La compatibilité légale

Dans le cas d'une solution étrangère, il faut s'assurer que les adaptations à la législation française du travail, concernant la remontée de données sociales, ne soient pas trop lourdes.



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