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[ SOCIAL ]
Inquiétude sur les informaticiens bon marché de la « directive Frankenstein »
Un projet européen veut libéraliser les services. Il favoriserait l'emploi en France d'informaticiens étrangers meilleur marché.

Xavier Biseul , 01 Informatique (n° 1802), le 18/02/2005 à 10h00

Rarement une proposition européenne aura fait autant l'unanimité contre elle. Ces dernières semaines, l'ensemble de l'échiquier politique et syndical français s'est prononcé contre la directive dite Bolkestein, du nom de l'ancien commissaire européen en charge du marché intérieur.

Sous la pression, la commission Barroso a accepté de remettre le texte à plat. Bruxelles pourrait notamment revoir l'article le plus controversé, dit « du pays d'origine ». Celui-ci stipule qu'un prestataire a la possibilité de proposer ses services dans les 25 Etats membres sans avoir à répondre aux exigences du pays d'accueil.

En clair, une SSII tchèque ferait travailler ses salariés aux conditions légales et salariales tchèques. Ou une SSII française pourrait être tentée de transférer son siège social en Slovénie. Le vice-président de Syntec Informatique, Alain Donzeaud, y voit une distorsion du droit social : « Nous ne sommes pas opposés à la libre circulation des personnes. Mais à condition de proposer au personnel détaché les protections minimales du pays d'accueil, comme le prévoit déjà une autre directive, la 96/71. »

Lever l'un des freins à l'offshore

Rebaptisée par ses détracteurs « Frankenstein », cette directive, qui est dans la ligne des négociations en cours à l'OMC , reviendrait, de fait, à légaliser l'onshore. Cette pratique courante aux Etats-Unis, mais illégale en France, consiste à faire venir, grâce à un visa d'affaires, ou même un visa touristique, une main-d'oeuvre étrangère bon marché pour des missions de quelques mois.

La directive lèverait, par ailleurs, un des principaux freins au recours à l'offshore : l'établissement d'une relation de proximité. Ne resterait plus alors que l'obstacle de la langue.

Du coup, cette nouvelle concurrence inquiète les acteurs actuels de l'offshore. Pour Pierre Méchentel, dirigeant de Tubbydev, « la directive dresse les pays riches contre les pays pauvres de l'Europe, alors que la vraie menace est indienne ou chinoise. Travaillons à un système social homogène plutôt que de niveler par le bas » . Le projet renforcerait aussi le mode régie : la SSII se contente de vendre des CV, en n'ayant qu'une vague idée du projet à réaliser.

Le principe du pays d'origine

Extraits de l'article 16 de la directive Bolkestein :

« Les Etats membres veillent à ce que les prestataires soient soumis uniquement aux dispositions nationales de leur Etat membre d'origine. »

« L'Etat membre d'origine est chargé du contrôle du prestataire et des services qu'il fournit, y compris lorsqu'il fournit ses services dans un autre Etat membre. »

« Les Etats membres ne peuvent pas [.../...] restreindre la libre circulation des services fournis par un prestataire ayant son établissement dans un autre Etat membre [.../...]. »



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