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[ ENQUÊTE ]
Cybercriminalité : mais que fait la police ?...
Ils traquent la délinquance sur internet : visite chez les policiers high-tech des nouveaux services spécialisés.

Nicolas Arpagian , 01 Informatique (n° 1795), le 02/02/2005 à 07h00

Autrefois réservée aux seules bandes organisées, l'informatique est aujourd'hui tellement banalisée que les forces de l'ordre ont dû s'adapter. Avec notamment l'ouverture en 2001 d'un Office central de lutte contre la criminalité liées aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC).

Ce dernier est principalement compétent en matière de fraudes aux télécoms, contrefaçons de logiciels, escroqueries liées au commerce électronique et d'infractions à la cryptologie. « Nous intervenons aussi bien pour la police, la gendarmerie et les douanes, résume la commissaire divisionnaire, Catherine Chambon, responsable de l'OCLCTIC. Qu'il s'agisse d'une enquête préliminaire ou de la demande d'un magistrat. »

Faire parler les disques durs et explorer les bases de données

Outre l'activité de l'Office qui relève de la Direction des affaires économiques et financières, la police technique et scientifique a, de son côté, développé un Service de l'informatique et des traces technologiques (SITT). Avec une double mission : d'une part, assurer la gestion du réseau et la maintenance informatique de la police judiciaire, et, d'autre part, développer les fonctions d'analyse et d'expertise afin d'élaborer des logiciels spécifiques au monde policier. « Nous avons ainsi ouvert cinq laboratoires avec chacun leur spécialité : audio, vidéo, informatique, GSM et électronique » , explique le commissaire principal Jean-François Fauroux, qui dirige le SITT.

C'est aux équipes de SITT qu'il revient de faire parler les disques durs des ordinateurs impliqués dans des affaires judiciaires. « Nous travaillons sur l'intégralité du disque : ce qui est visible et ce qui a été effacé, prévient le commissaire Fauroux. Et cela même si la montée en puissance des mémoires disponibles accroît considérablement le travail. » Idem pour les bases de données, dont son service s'est fait une spécialité d'extraire les images illicites. Etant donné que le SITT, basé à Ecully dans le Rhône, est unique en son genre dans l'Hexagone, il est amené à gérer les demandes émanant des policiers de toute la France.

La mission, plus terrain et moins laboratoire, de l'OCLCTIC se ressent dans le profil de l'équipe. « Nos agents sont avant tout des experts de la procédure pénale, prévient Catherine Chambon. Et il s'avère qu'ils ont tous également une passion ou un diplôme dans le domaine informatique. »

Avec environ 150 dossiers traités par an, les 35 collaborateurs de l'Office ont atteint leur vitesse de croisière. En attendant un doublement des effectifs d'ici 2007, selon la promesse faite par Dominique de Villepin au mois de septembre dernier.

L'OCLCTIC est habilité à intervenir, dès lors que l'infraction en question n'aurait pu exister ou se développer sans internet ou un support informatique. Une définition qui inclut donc le piratage de comptes bancaires en ligne, les escroqueries sur les sites de ventes aux enchères ou les trafics de puces de téléphones portables.

Preuve supplémentaire de la hausse de cette criminalité des temps modernes : la désignation, dans chacun des tribunaux de grande instance des cours d'appels de Paris et de Versailles, de magistrats référants spécialisés dans le domaine des technologies de l'information. Ces derniers sont à même de prendre en charge des dossiers à forte teinte high-tech. « Il est difficile d'établir une cartographie de la cybercriminalité, constate Catherine Chambon. Car les entreprises sont encore réticentes à dénoncer les abus dont elles ont fait l'objet. De peur, sans doute, d'altérer leur image. »

Pour tenter de pallier cette situation, l'Office joue également le rôle de centre de formation. En trois ans, ce sont une cinquantaine d'enquêteurs qui ont ainsi suivi son cursus, et la montée en charge se confirme, puisqu'en 2005 ce sont presque autant de policiers qui se verront enseigner le maniement des outils informatiques. « Il y a un certain nombre de tâches qui peuvent désormais être effectuées sur place, complète Jean-François Fauroux. Comme les travaux d'amélioration sur ordinateurs des clichés, pris par des caméras de surveillance, qui sont désormais confiés aux différentes directions interrégionales de la police judiciaire. »

De la même manière, l'emploi de solutions informatiques pour extraire des numéros de téléphone suspects dans une base de données n'exige plus l'intervention d'un spécialiste du SITT. « Ce qui encourage la quarantaine de personnes de notre service à consacrer davantage de temps aux travaux de recherche et développement qui sont à plus forte valeur ajoutée » , se félicite le commissaire Fauroux.

Rendre lisibles les images floues et analyser les voix

Ne trouvant pas toujours sur le marché les logiciels ad hoc, et ne disposant de toute façon pas forcément des budgets pour les acquérir, les policiers de l'informatique se font volontiers développeurs. Des solutions pour traiter, dans des conditions satisfaisantes, les données fournies par les opérateurs télécoms, pour rendre lisibles des images floues sur un film d'une vidéo de contrôle, en passant par les analyses techniques des fréquences du spectre vocal sur une bandeson afin de s'assurer de l'identité de la personne qui parle sur un enregistrement... les sujets d'investigation ne manquent pas.

Car ce n'est pas tout de placer des caméras numériques à chaque coin de rue ou de bâtiment. Si la qualité des images, une fois compressées pour être stockées puis décompressées pour être lues, ne permet pas de déchiffrer l'inscription de la plaque minéralogique de la voiture qui se situe au second plan.

Du côté de l'OCLCTIC, on s'enorgueillit d'avoir élaboré à ce jour une demi-douzaine de logiciels. Parmi lesquels des patchs pour contrer certains chevaux de troie particulièrement virulents. « Nous effectuons une veille continue sur les outils de piratage et, même si le phishing [abus de confiance via l'e-mail notamment ­ NDLR] reste marginal en France, nous sommes attentifs aux nouvelles formes de délinquance en ligne » , indique Catherine Chambon. Quitte à se répartir les secteurs entre les différents services de police.

La lutte contre la musique et les films téléchargés illégalement sur la Toile relève ainsi de la brigade centrale en charge de la fausse monnaie. Car il s'agit de contrefaçon industrielle ou artistique. Tandis que l'offre faite aux internautes, par exemple, par un mystérieux haut fonctionnaire exilé du Zaïre proposant de rapatrier via votre compte bancaire de très importantes sommes d'argent en échange d'une généreuse commission, est pourchassée par l'Office central de répression de la grande délinquance financière. A chacun son gibier !

Quatre services branchés sur les TIC

BEFTI (Brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information).

En charge des dossiers technologiques au sein de la préfecture de police de Paris.

Une trentaine d'enquêteurs.

IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale).

Procède aux examens scientifiques et techniques pour le compte de la gendarmerie.

193 personnes

Installée à Rosny-sous-bois (93).

OCLCTIC (Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication.

Compétence nationale pour les services de police, de gendarmerie et des douanes.

35 agents.

SITT (Service de l'informatique et des traces technologiques).

Centre d'expertise et d'analyse de la police technique et scientifique.

Une quarantaine d'experts.

Intervient dans le cadre d'une enquête judiciaire.



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