La révolution du mobile, médiatisée à l'extrême, nous concerne sans doute beaucoup plus que nous ne l'imaginons. Il y a plusieurs raisons à cela. Les infrastructures de communication mobile continuent d'exploser, au point que leur facteur de démultiplication rejoint celui de la célèbre loi de Moore : deux fois plus de bande passante tous les dix-huit mois pour le même prix. Et cette bande passante, si l'on se place du point de vue de l'opérateur, il faudra bien l'occuper et la rentabiliser... Des infrastructures qui, par ailleurs, se diversifient. Le cellulaire est passé du GSM au GPRS, en attendant l'UMTS. Le Wi-Fi s'est imposé comme norme de réseau local radio et constitue déjà, sans attendre le WiMAX, le complément naturel des réseaux radio cellulaires. Ainsi, on peut imaginer que les mobiles de demain n'auront plus à décider de l'identité des réseaux auxquels ils se connecteront, leurs interfaces le faisant pour eux, avec ce qu'elles trouveront de mieux à un instant et un lieu donnés, en fonction de l'usage souhaité. L'usage, justement, parlons-en. Il faut se souvenir que le nombre de professionnels nomades augmente fortement chaque année, et devrait dépasser d'ici peu les 30 à 40 % de la population active. Les réseaux de mobiles devraient, pour eux, constituer la couche de transport idéale des applications professionnelles dont ils auront besoin.
Microsoft et la galaxie Java sont leurs meilleurs alliés : ils ont mis au point des frameworks dédiés, dans le même temps où le W3C faisait de XML le métalangage idéal pour gommer les disparités matérielles et logicielles des plates-formes mobiles. Restera la motivation des opérateurs et équipementiers, pour qui la diversité des usages constituera un objectif et une puissante motivation... voire l'ultime moyen de s'en sortir.
Vouloir faire des prévisions en matière de mobile a toujours été un exercice périlleux. Beaucoup s'y sont perdus, pour n'avoir pas su distinguer ce qui avait un sens concret de ce qui n'était qu'extrapolation fantaisiste. Il faut toujours se souvenir des trois grands prérequis sans lesquels une technologie n'a aucune chance de s'imposer : la maturité technique (il faut que cela fonctionne), l'attrait financier (des coûts raisonnables) et, surtout, la réalité de l'usage. C'est pour les avoir oubliés que certains géants des télécommunications se sont effondrés.
Aujourd'hui, le paysage a changé. Il s'est assagi. Mais commençons par établir les bases. Premier postulat : le mobile deviendra un accessoire aussi essentiel et personnel qu'un portefeuille ou une paire de lunettes, dans lequel sera concentré tout un ensemble de services, dont la téléphonie. Second postulat : IP et l'image joueront un rôle central, IP au même titre que pour les réseaux, et l'image dans le sillage de l'ADSL.
Je te parle sans savoir où tu es
PDA ou téléphone, le mobile de demain formera une concentration de services dont on commence à discerner les contours. Il nous faut, pour avoir une idée plus précise du phénomène, lorgner du côté de la Corée du Sud ou du Japon. Le premier usage sera bien sûr la téléphonie, autrement dit cette technique miraculeuse qui permet à quelqu'un de converser avec son épouse qui, croit-il, fait ses courses au supermarché. Il n'y a pas grand risque à prédire que le principe du « Je te parle sans savoir où tu es » continuera à se développer.
Le mobile de demain sera aussi un support de communication multimédia, compatible avec toutes les formes de dialogue : SMS un système d'envoi de textes que les ados se sont largement approprié , MMS, chat, messagerie traditionnelle, messagerie instantanée (un phénomène dont on ne soupçonne pas le potentiel), envoi de photos, mais aussi push-to-talk , une sorte de SMS audio, et push-to-visio , la même chose, mais avec des séquences vidéo. Le mobile permettra toutes ces formes de dialogue, à charge pour l'usager de faire ensuite son choix. De ce point de vue, les opérateurs ont un grand rôle à jouer, qui autoriseront ou non ces mécanismes et, surtout, les factureront à un prix raisonnable...
Accepterons-nous d'être suivis à la trace ?
La géolocalisation permettant de situer un téléphone mobile sur une carte avec une précision remarquable sera nécessairement au coeur de ces nouveaux usages, en supposant que les usagers acceptent d'être suivis à la trace, ce qui n'est pas certain. Le mobile deviendra en outre un assistant pour nous aider dans nos activités quotidiennes, pour nous informer lors de déplacements (accès direct et en temps réel à des sources d'informations sélectionnées), pour nous distraire (accès à des clips vidéo ou musicaux), pour nous renseigner sur notre environnement géographique immédiat, tel les films à l'affiche, les restaurants les plus proches, le parking encore ouvert, voire les places de parking disponibles avec paiement automatique (déjà en place à Issy-les-Moulineaux et à Montréal), les promotions intéressantes à portée de main, etc. Autant d'informations renforcées par la puissance de l'image et de la vidéo, paramétrées et filtrées via l'interface que nous proposeront les opérateurs et fournisseurs de services. Comme l'explique Alain Pouyat, directeur général chargé de l'informatique et des technologies nouvelles au sein du groupe Bouygues, les gens passent en moyenne entre quatre et cinq heures par jour devant leur téléviseur, un chiffre qui augmente de dix minutes tous les ans. Il y a donc gros à parier que, une fois les premiers émois passés, ils adopteront la TV sur le mobile. Mais à la différence près qu'ils visualiseront des images sur... des temps courts : des informations, les cours de la Bourse ou les résultats sportifs. Ces clips vidéo se consommeront en attendant le bus, au bureau, avant de prendre le train, n'importe où, en fait, en complément de la télévision traditionnelle... qui gardera pour un temps ses qualités de confort et de convivialité. C'est le même type de consommation qu'on retrouvera dans les voitures ou dans les taxis.
Le problème sera donc de capter les chaînes dans des conditions acceptables, car on aura beau être consommateur, on n'en restera pas moins marqué par le confort de la « télé du salon » . Une option consiste à intégrer un petit tuner analogique et une antenne au mobile, comme cela existe déjà au Japon, chez NEC et Samsung. En réalité, cela ne fonctionne pas très bien, et il faudra pratiquement stationner devant l'émetteur de la tour Eiffel pour capter quelque chose de correct, condition évidemment incompatible avec la notion même de mobilité...
Une autre option est déjà plus envisageable. Il s'agit de faire passer sur un réseau Edge (140 kbit/s) ou UMTS (de 140 à 380 kbit/s), un flux en streaming , sachant qu'il faut 300 kbit/s environ pour obtenir une image de bonne qualité. Ce système, qui existe en Corée, par exemple, avec neuf chaînes « streamées » en MPeg-4 pour 80 $ par mois, rencontre un certain succès. Son principal défaut est d'être cher. Il fait aussi apparaître que les réseaux traditionnels de mobiles ne sont pas vraiment adaptés pour cela.
Des solutions issues de la future TNT
Aujourd'hui, les solutions les plus crédibles nous viennent de la future TNT (télévision numérique terrestre), qui devrait voir le jour au printemps 2005, sous les auspices du Conseil supérieur de l'audiovisuel... Des choix technologiques ont été faits pour cette TNT, tels que la compression MPeg-2, qui expliquent que l'on ne pourra faire passer qu'un nombre limité de chaînes, alors que le MPeg-4 aurait permis de multiplier ce nombre par deux ou trois. Cela dit, il faudra faire avec, et récupérer les images TNT sur le mobile, ce qui, cette fois, posera un problème de standard. En gros, il y a deux techniques possibles : DVB-T (Digital video broadcasting-terrestrial) et DVB-H (Digital video broadcasting-handheld) . DVB-T est la norme native de la TNT. Elle a été conçue pour permettre une réception sur un téléviseur, mais aussi sur un mobile, en MPeg-2, avec un débit descendant variable (de 3,7 à 31,7 Mbit/s) selon le format PAL, Secam ou NTSC. Plusieurs fondeurs se sont intéressés à ce marché, parmi lesquels DiBcom, un spécialiste français, et Fujitsu Microelectronics, qui proposent les circuits nécessaires à la réception sur un mobile, sans pouvoir gommer les inconvénients liés au standard lui-même, en termes de consommation d'énergie et de doublement de l'antenne de réception.
La norme européenne DVB-H est plus prometteuse. Fondée sur MPeg-4, elle consomme moins et semble plus proche des contraintes des mobiles : débits plus faibles et définition inférieure. Plus moderne et mieux adaptée aux récepteurs, elle prétend gérer dix fois plus de canaux que DVB-T, de 120 à 300 kbit/s chacun, contre 3 Mbit/s en DVB-T, et, surtout, des canaux de retour pour répondre à un double besoin, celui de la diffusion broadcast (un même flux pour tout le monde) et le besoin individuel (vidéo à la demande). Il existe une troisième technologie possible, dite SDMB (Satellite digital multimedia broadcast) , utilisant des bandes de fréquences proches de celles qui sont utilisées pour la téléphonie mobile UMTS, si ce n'est que la diffusion d'images vidéo se fait cette fois par satellite. Un service de ce type existe déjà en Corée et au Japon, et l'Europe finance le projet Maestro, dans lequel Alcatel est très impliqué avec des partenaires tels que Bouygues Telecom, BT ou Motorola.
De nouveaux usages du mobile, encore plus étonnants, ont déjà cours au Japon et en Corée. C'est le cas, par exemple, des services liés à la domotique : ainsi, un mobile, connecté au système d'alarme installé au domicile de son propriétaire, recevra des images, voire des séquences vidéo, en cas d'intrusion.
L'une des évolutions les plus importantes du mobile sera sans doute son utilisation en tant qu'outil de paiement, un peu comme une supercarte de crédit. Cela se fait déjà au Japon, pour la SNCF locale : l'usager passe son mobile devant un terminal de paiement, celui-ci note fidèlement les informations de la transaction : numéro du mobile, montant, date, etc. La technologie utilisée est celle de la puce sans contact Felica, de Sony, qui comporte un émetteur radio (13,56 MHz) capable de communiquer avec un lecteur distant d'une dizaine de centimètres. Réservé à la saisie des petites transactions ne nécessitant pas de contrôle bancaire, le système Felica est très rapide et fiable. Il appartient à la même mouvance que les fameuses étiquettes radio RFID destinées à la grande distribution.
Nos habitudes en seront bouleversées
En juillet dernier, l'opérateur nippon NTT DoCoMo a annoncé quatre mobiles dotés de la puce Felica, utilisables dans neuf mille commerces de proximité, hôtels, supermarchés et restaurants McDonald's. Les combinés peuvent stocker de l'argent et des données personnelles, et veulent remplacer, à terme, à la fois les espèces, les cartes de crédit, les badges d'identification, les billets de transport ferroviaire ou aérien, le péage des autoroutes, etc. Moneo a du souci à se faire, d'autant que Philips et Visa, à leur tour, ont adopté le procédé. Hormis ces usages spécifiques, le mobile continuera de faire ce qu'il faisait déjà très bien. On s'en servira pour se connecter à internet, le terminal n'ayant plus rien à voir avec ce qu'il était il y a quatre ans, au temps des premiers téléphones GSM, et bénéficiant d'étonnantes avancées technologiques en matière d'affichage, entre autres avec des écrans organiques Oled (Organic light-emitting diode) enroulables, des synthétiseurs vocaux ultraperfectionnés ou des claviers dépliables. On s'en servira pour lire des codes-barres traditionnels (comme dans les métiers du transport et de la course), mais aussi des codes-barres à deux dimensions, qui commencent à apparaître, grâce à la technologie QR Code (Quick response code) . Ces étiquettes à deux dimensions se retrouvent sur certaines cartes de visite, le mobile enregistrant automatiquement, via son capteur CCD (Charge-coupled device ), les données inscrites : adresse, téléphone, fax, etc. Le mobile étant Bluetooth, ce sera ensuite un jeu d'enfant que de mettre à jour le carnet d'adresses de son ordinateur avec les informations recueillies. Comme la couleur et les réseaux en leur temps, il serait vain de croire que toute cette effervescence ne sera qu'un effet de mode. Obstiné à fabriquer une société de plus en plus communicante... pour des gens pourtant de plus en plus seuls, le mobile va révolutionner notre manière d'être et de faire.
Au-delà des usages connus SMS, courriel et téléphone , le mobile proposera demain une panoplie de services, dont il ne faut surtout pas croire qu'ils ne sont que des gadgets.
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La diffusion d'images vidéo sur réseaux mobiles constitue la nouvelle frontière la plus visible pour les mobiles, même si plusieurs options technologiques s'affrontent encore.
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Des usages plus innovants peuvent être envisagés comme le télépaiement, le contrôle à distance d'équipements domotiques ou la lecture d'étiquettes 2D.
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L'examen des évolutions actuelles des services accessibles depuis un mobile en Corée ou au Japon permet de se faire une idée plus précise des futurs usages.
Avec ses services i-mode, NTT DoCoMo fait figure de précurseur pour tout ce qui touche aux nouveaux usages des mobiles en transmission de données. Son site internet représente une ville virtuelle dédiée à ces usages, avec tout un ensemble de services placés en situation et opérationnels : une messagerie vidéo et audio, un service d'informations de proximité il suffit de choisir parmi cinq cents thèmes , un service d'information lié aux transports urbains gratuits (Marunouchi Shuttle) pour savoir où se trouve le prochain bus et quand il passera, un service d'achat Cmode pour distributeurs de boissons, un service d'achat de tickets (une sorte de tirelire numérique à débiter en fonction des besoins), un service d'achat de tickets pour des parcs d'attraction, un service RFID, un service de paiement de type Felica, une lecture de codes-barres à deux dimensions, sans oublier le très nécessaire système de contrôle domotique.
Il faudra s'y habituer. Quand, demain, on parlera de mobile, on ne lui associera pas forcément le téléphone. On évoquera plutôt un engin hybride doté d'un grand nombre de fonctions, léger et transportable, qui tiendra facilement dans la poche. Alors est-ce que ce sont les téléphones d'aujourd'hui qui « vont prendre du poids » , ou les PDA, auxquels on associera des capacités de téléphonie ? Difficile à dire, même si, a priori, pour des questions de confort, il est sans doute plus facile de doter un PDA d'une fonctionnalité téléphonique et son propriétaire d'écouteurs que de faire croire à l'usager du téléphone que son écran est suffisamment grand et son clavier bien adapté à la saisie de masse.
L'image animée sur un téléphone fixe, cela n'a jamais convaincu les foules, même si France Télécom vient de relancer ce service avec un visiophone dédié. L'intérêt de voir le visage de son correspondant n'est pas réellement démontré. Avec un mobile, c'est différent. Ce qui est séduisant, c'est que l'on a accès à l'environnement et au contexte de son interlocuteur, le chantier sur lequel il travaille, la voiture accidentée, la machine à laver à acheter, voire sa maison de campagne sous vidéosurveillance. L'image est le complément naturel de la mobilité, et la visiophonie ne pourra qu'en profiter.
Au Japon et en Corée, le mobile permet déjà d'interroger à distance la domotique familiale pour modifier la température ambiante, s'assurer que la porte d'entrée est fermée, savoir s'il y a du courrier dans la boîte aux lettres, ou programmer le magnétoscope. Un véritable « Big Brother » domotique. Et que personne ne vienne nous dire qu'une fois au bureau, il ne s'est jamais demandé s'il avait bien éteint la gazinière ! Au Japon, très en pointe, le mobile permet de commander des robots via le réseau i-mode. Sony a lancé le sien, Aibo, depuis plusieurs années. Il peut être activé à distance et programmé pour réagir aux ordres du mobile. Aibo peut constituer un surveillant efficace, jamais en grève, mais parfois indiscret !
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