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Fusion Oracle-PeopleSoft : tout reste à faire
Après dix-huit mois de bras de fer, Oracle obtient enfin la reddition de PeopleSoft et peut réellement lancer la fusion qui doit le conforter au deuxième rang des éditeurs de logiciels mais aussi de progiciels intégrés.

Alain Clapaud , 01 Réseaux (n° 146), le 01/01/2005 à 00h00

Voici l'épilogue d'une fusion bien mal engagée : Larry Ellison, le p-dg d'Oracle, met finalement la main sur son concurrent PeopleSoft pour la somme de 10,3 milliards de dollars en cash. Rappelé à la direction de la société qu'il avait créée, Dave Duffield s'est montré plus arrangeant que l'obtus Creg Conway qui refusait de s'incliner devant son ancien employeur.

Qui fait une bonne affaire dans cette transaction ?

Soucieux des intérêts des actionnaires de PeopleSoft, au détriment des clients diront certains, il est parvenu à faire monter les enchères à 26,50 dollars l'action, contre 16 dollars au lancement de l'OPA il y a dix-huit mois. Une surenchère telle qu'on peut légitimement se demander qui fait la bonne affaire dans l'opération. Chez Oracle, on relativise l'impact de la transaction sur les comptes, soulignant que la trésorerie est de 9 milliards de dollars, celle de PeopleSoft étant de 2 milliards et le cash flow de l'éditeur de l'ordre de 3 à 4 milliards. Dans le communiqué laconique de PeopleSoft annonçant la fusion, A. George "Skip" Battle, le chef des négociateurs de PeopleSoft, se félicitait de la plus-value obtenue pour ses actionnaires, se contentant d'un remerciement aux clients qui ont continué à acheter les produits maison au cours cette période incertaine. Des clients qui s'interrogent bien légitimement sur la pérennité de leurs investissements... Pourtant, sur ce marché des PGI grands comptes arrivé à saturation dans les pays occidentaux, les clients représentent un actif qu'il est maintenant essentiel pour Oracle de sécuriser. Et la tâche ne sera pas simple face au numéro un SAP, mais aussi face au challenger Microsoft qui voit se présenter à lui une occasion unique de s'implanter sur ce marché qu'il ne convoite que depuis 2000.

Une unification par SOA

Pour rassurer la base installée PeopleSoft (fusionné avec JD Edwards depuis la mi-2003) sans délaisser ses propres clients, Larry Ellison a décidé... de ne pas trancher. Pour le moment, les gammes de produits des trois éditeurs vont devoir cohabiter au même catalogue. PeopleSoft 8 est maintenu, de même que JD Edwards 5 et il y aura même des nouvelles versions (PeopleSoft 9 et JD Edwards 6) dans les prochaines années. Les analystes du Gartner doutent néanmoins des innovations qui seront apportées hors d'Oracle E-Business Suite. La voie choisie sera celle de la fusion de ces trois offres au sein d'une toute nouvelle suite qui bénéficiera du meilleur des trois éditeurs, dixit le marketing d'Oracle. Cette plate-forme s'appuiera sur les briques d'infrastructure d'Oracle, ce qui remet en cause les accords techniques de PeopleSoft avec IBM. Elle devrait notamment profiter du concept SOA (architecture orientée services) aujourd'hui au coeur de la stratégie technologique de l'éditeur. Projet de longue haleine, puisque ce chantier est estimé à une dizaine d'années, la fusion Oracle-PeopleSoft-JD Edwards sera-t-elle réellement génératrice de valeur ?

Un pari difficile qu'Oracle devra gagner en tout premier lieu auprès de sa nouvelle base installée, à qui il devra prouver par les actes sa bonne volonté affichée.


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