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Cet article est extrait de : L'Ordinateur Individuel

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[ ESCROQUERIE ]
Ces virus qui font exploser les factures de téléphone
Des centaines d'abonnés à Internet ont été connectés à leur insu à des numéros de téléphone surtaxés. Résultat : des factures souvent faramineuses !

Cédric Gouverneur , L'Ordinateur Individuel, le 13/01/2005 à 07h00

En ouvrant son courrier, Jean-Marie Schnebelen ne s'attendait pas à pareille surprise. Le montant de sa facture de téléphone atteint en effet plus de 1200 euros. Une erreur ? Il contacte son opérateur, Cegetel, qui lui fournit une explication surprenante. Jean-Marie aurait passé des dizaines d'appels vers des numéros surtaxés en France, mais aussi - et par satellite ! - vers Sao Tomé et Principe, un archipel du golfe de Guinée. « Vous avez été piraté », lui glisse le service clients.

Confronté à plusieurs cas similaires, Cegetel a décidé - début novembre - de bloquer toutes les communications satellite et de dédommager les plaignants. Jean-Marie Schnebelen est l'une des victimes françaises escroquées à l'aide de dialers véreux, qui se répandent à toute vitesse sur Internet depuis le mois de juin.

Les dialers (littéralement numéroteurs) existent pourtant depuis longtemps : il s'agit de logiciels que l'on télécharge sur son ordinateur et qui modifient provisoirement les paramètres de connexion Internet pour que le modem RTC (bas débit) compose un numéro surtaxé. En échange du paiement de ces communications, l'internaute peut accéder à des sites à « valeur ajoutée », un terme souvent synonyme de pornographique. L'exploitant du site, lui, perçoit une partie du montant des communications.

Mais, d'outil de paiement, le dialer peut se muer en arme de braquage pour les gangsters de la Toile. Certains sites s'arrangent en effet pour que les internautes téléchargent et installent des dialers sans s'en rendre compte, en cachant le programme derrière un logiciel gratuit. Ces services « n'annoncent pas clairement la couleur et font preuve d'une certaine opacité tarifaire » , confirme Cegetel. Il faut en effet lire plusieurs pages Web pour découvrir que le téléchargement d'un logiciel gratuit provoquera l'installation d'un numéroteur.

Pire : certains sont propagés par des virus ou dans des pop-ups, en exploitant des failles de sécurité. Cet été, le virus Downloader.small.9.BV a infecté des centaines d'internautes et installé à leur insu un dialer. Quel que soit le moyen de propagation, le résultat est le même. En quelques minutes, le programme est téléchargé et modifie les paramètres de connexion, sans que l'internaute ait été informé du tarif ou des modalités des appels.

Après une recherche effectuée à notre demande, Sophos - éditeur de logiciels de sécurité informatique - a déniché sur la toile environ 200  dialers dangereux. Certains sites de pornographie, de jeux, d'astrologie, de warez (des logiciels pirates) ou de téléchargement sont de véritables nids à dialers : un seul clic malencontreux suffit à faire exploser la facture de téléphone !

L'association parapublique le Forum de l'Internet, qui aide les internautes, reçoit « deux ou trois plaintes chaque jour, souvent pour quelques centaines d'euros, parfois pour plusieurs milliers » , explique son conseiller juridique, Benoît Tabaka. Le virus Downloader.Small aurait fait une centaine de victimes en France, aux dires de l'opérateur Colt Télécommunications. Le numéro de téléphone surtaxé composé par le dialer appartenait à Colt, qui le sous-louait à une société dont il tait pour l'instant le nom. Car l'affaire risque de se terminer en justice.

Entre les dédommagements aux victimes et l'extension de son service clients pour traiter les réclamations, l'addition pour l'opérateur s'élève à une centaine de milliers d'euros... Au Forum de l'Internet, on ne s'étonne plus de rien : « Un site de téléchargement bidon, francophone mais immatriculé en Uruguay, injecte un dialer à l'imprudent qui y effectue une recherche, raconte Benoît Tabaka. Il existe aussi de faux sites de téléchargement de musique en ligne, qui imitent les sites connus et installent subrepticement des dialers. »

5 euros les 15 secondes par satellite !

Pour tirer un maximum d'argent de leurs victimes, les margoulins qui utilisent les dialers ne se sont pas arrêtés aux numéros de téléphone surtaxés français. Ceux-ci sont en effet « peu » rémunérateurs : au maximum 1 euro la minute. Les escrocs préfèrent donc ouvrir des numéros dans des micro-Etats aux lois « souples », comme Sao Tomé et Principe. « Aujourd'hui, des victimes sont facturées 5 euros les 15 secondes, avec une communication par satellite ! » , explique Benoît Tabaka.

Sur les factures des victimes, l'opérateur responsable des liaisons vers ces pays tropicaux est souvent l'Italien Telespazio. A Rome, le porte-parole de cette compagnie, Paolo de Vincentiis, a refusé de nous dévoiler l'identité de ses clients, en tentant de désamorcer l'affaire. Selon lui, tous les plaignants ne sont que des menteurs. « L'expérience passée confirme, hélas, que ces appels sont émis en toute connaissance de cause » , soutient-il. Sous-entendu : les victimes sont toutes des obsédés sexuels qui se sont connectés à des sites pornographiques.

La position des opérateurs qui fournissent les numéros surtaxés aux escrocs est ambiguë, car ils touchent une marge sur chaque connexion. Filiale de Neuf Telecom, via Jet Multimédia, Oxone Technologies fournit notamment des numéroteurs à des sites payants. Fin septembre, une de ses lignes a été coupée par France Télécom après contestation d'un abonné. Entre deux menaces de « procès en diffamation » aux journalistes qui l'appellent, Joël Burtin, directeur général d'Oxone, défend l'intégrité de ses clients : « Des internautes de bonne foi comprennent parfois mal les tarifs ; ils pensent que la connexion par le biais d'un dialer est incluse dans le forfait de leur FAI. Seulement, il est impossible de se connecter à l'insu de son plein gré. Que l'information des consommateurs ne soit pas assez explicite, peut-être. Dans ce cas, nous faisons un geste commercial et nous remboursons. »

Peu d'escrocs sont inquiétés

Joël Burtin en profite pour pointer au passage les responsabilités de France Télécom : « Régulièrement, l'opérateur historique nous coupe une ligne, nous fait payer une forte pénalité et nous montre du doigt. Pourquoi n'indique-t-il pas sur ses factures que ses abonnés ont la possibilité de restreindre leur ligne ? »

Au-delà des prestataires de services, qui se cache derrière ces arnaques ? « Tous les escrocs de la télématique (Minitel, téléphone, etc.) que l'on connaît depuis des années. Etablis à l'étranger, et notamment en Suède, en Angleterre ou encore aux Pays-Bas, ils prennent peu de risques » , fulmine Hervé Soymié, secrétaire général du Conseil supérieur de la télématique (CST), l'organisme qui encadre en France les services à tarification majorée. Les poursuites judiciaires sont plus faciles à engager contre des résidents français : en 2003, un responsable de site, qui n'avait pas alerté les internautes du caractère payant d'un téléchargement, a été condamné à 10 000 € d'amende et quatre mois de prison avec sursis.

Peu d'escrocs punis donc, mais un véritable parcours du combattant pour se faire rembourser. Si Cegetel et Colt dédommagent les internautes abusés, il faut souvent aller se plaindre directement auprès du site indélicat... A Sao Tomé et Principe, ou bien en Uruguay ?

Le principe

Un logiciel malicieux s'installe sur l'ordinateur de la victime

En naviguant sur une page Web, ou en relevant son courrier, un internaute, qui n'a pas mis à jour Windows avec les derniers correctifs de sécurité, télécharge à son insu un programme, qui s'installe en toute discrétion.

Le programme compose des numéros surtaxés

Si l'ordinateur de la victime est équipé d'un modem RTC relié à la ligne téléphonique, le logiciel compose des numéros de téléphone surtaxés, de 0,34 à 20 € la minute, sans prévenir l'utilisateur.

La note est salée

Lorsque l'internaute reçoit sa facture France Télécom, il tombe des nues : plusieurs centaines, voire des milliers d'euros de communications. Une grande partie du montant de la facture sera reversée à l'escroc, par l'intermédiaire de sociétés-écrans.


La razzia mondiale des dialers braqueurs

Italie : le pirate des CaraIbes

En octobre 2003, un mail invite les internautes italiens à télécharger un fond d'écran. Il cache un dialer qui les connecte aux Antilles néerlandaises... En quelques jours, le virus rapporte plus de 100 000 € à son auteur, un pirate italien de 39 ans, vite interpellé. Selon les carabiniers, s'il n'avait pas été démasqué, l'escroc aurait pu gagner un million d'euros par mois.

Grande-Bretagne : un millier de numéros bloqués

Outre-Manche, les rogue dialers ( « dialers voyous ») ont déjà fait des dizaines de milliers de victimes. Ils représentent 70 % des fraudes aux télécoms en 2003 contre 43 % en 2002. En juillet, British Telecom a bloqué un millier de numéros surtaxés, associés à ces dialers. BT promet de reverser à des oeuvres de charité les marges réalisées sur ces connexions.

Irlande : ruinés par un pop-up

En octobre, pour stopper un dialer, Dublin a coupé les liaisons téléphoniques vers treize archipels : des centaines d'Irlandais, qui pensaient « fermer » un pop-up en cliquant sur « oui », avaient été dévalisés, leur modem composant un numéro vers le Pacifique. Une entreprise a ainsi perdu 20 000 €. Les opérateurs n'ont remboursé aucune victime et les pirates « surfent » toujours.



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