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Après plus de dix années d'expérience, est-il souhaitable de rester développeur ou campé sur un poste très axé sur la technique ? Cette question, trop d'informaticiens oublient de se la poser. De plus, bon nombre d'entre eux n'ont toujours pas pris conscience du resserrement du marché. Le monde protégé de la fin des années 90 paraît désormais bien loin. Et si ceux qui travaillent au sein des sociétés de services informatiques semblent, certes, plus sensibilisés, ce n'est pas encore le cas dans les directions des systèmes d'information.
En témoigne Matthieu David, du cabinet de conseil IDRH. Dans le cadre de cellules de reclassement, il en rencontre encore beaucoup qui gardent une perception erronée de leur métier, croyant toujours vivre dans l'âge d'or de l'informatique. « Issus d'une DSI, ils ont une mauvaise lecture du marché et de l'adéquation de leurs compétences avec les exigences des employeurs. »
Un métier aujourd'hui menacé par la sous-traitance
Pensant mener toute leur carrière au sein de leur entreprise, ces informaticiens n'ont en effet pas préparé de porte de sortie... Et se trouvent aujourd'hui pris au dépourvu, avec des règles qui ont changé et qu'ils ne comprennent pas forcément. « Depuis 2003, ils font partie des plans sociaux comme les autres populations. Et leurs réseaux relationnels ne leur suffisent plus pour retrouver un emploi. De surcroît, le nombre de candidats dépasse celui des postes offerts » , note Céline Agosti, du cabinet de conseil en RH Agosti.
Sur un marché de l'emploi moins florissant qu'auparavant, arrivent régulièrement des vagues de nouveaux diplômés, frais émoulus de leurs écoles, qui affichent des prétentions salariales à la baisse. En parallèle, de plus en plus de travaux de développement sont sous-traités dans des pays étrangers disposant d'une main-d'oeuvre à moindre coût. Un développeur senior, en SSII ou au sein d'une DSI, peut-il lutter contre cette concurrence ? Ne se retrouvera-t-il pas, tôt ou tard, en danger ?
Pour Vincent Lacolare, directeur coordination du groupe Altran, « la rapidité du développement et des cycles, ainsi que le changement continuel des méthodes de programmation et des technologies utilisées permettent d'exercer toute une carrière dans ce métier sans s'ennuyer. » Et, s'il est souvent peu valorisé, le métier de développeur apporte pourtant de nombreuses satisfactions : « Le développeur a le plaisir de voir tourner un logiciel qu'il a pensé et créé. Dans d'autres postes, cette phase de création risque de se perdre » , regrette Michel Lépine, ingénieur informaticien en recherche d'emploi.
Trouver une solution à un problème technique représente un défi qui en motive plus d'un et qui explique pourquoi certains développeurs ne souhaitent pas ou n'envisagent pas d'évoluer dans leur fonction.
En France, Les recruteurs préfèrent les jeunes informaticiens
Mais un problème se pose alors : celui de leur rentabilité. Même s'ils ont l'avantage de la maturité, les développeurs seniors coûtent plus cher, pour de la programmation pure, qu'un jeune diplômé. « Le développement évoluant continuellement, il est difficile de capitaliser sur la programmation pure. S'il ne produit que du code, le développeur senior n'apportera guère de valeur ajoutée, comparé à un junior gagnant pourtant beaucoup moins que lui » , constate Vincent Lacolare.
A ces considérations économiques s'en ajoutent d'autres, plus subjectives. « Dans de nombreux pays, tel le Royaume-Uni, rester analyste-programmeur ou développeur jusqu'à la fin de sa carrière est parfaitement concevable. En France, cela s'avère beaucoup plus difficile » , reconnaît Catherine Hankiss, responsable de recrutement groupe de GFI Informatique. Les SSII, qui font surtout de la délégation de personnel, ont souvent du mal à placer des collaborateurs d'un certain âge chez leurs clients. Et cela parce qu' « un élément culturel de poids joue contre les développeurs seniors : l'informatique, dans l'image des recruteurs de l'Hexagone, est une affaire de jeunes » , regrette Matthieu David.
Par ailleurs, « le manque d'évolution peut être reproché, jugé comme un manque d'ambition, une incapacité à ressentir les besoins d'une entreprise, et un enfermement dans un savoir-faire » , note Sylvie Birot, consultante au cabinet d'outplacement DBM à Lyon. Pourtant, « les plus de 40 ans disposent de connaissances et de compétences dont l'entreprise ne peut se passer. Il n'est pas possible de tous les remplacer par des diplômés bac+5 débutants. Si ceux-ci possèdent des compétences techniques à jour, il leur manque la connaissance du monde de l'entreprise, du travail en mode projet, etc. » , s'insurge Céline Agosti.
Réussir sa reconversion en se faisant conseiller à l'extérieur
Les profils techniques se doivent à tout prix, après cinq ou dix ans d'activité professionnelle, de réfléchir au tour qu'ils souhaitent donner à leur carrière. La voie royale, en France, c'est le management. Cependant, « tout le monde ne se destine pas au management ou à l'encadrement, prévient Paul-Henry Fallourd, directeur de l'université Unilog. Il est également possible de s'orienter vers le conseil, vers une expertise particulière, ou vers l'encadrement technique de juniors. »
S'ils ne souhaitent pas évoluer vers le management, « les développeurs doivent cependant savoir qu'ils mettent leur carrière entre parenthèses. Il leur faut réussir à trouver dans leur poste un intérêt à long terme et comprendre que leur salaire n'évoluera guère » , ajoute Céline Agosti.
Ils doivent donc prendre un peu de recul, réfléchir à ce qu'ils aiment ou aimeraient faire, à ce qu'ils connaissent réellement du management. Leur choix de poursuivre dans la technique ne découle-t-il pas d'une facilité bien naturelle à demeurer dans un domaine qu'ils maîtrisent parfaitement ?
Ce travail sur soi nécessite souvent un coup de main de l'extérieur. « Recenser seul ses compétences reste un exercice difficile. Mieux vaut avoir en face de soi une personne qui joue le rôle de miroir, aide à se poser les bonnes questions et à y répondre honnêtement : qu'est-ce qui m'intéresse sur le plan technique, ou en termes de secteur d'activité, de relationnel, de travail en équipe ? explique Claire Haegeman, directrice développement d'Alten. Le développeur doit se demander s'il a réellement choisi de ne pas faire de management de projet. Si tel est bien le cas, il doit savoir exactement pourquoi, et ensuite être prêt à assumer ce choix. Tout en étant conscient que la voie de l'expertise n'est ni la plus facile ni la plus reconnue. »
Un développeur peut donc décider de rester à son poste. Mais il doit le faire en connaissance de cause, et savoir qu'en cas de licenciement, il retrouvera difficilement un poste similaire. Et les techniques de développement évoluant rapidement, il devra toujours se tenir au courant. « Ce que tous les développeurs ne font pas forcément » , souligne Michel Lépine.
Si, après s'être interrogé, le développeur conclut finalement qu'il préfère évoluer, « il doit, dans un premier temps, aller voir son manager pour recenser les pistes possibles. Pour avancer, il peut demander à suivre des formations utiles à sa carrière. Les budgets formation sont aussi là pour ça » , remarque Claire Haegeman. De plus, il ne lui faut pas perdre de vue qu'une formation seule n'apporte rien si on ne la met pas concrètement et rapidement en oeuvre pour la valoriser.
Évoluer vers le support technique d'une équipe projet
Les évolutions les plus naturelles pour les développeurs, hormis les postes de chef de projet, sont le support ou la qualité. « Nous travaillons beaucoup en mode projet et au forfait, avec des engagements de résultat. Nous avons donc besoin, en support, de spécialistes comme des experts techniques ou des personnes responsables du respect des normes et des procédures qualité. Ces postes offrent une évolution possible aux collaborateurs qui ne souhaitent pas s'orienter vers le management humain », expose Catherine Hankiss.
L'entreprise a, en effet, intérêt à employer des développeurs seniors qui, au-delà du pur développement, feront du support. « La manière de structurer et d'optimiser son code, de travailler en briques facilement réutilisables, de mettre en place des procédures de tests, de choisir telle ou telle technologie, c'est ce qui fait la vraie valeur ajoutée du développeur senior. Surtout si, capitalisant cette expérience, il sait en faire profiter les juniors » , assure Vincent Lacolare.
Le développeur senior, qui continue de programmer un peu, devient alors un garant et le support technique d'une équipe projet, dont il accroîtra l'efficacité. Cependant, pour cela, il faut pouvoir et vouloir structurer son expérience afin de la transmettre.
Le développeur a également la possibilité de se diriger vers l'expertise fonctionnelle ou technique. « S'il est performant et possède une bonne connaissance du métier de son client, un analyste-programmeur de 40 ans apporte une expérience professionnelle et une maturité intéressantes. Il pourra alors accéder à des fonctions où il jouera les intermédiaires entre l'utilisateur final et le service informatique » , estime Catherine Hankiss.
Le passage par la tierce maintenance applicative (TMA) peut constituer pour le développeur, qui, généralement connaît la technologie utilisée, un bon moyen d'acquérir une compétence métier. « Le développeur, s'il intervient sur la TMA d'une chaîne logistique, pourra acquérir des notions liées à cette thématique et, ainsi, évoluer progressivement vers l'analyse et la conception associées à ce métier » , note Jean Ruaux, DRH de Sopra Group.
L'expertise technique, à laquelle pensent souvent les développeurs, se révèle une voie difficile. Tout d'abord, les élus sont peu nombreux : « L'expert intervenant en support sur différents projets, les postes en management sont bien plus nombreux qu'en expertise technique. Etre expert réclame une démarche spécifique, car il faut toujours être à la pointe » , prévient Claire Haegeman.
Par ailleurs, il faut veiller à ne pas s'enfermer dans une technologie qui ne serait pas pérenne. « Le problème, quand on est expert, c'est qu'ensuite on ne progresse plus autrement que par l'expertise. Des évolutions horizontales restent possibles - par exemple, sur de nouvelles technologies -, mais il n'en existe pas de verticales, remarque Michel Lépine. Et quand le couperet de l'âge tombe, la situation peut devenir vraiment difficile. Situé au sommet d'un sujet, l'expert n'est plus en mesure de bifurquer. Son expertise risque alors de se transformer en voie de non-retour. »
Parmi les autres pistes moins évidentes et moins classiques, figurent celles du commercial en avant-vente ou encore de la création de sa propre structure en devenant indépendant. Mais pour que cette évolution puisse se dérouler dans de bonnes conditions, il vaut mieux, pour le développeur, passer d'abord par un poste de consultant ou de chef de projet technique. Garder un pied dans le développement s'avère donc possible, à la condition d'élargir son éventail de compétences afin de continuer d'intéresser les recruteurs.
Peut-on rester développeur toute sa vie ?
Oui. Mais cela représente alors davantage un choix de vie que de carrière. Il est tout à fait possible de continuer d'évoluer au même rythme que les techniques et les langages de programmation, et de ne pas s'ennuyer dans son métier.
L'objectif consiste alors à rester dans la même entreprise, en sachant que le salaire n'évoluera que peu.
Quels sont alors les risques ?
L'informatique est aujourd'hui entrée dans l'économie traditionnelle : les informaticiens sont touchés comme les autres par les licenciements et les plans sociaux.
Quand on est développeur senior, on coûte plus cher qu'un jeune diplômé ou qu'un informaticien indien. Et justifier cette rentabilité moindre si l'on n'a pas développé d'autres compétences en parallèle, difficiles à acquérir sans l'expérience, peut s'avérer très difficile.
Quelles sont les possibilités d'évolution ?
Si l'entreprise est bien structurée et qu'elle se soucie de l'évolution de carrière de ses développeurs, passer du développement à l'assurance qualité, puis à la gestion technique de projet et, pourquoi pas ensuite, à l'avant-vente ou à l'assistance à maîtrise d'ouvrage constitue un déroulé logique possible. Ce parcours est progressif, et peut s'opérer sans à-coups.
Un tiers des développeurs de plus de 40 ans restent au chômage plus d'un an
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19 % des développeurs en informatique inscrits à l'ANPE ont plus de 40 ans
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En début 2004, 23 500 demandeurs d'emploi étaient inscrits à l'ANPE en tant que développeurs.
Les évolutions possibles hors le management d'équipes
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