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[ ENQUÊTE ]
Quand le billet papier s'envole vers la dématérialisation
Dopés par la vente directe, les prestataires du transport, du couponnage ou du spectacle s'intéressent aux nouvelles technologies de billettique sans papier. Economies obligent.

Hubert d'Erceville , 01 Informatique (n° 1783), le 08/11/2004 à 07h00

Emettre et envoyer un billet sous forme papier coûte, en moyenne, de 5 à 10 euros l'unité. Vendu par téléphone ou sur Internet, son équivalent dématérialisé revient, en moyenne, à 4 euros. Il peut s'agir d'un simple numéro sécurisé, associé à un identifiant personnel, d'une image imprimée par le client lui-même, ou d'un SMS sur téléphone portable. Multipliez la différence - approximativement 5 euros pour le billet électronique, et 2 euros pour le billet imprimé - par le nombre de clients, et vous aurez une idée du gain financier potentiel.

Pour la compagnie Air France, par exemple, qui transporte 44 millions de passagers par an - et 63 millions après la fusion avec KLM -, il se monte à près de 200 millions d'euros. Pour la SNCF et ses 83 millions de voyageurs TGV, l'économie réalisée avec le billet imprimé avoisinerait les 160 millions d'euros.

Tous les tickets ne sont pas égaux devant la loi

Deux calculs tout théoriques. A ce jour, seuls 13 % des billets d'Air France sont vendus sous forme électronique et la SNCF n'émet « que » 1 million de billets imprimés par an. Mais l'idée fait souche. Non seulement chez les transporteurs, mais aussi dans toutes les entreprises pratiquant la billettique - qu'il s'agisse d'actions promotionnelles ou commerciales. Et plus particulièrement parmi les organisateurs de manifestations culturelles ou sportives, ou les responsables de musées, dont les émissions annuelles représentent en France plus de 140 millions de billets papier : France Billet vend quelque 14 millions de places de spectacle ; les clubs de football éditent 12 millions de billets, le Louvre 9 millions, la tour Eiffel 6 millions, et le festival d'Avignon 630 000.

Tous, lors du passage à la vente sur Internet, essayent de s'affranchir du document papier qu'il faut nécessairement transmettre au client. Ils s'intéressent alors aux technologies qui allègent significativement les coûts directs - impression, stock, sécurisation, émission, envoi - et indirects - ouverture d'un guichet, contrôle, comptage des souches.

Or, tous les tickets sont pas égaux devant la loi. Pour l'avion, le train ou le bus, dépendants du ministère des Transports, le billet électronique est licite, puisque conforme à une directive européenne. Par contre, les spectacles culturels, le sport, le cinéma ou les musées attendent le blanc-seing de la Direction générale des impôts (DGI), du ministère de la Culture, des Douanes, ou de la Cinémathèque.

Les problématiques de preuve, de taxation ou de fraude seront donc levées au cas par cas. Ainsi, les spectacles sont régis par l'article 290 quater du Code général des impôts, qui prévoit l'impression chronologique de billets datés en trois parties - souche, contremarque contrôle, coupon client -, avec le nom de l'imprimeur et celui du spectacle. Modifier ce cahier des charges, qui date de 1993 et fixe les fonctions des logiciels mis en oeuvre, nécessite d'introduire de nouvelles dispositions.

La DGI, qui y travaille avec les professionnels concernés, les Douanes et les éditeurs de logiciels, espère faire passer un texte de loi au plus tard au premier semestre 2005. L'étape légale franchie, plusieurs types de dématérialisation doivent alors être comparés, selon leur maturité.

L'avion adopte un numéro de passager unique

Pionnières dans la recherche du moindre coût, les compagnies aériennes à bas prix américaines ont, dès les années 80, défriché le terrain en inventant le billet électronique vendu par téléphone. Plus besoin de papier ni de coupons pour enregistrer ses passagers. Les opérateurs de systèmes de réservation centralisée avec les agences de voyages - Amadeus, Sabre Worldspan ou Galileo - ont, par la suite, copié et étendu la formule.

Aujourd'hui, la montée en puissance d'Internet, l'explosion de la vente directe et l'adoption d'un numéro passager unique d'identification, ainsi que le PNR (Passenger Name Record) entre les 270 principales compagnies aériennes mondiales sont en train de changer la donne.

Ce code, associé à un standard d'échange Edifact, promu par l'Iata/Sita ( International Air Transport Association, Société internationale de télécommunications aéronautiques), évite désormais de recourir aux GDS (Global Distribution System) pour saisir un trajet impliquant plusieurs transporteurs, pour échanger ou bien modifier des données, et pour valider la prestation et la sécuriser. Cela malgré la très grande hétérogénéité des systèmes informatiques utilisés par les différentes compagnies.

Ainsi, le billet électronique d'un passager qui a oublié son numéro de vol, son horaire, et le nom de sa compagnie peut être retrouvé sur le système informatique d'une autre compagnie.

Les applications sur téléphone mobile existent

Air France, qui développe activement la vente directe - centre d'appel, sites airfrance.fr et opodo.fr  -, commence à émettre ses propres billets électroniques et à en engranger les bénéfices. Opérationnels depuis plus longtemps, Continental, American Airline ou Delta vont aller plus loin : en début 2005, elles devraient facturer un surcoût de 50 dollars aux clients exigeant un billet papier.

La prochaine étape consistera à supprimer la carte d'embarquement, en utilisant alors la technique du billet imprimé ou celle de la carte à puce (ou sans contact) lue par des bornes automatiques. Deux outils déjà adoptés avec succès par le train. Depuis mars 2003, la SNCF propose à ses clients d'imprimer eux-mêmes leurs billets non transférables et non remboursables : 1,2 million de voyageurs l'ont déjà fait, avec un taux de fraude estimé à zéro.

Dernièrement, Thalys a lancé un autre système, baptisé Ticketless. Le billet est alors inscrit dans une base de données et identifié par la lecture d'une puce insérée dans sa carte de fidélité Cybelys.

De nouvelles pistes sont à l'étude, comme l'utilisation du téléphone mobile et des SMS. Les transporteurs y travaillent, tout comme les organisateurs de spectacles. En Europe, quelques applications ont déjà vu le jour en Finlande ou aux Pays-Bas, alors que les compagnies à bas prix, toujours précurseurs, pensent le proposer dès 2005.

En France, les technologies s'affûtent. Elles devraient déboucher sur des systèmes où le ticket papier aura complètement disparu pour peu que la législation s'adapte rapidement à la dématérialisation.


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