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[ ADSL ]
Quand certains FAI renoncent à concurrencer Wanadoo
Pour des raisons de rentabilité, certains FAI abandonnent, totalement ou partiellement, la commercialisation de l'ADSL dans les zones non dégroupées. Des choix qui accentuent la fracture numérique et placent parfois les clients dans des situations ubuesques.

Guillaume Deleurence , 01net., le 22/10/2004 à 19h19

Entre zones dégroupées et zones non dégroupées, le gouffre s'agrandit. Après les tarifs qui varient du simple au double, les FAI menacent de déserter les régions non dégroupées. Quitte à laisser le libre champ à Wanadoo.

C'est le cas de Tele2. Il y a quelques jours, Jean-Louis Constanza, directeur général de Tele2 France, expliquait ainsi que son entreprise ne commercialiserait plus d'ADSL dans les zones non dégroupées. C'est-à-dire là où les FAI, pour commercialiser cette technologie d'accès à Internet, achètent du trafic à France Télécom (option 5, ou IP/ADSL). La raison ? Des coûts trop élevés, et une rentabilité jugée impossible.

Neuf telecom réfute l'affirmation selon laquelle il se limiterait aux zones dégroupées . En pratique, pourtant, difficile d'obtenir de l'ADSL sur la totalité du territoire. Le FAI souligne ses efforts pour développer le dégroupage. Mais, comme le rappelait récemment l'Autorité de régulation des télécommunications, les lignes dégroupées ne représentent actuellement que 20 % du parc de lignes ADSL total (1 million de lignes sur environ 4,5 millions de lignes ADSL au 30 juin dernier).

Chez Tiscali, la décision est moins abrupte. Le fournisseur d'accès a seulement choisi, depuis cet été, de réserver son ADSL 512 kbit/s à 20 euros aux zones dégroupées. Dans les zones non dégroupées, les clients ne peuvent opter que pour du 1 Mbit/s, à 30 euros, comprenant de la voix sur IP (pour le même prix, ils ont du 2 Mbit/s en zone dégroupée). Le 512 kbit/s a été abandonné pour la même raison de trop faible rentabilité.

« Ce qui arrive est normal, explique le dirigeant d'un FAI français. En option 5, la ligne seule coûte 15 euros par mois. A cela s'ajoute la bande passante. Vendre de l'ADSL autour de 20 euros en zone non dégroupée n'est pas possible. Certains sont donc revenus en arrière. »

Des fournisseurs d'accès veulent tenir bon

Certains FAI, comme Club-Internet, Free, AOL ou Cegetel, n'ont pas encore complètement renoncé à vendre en dehors des zones dégroupées. Ils veulent tenir bon, pour le moment. Mais pour combien de temps encore ? Tous les alternatifs attendent beaucoup des discussions avec l'ART, une réunion devant se tenir, en principe, dans le courant de la semaine prochaine.

En attendant, sur le terrain, les internautes essuient les plâtres. Exemple avec des abonnés bas-débit de Tiscali, résidant en zones non dégroupées. Ceux dont la ligne ne supporte pas plus de 512 kbit/s se sont vu refuser une migration en ADSL vers ce débit - alors que leur commune est raccordée en haut-débit. Raison invoquée par Tiscali : « On ne recrute plus de nouveaux abonnés sur ce forfait hors dégroupage. »

Et, pour ceux qui ne lisent pas les conditions générales d'utilisation (CGU) dans le détail, la déception a été double : les contrats bas-débit illimité de ce FAI comportent une clause de reconduction tacite.

Chaque année, à la date anniversaire de souscription du contrat, ce dernier repart pour 12 mois si le client n'a pas prévenu au minimum 7 jours avant cette date. Les clients qui ont laissé passer la date anniversaire sont engagés avec Tiscali jusqu'à mi-2005.

« Je ne savais pas à quelle date il y aurait l'ADSL dans ma commune, explique Jean Ziembinski, client de Tiscali. Et je ne savais pas non plus que Tiscali refuserait de me vendre du 512. » Résultat : son contrat est reparti pour un an, comme prévu. Il a seulement obtenu de changer de forfait bas-débit, passant de 29,90 euros à 5,50 euros mensuels. Mais il paiera cette somme en pure perte, puisqu'il ne se sert plus de son accès Tiscali.

Un boulevard pour Wanadoo

Chez Tele2, Jean-Louis Constanza confirme que les abonnés bas-débit actuels ne pourront pas migrer vers l'ADSL s'ils résident en zone non dégroupée. Mais libre à eux d'aller voir la concurrence dès qu'ils le souhaitent. « Nos clients bas-débit sont libres de partir, nous n'avons pas de clause de reconduction, ni autre », insiste le DG France.

Une situation qui profite à Wanadoo. En abandonnant les zones non dégroupées, les FAI laissent la voie libre à la filiale de France Télécom, qui propose les mêmes tarifs dans tout l'Hexagone.

Déçus, embrouillés, des abonnés retournent vers l'opérateur historique. « Faites confiance au leader de l'Internet », clame l'actuelle campagne de publicité de Wanadoo. Un leader archi-dominant - la moitié du marché ADSL lui appartient - et qui risque de le rester encore longtemps.


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