Pourtant universelle, la carte bancaire ne présente pas que des avantages aux yeux des marchands sur Internet. D'abord parce qu'elle induit des frais incompressibles, difficiles à reporter sur les tarifs lorsque ceux-ci sont peu élevés. Ensuite parce qu'elle exige un investissement de départ qui n'encourage guère les créateurs de « petits » sites à se lancer dans le commerce électronique.
Simples à mettre en oeuvre, ne nécessitant pas d'investissement de départ et très facilement utilisables par les internautes, les solutions de micropaiement répondent manifestement aux besoins très divers de nombreux sites. Qu'il s'agisse de la vente de biens ou de services (articles de presse, petites annonces, météo, vidéo à la demande, musique, jeux...) ou d'objets ayant une valeur inférieure à 15 euros (agroalimentaire, fleurs, copies de documents officiels, tickets de cinéma...), le micropaiement emporte de plus en plus l'adhésion d'internautes toujours réticents à donner leurs coordonnées bancaires sur Internet.
Selon le cabinet Tower-Group, aux États-Unis, le marché des transactions de micropaiement de moins de 5 dollars atteindra 11 milliards de dollars en 2009, soit une croissance annuelle de 23 %.
Le choix : une interface ergonomique et pratique
Du paiement Audiotel à la carte prépayée, en passant par le prélèvement direct sur la facture Internet du client, pour séduire le webmaster, l'interface d'une solution de micropaiement doit être avant tout ergonomique et pratique pour l'internaute. C'est d'ailleurs bien souvent les critères qui conditionnent le choix d'un tel système, bien avant le taux de reversement sur les ventes.
« Même si la carte bancaire permet de toucher jusqu'à 95 % du montant de la vente, alors qu'avec un système Audiotel je n'en récupère que 50 %, j'ai quand même choisi ce dernier. Il permet un achat beaucoup plus simple et rapide, en partie parce que l'usage du téléphone est très naturel. De plus, il rassure les internautes réticents à communiquer leurs coordonnées bancaires » , justifie Jean-Gérard Alfonssi, fondateur de Mesrecherches.com .
Pour ce site, le webmestre a choisi la solution d'AlloPass, le système de paiement par Audiotel le plus répandu aujourd'hui. Pour un appel téléphonique facturé 1,68 euro à l'internaute, Mesrecherches.com touchait 85 centimes lors de son lancement, un montant que le prestataire a depuis remonté à 1 euro.
Pour d'autres cependant, la motivation est venue de l'effet de réseau que permettent les systèmes de micropaiement. « Notre objectif initial était de trouver un complément au paiement par carte bancaire, beaucoup de gens hésitant à transmettre leur numéro. Mais lorsque notre hébergeur nous a montré le système w-HA [paiement prélevé sur la facture Internet du client, NDLR], nous avons aussi été séduits par la visibilité qu'il nous apportait sur le portail de Wanadoo grâce aux liens sponsorisés, ce qui n'est pas négligeable en termes d'image », se souvient Harry Duani, administrateur du site tiercé-magazine.com .
Pour certains commerçants en ligne, cette visibilité peut aussi se traduire par une ouverture vers l'étranger, ce qu'un petit site aurait du mal à réaliser seul : « J'ai moins raisonné en termes financiers qu'en termes de retombées commerciales. Bien implanté en Europe du Nord, mon prestataire Paynova m'apporte des affaires supplémentaires » , reconnaît François Leroux, chocolatier et créateur du site Roy.fr . Paynova, qui repose sur un système de portefeuille virtuel alimenté par l'internaute, lui offre pourtant des reversements largement inférieurs (jusqu'à trois fois plus faibles) que la carte bancaire. Mais au moment du choix, la forte visibilité sur Internet l'a emporté.
Les ressources : une autonomie certaine
Point commun de tous ces systèmes de paiement : leur mise en oeuvre et leur utilisation au quotidien ne demandent quasiment aucune ressource de la part du webmestre, une qualité importante pour des sites souvent administrés par une seule personne. « w-HA, comme tous les moyens de paiement, tourne tout seul une fois installé. Nous consultons simplement de temps à autre les rapports d'activité pour en contrôler le bon fonctionnement. À l'usage, cela est aussi fiable que les modules pour carte bancaire » , explique Harry Duani, du site de Tiercé Magazine.
Et cette simplicité d'utilisation est effectivement commune à tous les systèmes de paiement mis en oeuvre par nos témoins. « La gestion quotidienne ne demande rien. À peine jeter un oeil sur le back office et répondre à deux ou trois e-mails dans la journée venant d'internautes qui n'auraient pas compris le principe du micropaiement », confirme Stéphane Decleire, fondateur du site Bebe-nounou.com , qui utilise le système Audiotel d'AlloPass et la carte prépayée de Kertel.
Il est même possible d'en simplifier la gestion à l'extrême, comme chez Mesrecherches.com : « J'ai un tableau de bord très complet sur le site d'AlloPass : combien d'appels ont été reçus, combien cela a généré de chiffre d'affaires, mon gain net, le cumul des gains, etc. Et je peux demander un virement quand je le souhaite, gratuitement. En fait, mon rôle de gestionnaire se limite à me connecter une fois par semaine pour voir les statistiques ! » , explique Jean-Gérard Alfonssi de Mesrecherches.com .
Du côté des internautes, le résultat a été immédiat : « Les débuts ont été prometteurs. Nous avons commencé à avoir des ventes dès la mise en place du système. Et cela sans aucun souci ; nous n'avons pas eu besoin de l'assistance technique d'AlloPass avant six mois », reconnaît Stéphane Decleire.
La mise en oeuvre : pas besoin de compétences en interne
À l'instar de leur utilisation par les internautes, l'installation de ces systèmes est on ne peut plus aisée. Le plus souvent, il suffit d'intégrer un formulaire HTML ou - plus rarement - quelques lignes de code (généralement en PHP) aux pages du site. « Pour la mise en oeuvre d'AlloPass, nous avons choisi de personnaliser l'installation plutôt que d'utiliser le formulaire fourni par le prestataire. Cela nous a pris seulement une journée de travail d'un programmeur pour tout installer [les scripts et les formulaires, NDLR] et faire les tests », explique Jean-Gérard Alfonssi de Mesrecherches.com . Le système peut être installé en quelques minutes seulement, si l'on préfère utiliser les modèles de pages fournis par AlloPass.
La mise en oeuvre de la plupart des autres systèmes de paiement n'est pas beaucoup plus compliquée : « L'intégration de Paynova au site Roy.fr a demandé l'ajout d'une quarantaine de lignes de code à notre back office généraliste, qui intègre déjà plusieurs autres moyens de paiement. Le plus long a été de devoir recompiler Apache et PHP, car il nous manquait un outil [Curl, pour la manipulation d'URL sous PHP, NDLR]. Mais pour le reste, cela ne posera aucun problème à un technicien maîtrisant l'intégration de plates-formes PHP », détaille Jean-François Mammet, responsable technique de Telechargement.fr , qui gère le site du chocolatier Roy. « Tous ces systèmes reposent sur le même principe : il y a un appel en entrée depuis le client [par le biais d'un formulaire, par exemple, NDLR] qui interroge le système de paiement [carte bancaire, portefeuille Paynova, etc., NDLR]. Une fois la vente acceptée, cela appelle en retour un script privé qui valide le paiement sur le site et un script public qui le confirme à l'internaute », poursuit le technicien.
Seule exception : w-HA, dont l'installation s'est révélée plus contraignante. « C'est le système le plus lourd à mettre en oeuvre que nous avons connu. Il nécessite que le site Web soit sur un serveur spécifique, et il faut installer en outre un serveur d'applications Tomcat et un kit de développement Java », prévient Harry Duani.
Les écueils : des tarifs élevés et une dépendance forte
Si les utilisateurs de ces solutions de micropaiement en sont tout à fait satisfaits, tous dénoncent cependant les commissions élevées ponctionnées par les prestataires. « Le jour où les gens seront vraiment à l'aise avec le paiement par carte bancaire sur Internet, ces systèmes seront amenés à disparaître, car leur niveau de rémunération est vraiment très élevé », prophétise Jean-Gérard Alfonssi de Mesrecherches.com .
L'autre inconvénient souvent cité par nos témoins : la dépendance au système de paiement. « France Télécom n'hésite pas à supprimer les numéros en 0800, utilisés par les systèmes de paiement Audiotel, à la moindre suspicion de fraude. De ce fait, le numéro d'accès à AlloPass est souvent changé sans que l'on en soit averti. Et tant que nous ne connaissons pas le nouveau numéro à indiquer sur notre site, nous ne recevons plus de paiement », déplore Stéphane Decleire, en précisant que cela n'est un problème que pour les sites ayant choisi de personnaliser le formulaire de saisie du code (sinon le nouveau numéro est mis à jour automatiquement).
Il est également nécessaire de maintenir la présence de « transactions gratuites » , qui permettent au webmestre de tester son système ou de dépanner un internaute. « Cela n'existe pas sur w-HA, nous ne pouvons donc pas tester le système de manière simple lorsque nous le souhaitons », regrette ainsi Harry Duani.
La qualité des back office, enfin, est inégale selon les solutions. Si les clients d'AlloPass sont unanimes à reconnaître la richesse de son interface de gestion, ce n'est pas le cas d'autres systèmes. « Le back office de la carte prépayée Kertel, par exemple, est quasi inexistant. Il ne donne accès qu'à des informations succinctes et manque totalement de souplesse. Il n'y a, par exemple, aucune reconnaissance des affiliations » , explique Stéphane Decleire de Bebe-nounou.com .
Les gains : une rentabilité rapide
Malgré les commissions importantes prélevées par les prestataires, un système de micro-paiement se révèle vite rentable. En particulier parce qu'il facilite le passage à l'acte de l'internaute. « Il favorise le premier achat et les clients reviennent beaucoup plus facilement que s'ils devaient payer par carte bancaire », justifie Jean-Gérard Alfonssi. Et il reste idéal pour des achats de faible valeur.
Sur le site Bebe-nounou.com , AlloPass ne représente qu'un tiers du chiffre d'affaires, mais il est sollicité majoritairement pour les transactions inférieures à 5 euros. On constate la même tendance sur tierce-magazine.com : « C'est devenu un moyen de paiement plus utilisé que la carte bancaire pour de petites sommes », affirme Harry Duani. Ainsi, le micropaiement permet de capturer des ventes qui échapperaient probablement au seul paiement par carte bancaire.
Le micropaiement se passe de la CB (dans le cas d'Audiotel) ou limite son utilisation au rechargement d'un compte personnel sur le site du prestataire de paiement. Un avantage face à la crainte de nombreux internautes de communiquer leurs coordonnées bancaires. En outre, la démarche étant plus simple (prélèvement sur la facture Internet, carte prépayée...), cela favorise le passage à l'acte d'achat.
Une mise en oeuvre aiséeLe micropaiement fonctionne comme la CB : le site transmet à son prestataire la demande de paiement du client par l'intermédiaire d'un formulaire. En retour, le site reçoit l'accord pour la transaction. Le webmestre n'a donc qu'à récupérer cet accord. Cette opération peut être prise en charge par le prestataire, lorsque celui-ci redirige le client vers la zone protégée du site marchand.
Une multitude de prestatairesChaque système de micropaiement est géré par un prestataire différent. Pour le webmestre qui compte proposer plusieurs de ces systèmes, cela représente autant de back office, de spécificités et de tarifs différents à prendre en compte. Les paliers de facturation ne sont en effet pas toujours identiques d'un système à l'autre.
Des frais élevésAlors qu'une transaction par carte bancaire permet au commerçant de toucher jusqu'à 95 % du produit de la vente, les prestataires de micropaiement n'en reversent que 50 % environ. C'est le prix à payer pour s'affranchir des frais incompressibles liés à la CB. Mais pour des sites à gros volume, il peut être plus intéressant de négocier des conditions avantageuses avec sa banque plutôt que de ne compter que sur le micropaiement.
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